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Embraer, Bombardier et Comac : les nouveaux challengers d'Airbus et Boeing ?

Embraer, Bombardier et Comac : les nouveaux challengers d'Airbus et Boeing ?

(Easybourse.com) Face à la mutation inexorable du marché des avions régionaux et d'affaires, les principaux acteurs de ce segment de l'industrie aéronautique, Embraer et Bombardier en tête, sont contraints de lancer de nouvelles gammes d'avions, plus grands et moins énergivores. Une stratégie certes logique, mais qui les pousse dans une lutte difficile, sinon impossible, avec les géants incontestés du secteur, Airbus et Boeing...

Bombardier a déjà lancé sur le marché sa gamme CSeries, dont la première livraison est prévue en 2013. Cette gamme d'appareils dits "monocouloirs" entre ainsi directement en concurrence avec les avions d'une capacité de 110 à 130 places, donc avec l'A320 d'Airbus et le B737 de Boeing.

Quant au C919 du chinois Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), dont la commercialisation est prévue pour 2016, il devrait s'avérer être un concurrent sérieux sur les gammes encore au-dessus en termes de capacité (150 places et au-delà). Seul le numéro trois mondial du secteur, le brésilien Embraer, ne s'est pas encore prononcé, mais devrait le faire bientôt, sans doute à l'occasion du prochain salon du Bourget.

Nouvelle stratégie

On restera encore pour une vingtaine d'années avec le duopole Airbus/Boeing

Pour Bruno Goutard, il apparait certain qu'à terme, "le marché devrait évoluer vers une fracture beaucoup plus forte à partir des appareils de 250 places." Au-dessus, estime-t-il, "on restera encore pour une vingtaine d'années avec le duopole Airbus/Boeing, en raison de leur avance technologique et de leur expérience d'assembleur, qui est fondamentale dans cette industrie. Tandis que le marché des 200 places va se banaliser, avec une concurrence féroce et l'arrivée de nouveaux compétiteurs."

Bombardier, Comac et Embraer sentent sans doute ce changement arriver et ont choisi d'accéder rapidement au marché des gros porteurs (plus de 200 places). Pour l'analyste d'Heuler Hermes, "sur le marché des 150-160 places, on constate effectivement une évolution stratégique de ces avionneurs qui ont prospéré sur une gamme qui ne présente pas, dans le meilleur des cas, les mêmes perspectives de développement que la gamme supérieure. Il y a donc une réelle évolution stratégique en termes de choix d'entreprise, qui s'impose à eux."

Reste qu'il y a un saut technologique, difficilement franchissable, entre l'aviation régionale et les appareils à large fuselage. Les barrières technologiques et financières sont en effet énormes dans ce secteur.

Les atouts des challengers

Embraer a toutefois une très longue tradition aéronautique, tandis que Bombardier est présent dans davantage d'activités et en particuliers, le ferroviaire (tramway, métro, chemin de fer). Le constructeur canadien a donc une base plus répartie de son chiffre d'affaires que son principal rival. Il s'agit d'une différence stratégique majeure, parce que les ressources de ses différentes activités peuvent être transférées de l'une à l'autre selon les besoins.

L'industrie chinoise devrait profiter d'un cercle vertueux

Les entreprises à l'image d'Embraer et de Bombardier sont dépendantes des marchés financiers, donc de l'épargne et de l'investissement, ce qui pose la question de la disponibilité des capitaux et à quel prix. "Ce qui n'est pas le cas en Chine" rappelle Antoine Nodet.

En Chine en effet, le seul marché domestique, évalué à 2 550 avions d'ici à 2029 selon les estimations de Bombardier, devrait pourvoir aux ventes de Comac de manière assez aisée. D'autant que les compagnies aériennes chinoises se sont déjà largement prononcées sur le fait qu'elles allaient entièrement souscrire à cette nouvelle offre. Autrement dit, l'industrie chinoise devrait profiter d'un cercle vertueux, ce qui lui permettra finalement d'acquérir assez rapidement le savoir-faire industriel nécessaire pour continuer à progresser, notamment en termes de technologies.
Nicolas Sandanassamy

Publié le 01 Juin 2011

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