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Zone euro : le feuilleton de la crise

Zone euro : le feuilleton de la crise

(Easybourse.com) Comment l'annonce d'un déficit plus lourd que prévu en Grèce, fin 2009, a-t-elle pu entraîner la chute de cinq gouvernements européens et plonger la zone euro dans la crise la plus grave de son histoire ? Retour sur un feuilleton qui a marqué l'année 2011 et dont le dénouement est espéré en 2012.

Les origines

Pour comprendre la crise de l’euro, il faut remonter à 2008. Cette année là, la chute de la banque Lehman Brothers entraîne une crise financière mondiale aux répercussions lourdes sur les économies européennes. La Grèce, comme d’autres états européens, tombe en récession en 2009. Mais c’est l’annonce par le gouvernement nouvellement élu de George Papandréou d’un déficit budgétaire beaucoup plus élevé que prévu – plus de 12% du PIB – qui attire l’attention des marchés et signe de début de la « crise grecque ».

Face à l’envolée des coûts d’emprunt d’Athènes sur les marchés, les pays membres de la zone euro décident de lui accorder un prêt de 110 milliards d’euros sur trois ans, avec l’aide du Fonds monétaire international (FMI), en échange de mesures de rigueur sans précédent. Malgré leurs efforts, la crise grecque se propage en 2010 à l’Irlande, contrainte de demander l’aide de ses partenaires (85 milliards) après avoir renfloué son secteur bancaire. Si, depuis, l’Irlande est parvenue à réduire son déficit public et à renouer avec la croissance, la Grèce continue d’inquiéter les marchés.

La contagion

Surtout, l’année 2011 a vu une propagation de la crise à d’autres pays européens. Premier à être touché, le Portugal a dû se résoudre à recourir à l'aide du Fonds monétaire international et de l'Union européenne qui lui ont octroyé un prêt de 78 milliards d'euros en échange, là aussi, d'un programme d'austérité draconien.

L'Italie et l'Espagne, respectivement troisième et quatrième économies de la zone euro, ont subi à leur tour la foudre des marchés et ces attaques ont eu raison des gouvernements italiens de Silvio Berlusconi et espagnol de José Luis Rodriguez Zapatero. Seule l'action de la Banque centrale européenne, qui a racheté de la dette de ces deux pays sur le marché secondaire, où s'échangent les titres déjà émis, a permis d'apaiser quelque peu les tensions.

Enfin, phénomène encore impensable il y a un an, le coeur même de la zone euro, l'Allemagne et la France, a été frappé par la tempête: l'agence de notation Standard and Poor's envisage de retirer prochainement aux deux Etats leur précieuse note AAA, la meilleure possible, qui leur permet d'emprunter à des taux très attractifs.

2012, un nouveau pacte? 

Sentant la menace se rapprocher, Paris et Berlin multiplient les sommets et tentent de trouver une solution pérenne. Début décembre, ils ont obtenu que tous les pays de l'Union européenne, sauf la Grande-Bretagne, se soumettent à un contrôle de leurs budgets nationaux par les institutions européennes, qui pourront décider de sanctions en cas de déficits excessifs. Ce « pacte budgétaire » doit être signé en mars 2012. L’année qui s’ouvre verra également l’entrée en vigueur du Mécanisme européen de stabilité (MES), sorte de fonds de secours destiné à éviter que d’autres pays se retrouvent en difficulté.

Ces avancées vers une plus grande solidarité des Etats européens a permis d’éviter, jusqu’à présent, un éclatement de la zone euro. Toutefois les interrogations restent vives en ce début d’année 2012 sur la capacité des gouvernements à surmonter la crise. La bonne nouvelle est que, confrontés aux mêmes défis, ils pourraient se souvenir de leurs intérêts communs.

François Schott

Publié le 05 Janvier 2012