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Chine : le marché actions ne fera pas un carton en 2011

Chine : le marché actions ne fera pas un carton en  2011

(Easybourse.com) Le marché actions chinois a enregistré en 2010 une performance très décevante de -14%. Le marché a été tiré à la baisse par les financières qui représentent l'essentiel de l'indice. Banques, compagnies d'assurances et sociétés immobilières ont souffert d'une politique macroéconomique défavorable, notamment pour maitriser la hausse des prix du marché immobilier. Si nous sommes actuellement sur de très bons points d'entrée pour se positionner, la valorisation se situant aux alentours de 14 fois les bénéfices, pour autant certains observateurs ne sont pas très optimistes quant à la performance du marché au cours des prochains mois.

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Le marché actions chinois a enregistré en 2010 une performance très décevante de -14%. Le marché a été tiré à la baisse par les financières qui représentent l’essentiel de l’indice. Banques, compagnies d’assurances et sociétés immobilières ont souffert d’une politique macroéconomique défavorable, notamment pour maitriser la hausse des prix du marché immobilier. Si nous sommes actuellement sur de très bons points d’entrée pour se positionner, la valorisation se situant aux alentours de 14 fois les bénéfices, pour autant certains observateurs ne sont pas très optimistes quant à la performance du marché au cours des prochains mois.

Le marché local des actions chinoises a progressé de 4% depuis le début de l’année, «un petit trend haussier, rien d’épatant» estime André Marini, président et gérant de la société Ceres Asset Management. Le potentiel de progression attendu serait de 10% supplémentaires. C’est là un potentiel relativement faiblard laissant dire à Antoine Brunet, président d'AB Marchés que l’enthousiasme ne sera pas au rendez-vous et que de ce fait «le marché chinois ne fera pas un carton important cette année comparativement à d’autres marchés émergents».

De nombreuses incertitudes

Alors que les catalyseurs du marché sont peu abondants, les incertitudes des investisseurs sont nombreuses. Pour Haiyan Li-Labbé, directrice des projets Asie au sein d'OFI AM, deux catalyseurs peuvent être évoqués. Un premier catalyseur réside dans les éventuels bons résultats des sociétés. «Nous allons entrer dans une période intensive de résultats fin mars, début avril. Les perspectives bénéficiaires établies par le consensus ont déjà été intégrés dans les cours, mais nous nous attendons à des résultats encore meilleurs». Un deuxième catalyseur concerne une baisse des prix des matières premières et consécutivement une baisse de l’inflation.

Un troisième moteur pourrait être trouvé dans la fermeture progressive du marché de l’immobilier qui constitue la première classe d’actifs d’investissement pour les chinois. La mauvaise rémunération de leur épargne- le taux de rémunération des dépôts- à 3,25% étant en dessous d’une inflation estimée à 5%-conduit à penser que les investisseurs pourraient réorienter leur argent vers la bourse.

Ce n’est pour le moment pas encore le cas et ce en raison des nombreuses craintes qui pèsent sur le marché. Si l’année 2011 s’annonce un peu moins vigoureuse en termes de croissance (environ 9%), le ralentissement est voulu par les autorités depuis sept ou huit mois. Il n’est donc en cela guère surprenant que l’indice PMI soit dernièrement ressorti à niveau stagnant de 52, que les ventes au détail aient beaucoup baissé de +18-+19% à +15% ou encore que la masse monétaire M2 se soit énormément contractée pour tomber à 15-16 contre 30 il y a deux ans.

Le risque le plus facilement anticipé est le retour d’inflation

Cependant, le risque le plus facilement anticipé est le retour d’inflation. Le gouvernement a une cible de hausse des prix de 4%. Le niveau dernièrement enregistré se situe autour de 5%. Un chiffre qui ne reflète pas la réalité selon André Marini. «Le mois dernier le gouvernement a changé le calcul de l’indice mais n’a pas indiqué tous les détails de ce changement. Nous sommes à 5% depuis deux ou trois mois. A mon sens, nous avons affaire à une manipulation. Un signe démontrant que cette inflation est sans doute plus importante peut être lu dans l’achat par la Chine d’énormes quantités de blé aux Etats-Unis pour éviter de devoir subir une poursuite de la hausse du de la matière première». Il faut dire que les produits alimentaires représentent plus de 30% du panier de biens constituant l’IPC chinois.

Cette inflation importante pour les 800 à 900 millions de personnes qui n’ont pas beaucoup d’argent et pour les ouvriers dans les villes suppose un risque de dérapage non négligeable juge André Marini. « La hausse des prix pourrait finir par perturber l’ordre social». En 2010, un certain nombre de produits agricoles ont vu leur prix s’embraser de 50 à 70%.

