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Cac 40/ S&P 500 : une embellie attendue pour le deuxième semestre 2011

Cac 40/ S&P 500 : une embellie attendue pour le deuxième semestre 2011

(Easybourse.com) -0,13% pour le CAC 40, -3,50% pour le Footsie, -1,60% pour l'Eurostoxx 50, -0,87% pour le Nasdaq composite. Telles sont les performances des principaux indices européens et américains depuis le début de l'année. Les marchés semblent être à bout de souffle. Pourtant des moteurs de performance existent conduisant certains responsables de gestion de grandes institutions financière à garder le sourire, convaincus qu'une embellie devrait se dessiner pour la seconde partie de l'année.

À lire dans ce dossier.

Interview de Catherine  Garrigues

Interview

Catherine Garrigues

Responsable de la gestion actions

Allianz Global Investors France

Sur le MSCI US, le PE (Price Earning Ratio, rapport des cours sur bénéfices attendus) des actions américaines est à 12,9. Sur le MSCI Europe, le PE est à 10,4. Ces PE reposent sur des anticipations de bénéfices pour 2011 relativement élevés : +19% aux Etats-Unis et +13% en Europe. Si ces niveaux ne sont pas déprimés au regard de ceux de 2008, pour autant les actions restent relativement très peu chères.
«Le Cac 40 aujourd’hui enregistre 3800 points. Cela signifie que le marché paie moins de 10 fois les profits de 2011. Ceci n’est quasiment jamais arrivé dans l’histoire du Cac 40» note Eric Turjeman responsable de la gestion actions chez Amundi.

Le niveau de la prime de risque, en d’autres termes du surplus de rendement

Le marché anticipe déjà de très mauvaises nouvelles.

que l’on a à être investi sur les actions en comparaison des instruments de dette gouvernementale (type OAT), est très élevée et en cela très attractive.
Le marché anticipe déjà de très mauvaises nouvelles. La prime de risque est à 6,6% en Europe (contre une moyenne historique de 4% et un pic atteint au moment de la crise de 2008 de 10%) et à 5% aux Etats-Unis (contre une moyenne historique de 2,5% et un pic atteint au moment de la crise de 2008 à 7%). «En dehors de la crise financière de 2008, jamais on n’avait été aussi bien rémunérés pour prendre du risque actions depuis une dizaine d’années» constate Emmanuel Bourdeix Directeur gestion actions chez Natixis AM.

Eléments de stress supplémentaires


Bien entendu, le marché n’est pas à l’abri d’autres mauvaises surprises et un scénario d’une baisse plus importante des cours boursiers n’est pas totalement à écarter.

Les deux risques majeurs sont la crise de la dette à la fois pour la zone euro et les Etats-Unis et les poussées inflationnistes dans les émergents

«Les deux risques majeurs sont la crise de la dette à la fois pour la zone euro (avec un blocage institutionnel) et les Etats-Unis et les poussées inflationnistes dans les émergents» prévient alors Eric Turjeman.
Ces deux risques convergent vers la même préoccupation, à savoir une panne de la croissance mondiale due au fait qu’il faudra de l’austérité dans les pays de l’OCDE pour faire face à l’endettement massif ; et qu’il faudra un resserrement monétaire plus prononcé dans les pays émergents pour enrayer la hausse des prix. «Les autorités de Pékin s’efforcent de juguler la hausse des prix et des salaires, cependant on peut se demander si elles n’iront pas trop loin. Malgré les moyens mis en œuvre- relèvements des taux courts, augmentations du taux de réserve obligatoire pour les banques- le chiffre de l’inflation reste élevé, et ressort en mai à un niveau inquiétant de 5,5%» s’inquiète Emmanuel Bourdeix.

A ces risques macro, s’ajoute un risque technique, la faiblesse de la volatilité. L’indice Vix qui traduit une certaine forme de volatilité sur les marchés demeure à un niveau étonnamment bas. Les investisseurs ne semblent pas anticiper un risque élevé pour les prochaines semaines ou les prochains mois. «Il se pourrait que la correction à laquelle nous assistons s’aggrave dans la mesure où à la lecture de l’indice, nous serions encore dans une phase de complaisance et non d’inquiétude» remarque le responsable de Natixis AM.
Ce dernier explique que généralement sur une correction significative, il y a toujours une phase de capitulation qui précède la phase de rebond. L’indice Vix a alors tendance à remonter. Or actuellement cet indice se situe autour de 16% ce qui équivaut à une variation quotidienne sur les marchés de plus ou moins 1% en moyenne. «Au moment de la crise financière de 2008, cet indice était monté à 80%. A la suite de l’incident de Fukushima, il était monté à 30%, autrement dit pas loin de 2% de variation quotidienne anticipée par les investisseurs. Il faudrait que cet indice remonte vers les 25-30% pour traduire une certaine aversion au risque significative et une capitulation qui servirait de bonne base pour repartir vers le haut» souligne Emmanuel Bourdeix.

