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Déficit américain : pourquoi l'accord n'a pas suffi (2/2)

Déficit américain : pourquoi l'accord n'a pas suffi  (2/2)

(Easybourse.com) Les 2,5 trillions de dollars envisagés dans l'accord sont censés être prélevés sur les dépenses prévus pour aider les plus démunis. Un peu plus de la moitié de ces coupes intéressent les dépenses prévues pour les programmes Medicare et Medicaid, autrement dit dans la santé et dans la retraite.

Or, une série de statistiques américaines -la révision en baisse du PIB au premier trimestre, un chiffre pour le deuxième trimestre décevant, une activité manufacturière en juillet en quasi stagnation, un recul des dépenses des ménages américains pour la première fois depuis deux ans - tendent à démontrer que l’économie américaine est à bout de souffle.

Beaucoup ont encore en tête la croissance de la fin des années 90 de 3-3,5%. Or, le rythme et le potentiel de rebond de l’économie américaine sont considérablement remis en cause.

«La crise n’est pas seulement conjoncturelle. C’est une crise du modèle américain, un modèle keneysien de soutien à l’économie par la politique budgétaire. Nous sommes passés d’un déficit budgétaire de 2,8% avant la crise à un déficit de 12% pendant la crise. Le résultat est loin d’être satisfaisant. On a eu un million de chômeurs en plus que ce qu’anticipaient les prévisionnistes par rapport au cycle américain traditionnel» signale Jean-Marc Daniel, économiste et professeur à l'ESCP Europe.

Ajouter le poids des coupes budgétaires est, au regard de certains spécialistes, suicidaire. C’est notamment le cas de l’économiste Krugman qui pense que les Etats-Unis sont en trop mauvaise posture pour -lancer une politique d’austérité. Ce serait même le pire moment. L’expert a ainsi comparé les autorités politiques américaines aux médecins du 17-18èmesiècle qui, lorsqu'un malade avait besoin de sang, lui faisaient au contraire une saignée, le tuant en conséquence au lieu de le guérir!

Cet accord ne tend pas à restaurer la confiance au sein des entreprises et des ménages. «Je pense que l’on a encore rien vu sur le front de l’emploi» annonce Jacques Mistral.

D’aucuns pensent que la Fed n’hésitera alors pas à agir. «Je n’y crois pas tellement. Je pense que la Fed va juste continuer à conserver un bilan élevé et maintenir ses taux d’intérêt bas très longtemps. Le débat au sein de la banque centrale américaine est très fort. Le retour au QE, c'est-à-dire à l’achat des bons du Trésor reste peu probable à ce stade» subodore Evariste Lefeuvre.

Au-delà cette première considération, il est parait très peu probable qu’un QE3 soit la solution miracle au problème de croissance rencontré par les Etats-Unis. « Nous avons pu voir le peu d’efficacité du QE2. 600 milliards de dollars avaient été injectés et l’activité a très faiblement rebondi. Il n’est pas du tout certain que donner de la liquidité soit la solution pour résoudre le problème des ménages américains qui ont besoin de pouvoir d’achat, de revenus et de créations d’emplois. La liquidité reste parquée au sein des institutions bancaires et arrive peu à se diffuser dans l’économie réelle » note Patrice Gautry, Chef économiste d'Union Bancaire Privée.
Un avis partagé par Evariste Lefeuvre, pour qui «les ménages ne peuvent pas et ne veulent pas s’endetter. Leur objectif prioritaire est d’avoir un bilan plus sain pour envisager l’avenir plus sereinement.»

Dans ces conditions, la marge de manœuvre semble considérablement réduite. Une ultime solution serait alors de laisser filer le dollar. Toutefois, toutes les économies se sont lancées dans une stratégie de baisse de leur taux de change. «Ce levier ne fonctionnera pas sauf à faire une politique très volontaire de baisse du cours du dollar. Mais cela générerait une inflation problématique pour la Fed et le statut impérial des Etats-Unis est en jeu» conclut Jean-Marc Daniel.


Imen Hazgui

Publié le 08 Août 2011