Ce risque s’il existe mériterait sans doute d’être relativisé aux dires de' Antoine Brunet et d’Haiyan Li-Labbé. «Une inflation modérée, stable n’est pas une mauvaise chose pour l’économie. Par rapport à beaucoup de pays émergents, l’inflation de la Chine n’est pas si élevée que cela. En 2010 les prix des céréales ont crû de 12% l’année dernière. Cette hausse n’est pas forcément une mauvaise chose. Elle a permis une redistribution des richesses aux paysans. Ces derniers ont pu avoir plus de pouvoir d’achat pour consommer» commente la responsable d’OFI AM.

«Très clairement les dirigeants font primer le problème de l’emploi sur le problème de l’inflation. C’est ce qui me pousse à penser que l’inflation restera élevée dans le pays. Je la vois évoluer à 6% en chiffre officiel, à 8-9% en chiffre réel. Le risque de dérapage existe mais il est limité. Si l’inflation atteint les 6% mais que les salaires augmentent de 20% dans certains pans de l’industrie, le pouvoir d’achat sera préservé» précise le président d’AB Marchés.

Les dirigeants ont fait de multiples déclarations rassurantes sur le fait qu’ils ne laisseraient pas l’inflation s’envoler. D’autres mesures de resserrement sont de ce fait anticipées. On attend deux hausses supplémentaires du taux d’intérêt de 25 bp chacune et un relèvement du ratio des réserves obligatoire qui passerait de 20 à 21. L’évolution se fera en fonction de la montée des prix des matières premières. Le yuan pourra le cas échéant servir d’arme de dissuasion. Depuis le mois de juin, le yuan s’est apprécié de 3,9% par rapport au dollar. Le consensus table sur 3-4% d’appréciation par an. L’économiste de Nomura qui est le plus agressif sur le marché attend 6% d’appréciation.

Au-delà de ce spectre du resserrement de la politique monétaire par la Banque centrale, les investisseurs ont plus à craindre l’adoption de mesures

Les investisseurs ont plus à craindre l’adoption de mesures particulières (mises en garde, taxations sur les ordres de bourse) pour éviter une flambée de la bourse

particulières (mises en garde, taxations sur les ordres de bourse) pour éviter une flambée de la bourse chinoise considère M Brunet. « Les dirigeants chinois sont réticents à des séquences de bulles. Ils ont conscience qu’un facteur de déstabilisation qui pourrait amener à un retournement de leur dirigeants chinois sont plus alertés encore que les dirigeants occidentaux sur le risque d’un tel scénario. Ils ont déjà du mal à maitriser l’évolution des prix immobiliers, ils ne peuvent pas supporter en plus une inflammation des indices boursiers».

Un autre risque entrevu par Haiyan Li-Labbé concerne le degré de force d’exécution du gouvernement chinois dans la transition économique. «Beaucoup de mesures ont été annoncées dans le deuxième plan quinquennal. Il y a souvent un effet de décalage entre ce qui avancé et ce qui est mis en application. Je pense que le processus de mise en œuvre s’avérera plus lent que prévu». Cet avis est partagé par André Marini pour qui de multiples mesures des plans quinquennaux précédents ont été annoncés avec force et détermination et ont fini par être abandonnés. «Les objectifs fixés par rapport à la consommation intérieure n’ont par exemple pas été atteints».

La corruption dont on a beaucoup parlé au récent Congrès est un risque supplémentaire à considérer dans l’exécution des plans quinquennaux. «Des détournements de capitaux ont ainsi été mis en lumière dans le projet de construction de la ligne ferroviaire Pékin Shanghai» note Mme Li-Labbé.

La récession probable du Japon ne constitue pas un facteur de risque à appréhender

Pour l’ensemble des experts interrogés en revanche, les récents évènements survenus au Japon, qui devraient conduire à court terme à une récession du pays ne constituent pas un facteur de risque à appréhender. «Le Japon représente 8% des exportations chinoises et 12,7% des importations de la Chine. Le Japon est le seul pays développé qui a un excédent commercial avec la Chine» observe Yi Tang, responsable de la Gestion actions Asie hors Japon chez Edmond de Rothschild AM. Ainsi même si les exportations vers le pays du soleil levant ralentissent, a priori les répercussions ne seront pas très néfastes pour l’Empire du milieu. De plus, la tendance qui semble se dessiner ne va pas du tout dans le sens de moindres exportations de la Chine vers le Japon. Bien au contraire, la nécessaire reconstruction et le retour progressif à la vie normal sur l’archipel supposent l’importation de matières premières comme du charbon, du ciment ou encore des produits de consommation de son grand voisin.

Imen Hazgui

Publié le 25 Mars 2011