Potentiel de rebond

Pour l’ensemble des experts interrogés si l’on se fie aux simples indicateurs financiers, et que l’on table sur une sortie de crise de part et d’autre de l’Atlantique, les marchés auraient un potentiel de progression 20%.
La moitié du chemin devrait être parcourue d’ici fin décembre, autrement dit une dizaine de pourcentages.

Les catalyseurs sont d’ordre microéconomique, macroéconomique, et politique.

Sur le front microéconomique, les résultats affichés par les entreprises continuent à être bons. Les annonces de résultats des entreprises devraien être un catalyseur. Cependant il sera difficile d’avoir beaucoup de surprises positives sur la saison de résultats qui s’annonce. On risque même d’avoir des déceptions sur les marges- qui ont atteint des niveaux relativement élevés, entre 5% et 10% sur le marché américain, entre 8% et 9% sur le marché européen-dans les secteurs qui ont été le plus sensibles à la hausse des prix des matières premières.
Néanmoins les profits resteront orientés à la hausse sur l'ensemble des secteurs. «On parle beaucoup en Europe de la mondialisation. La sensibilité de l'Europe aux marchés mondiaux est moins forte qu'on ne le dit. Le poids des exportations, mis à part pour l'Allemagne, diminue de manière abondante lorsque l'on considère uniquement ce qui sort de la zone européenne. Dès lors, il suffirait que l'on observe un redémarrage de certaines économies européennes pour avoir de bonnes surprises sur les chiffres d'affaires» signale Thierry Pauwels directeur de la gestion actions d'OFI Asset Management.

Nous pouvons noter, par ailleurs, des capacités de rachat d’actions importantes.
Qui plus est, les restructurations vont bon train. La croissance interne étant difficile, la croissance externe est privilégiée. Les OPA se multiplient. «Les primes sont intéressantes allant de 30-40%, elles sont payées en cash à l’aide des cash flow générés ou à partir d’emprunts réalisés sur des taux bas, et avec souvent un effet relutif dès la première année. Il n’y a pas encore de grande société du Cac 40 sur laquelle il y a eu une OPA, mais je pense que cela va venir» indique Eric Turjeman.

Pour que les marchés boostent, il faut une forte baisse de la prime de risque. Cette baisse sera consécutive à une amélioration de la conjoncture économique et à l'annonce de décisions politiques d'ampleur

Cette microéconomie ne sera cependant pas de nature à faire monter fortement les marchés. «Pour que les marchés boostent, il faut une forte baisse de la prime de risque. Cette baisse sera consécutive à une amélioration de la conjoncture économique et à l'annonce de décisions politiques d'ampleur» avance Catherine Garrigues, responsable de la gestion actions d’Allianz Global Investors France.

«Ce sont surtout les inflexions sur les statistiques économiques qui ont déclenché la dernière correction. La confiance pourrait être en partie rétablie par un retour de statistiques positives» annonce Emmanuel Bourdeix pour qui les indicateurs d’activité au cours des premiers mois de l’année ont sans doute été perturbés par les évènements dramatiques survenus au Japon. «Les prochaines publications devraient être meilleures. Les indicateurs avancés seront de bons révélateurs, aussi bien pour l’ISM que pour le PMI (ndlr : indices du climat des affaires dans l’industrie et les services)».

L’inflation dans les émergents devrait refluer, en raison, d’une part, des effets de base, d’autre part du fait de la révision à la baisse des perspectives de croissance mondiale. On observe ainsi un recul du prix des matières premières, en particulier du prix du baril. «Cela devrait davantage participer à la diminution des pressions inflationnistes à la fois dans les émergents mais également dans les pays occidentaux» subodore Sophie Chauvellier de Dorval Finance

«Au niveau politique, on peut toujours se faire peur, mais je pense qu’aussi bien les autorités européennes que les autorités américaines n’auront pas d’autre choix que de trouver une solution aux problèmes qui dominent chacune des deux régions. Un accord sera trouvé entre républicains et démocrates aux Etats-Unis le 2 août prochain. L’Europe ira vers plus de fédéralisme et plus de gouvernance. Le dossier grec sera réglé » assure Eric Turjeman.

A l’ensemble de ces catalyseurs, s’ajoutera le retour attendu de certains intervenants sur le marché dès la rentrée de septembre. La visibilité devrait être alors meilleure. «Il est acté que les acteurs traditionnels (assureurs et particuliers) sont sortis de la bourse. Il suffit que quelques uns reviennent pour que les marchés se réapprécient. Les assureurs sont allés plus loin que ce qu’on leur a demandé. Dans le doute, ils ont vendu plus d’actions que ce que les normes imposaient» affirme le responsable d’Amundi.

Imen Hazgui

Publié le 21 Juin 2011

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