Espace International - News, articles, interviews et dossiers

La Chine réforme son marché actions pour plus de performance (2/2)

La Chine réforme son marché actions pour plus de performance (2/2)

(Easybourse.com) Baisse des frais de transaction, assouplissement des règles d'introduction en bourse, durcissement de la règlementation encadrant le retrait de la cote, augmentation des quotas d'investissements entrants et sortants...? les mesures adoptées ou envisagées par les autorités politiques, monétaires, ou réglementaires chinoises entourant les marchés financiers domestiques se sont multipliées ces dernières semaines. La perception des motifs sous-jacents à ces réformes ne fait pas l'unanimité des observateurs : processus de libéralisation, protection des investisseurs, dynamisation de l'économie, volonté d'asseoir une certaine autorité...? ou simple politique de communication pour rassurer les opérateurs étrangers.

Ouverture du capital des sociétés de courtage aux opérateurs étrangers

La Chine a consenti à lever le seuil de détention, pour les investisseurs étrangers, de la part de capital dans les sociétés de courtage domestiques de 33% à 49%. Cette nouvelle règle ne devrait pas vraiment changer le profil de l’industrie dominé par plus de 100 sociétés locales et où les interférences avec les intérêts des politiques sont importantes. Il s’agirait cependant d’un pas en avant non négligeable. La Chine avait mis un moratoire sur les nouveaux titres de ces joint ventures en septembre 2006. L’interdiction a été retirée en 2007. Depuis, aucune avancée n’avait été observée dans ce secteur considéré comme stratégique. C’est à présent chose faite.
D’importantes institutions bancaires occidentales comme Morgan Stanley, JP Morgan UBS ou encore Goldman Sachs pourraient bien grandement en profiter.

Accélération de l’innovation financière

« C’est le meilleur moment d’accélérer l’innovation financière dans le secteur des valeurs mobilières» a récemment déclaré M Guo Shuqing à 146 responsables de 100 sociétés financières lors d’un banquet à Beijing. Onze propositions ont alors été formulées par le régulateur pour remédier au manque de différenciation entre les produits perçu comme un obstacle pour l’essor de l’industrie financière en Chine.

A l’ensemble de ces mesures ou propositions, d’autres éléments d’évolution ont été évoqués, tels que l’encouragement des fusions et acquisitions entre les sociétés de valeurs mobilières ; la promotion de la participation des investisseurs sur le marché OTC ; l’ajustement des systèmes de gestion des risques, la distribution des dividendes, notamment par les entreprises publiques ; la possibilité pour les fonds de pension d’investir sur le marché boursier. Au mois de mars, le gouvernement a signalé avoir donné la permission au fonds de pension de la province de Guangdong d’investir une partir de ses 441 milliards de yuans d’encours sur le marché boursier. Jusque là, un tel placement était interdit en raison de la forte volatilité.

Booster les marchés actions

Le projet affiché par les autorités de Pékin est ambitieux. Il s’agirait tout d’abord de permettre aux marchés financiers du pays de gagner en maturité. La bourse en Chine a à peine vingt ans d’âge. De nombreuses sociétés, incluant des banques, se sont introduites après 2005.
Il s’agirait ensuite de libéraliser le marché boursier chinois, de mobiliser de manière efficace l’épargne des chinois, de restructurer et moderniser les industries chinoises, de développer l’innovation. Il s’agirait enfin de promouvoir un développement durable et sain des marchés de capitaux, en en diminuant le cout, en réduisant les contraintes pour les investisseurs, en les protégeant mieux, en stimulant le volume de transaction.
Certains spécialistes de la Chine à l’instar de Jean-Luc Buchalet, co-fondateur de Pythagore Investissement, estiment que les attentes liées à ces réformes doivent être considérés avec réalisme. En premier lieu parce que leur mise en œuvre nécessitera du temps et des efforts.
Les anomalies des marchés boursiers chinois ont été accumulées pendant plusieurs années, et ne peuvent pas être aussi facilement éradiquées. Sans compter, l’influence des groupements d’intérêt, la collision entre le pouvoir et l’argent, ne permettra pas une évolution sans heurts.
Pour l’heure, ces différentes réformes peuvent tout au plus être appréciés comme un des moyens, parmi d’autres (l’action de la Banque centrale de Chine par le taux de réserve obligatoire ou encore le taux directeur), pour les marchés boursiers chinois de recouvrir leurs pertes.
Le média CNBC rapporte que des analystes escomptent grâce à l’annonce de ces mesures une hausse de la bourse de Shanghai de 15 à 30%. Pour Garry Evans, responsable de la stratégie actions chez HSBC, le gouvernement veut clairement un rebond du marché actions. Aussi, «de même que vous ne pouvez pas lutter contre la Fed aux Etats-Unis, de même vous ne pouvez pas lutter contre le gouvernement en Chine». L’indice de référence pourrait bien atteindre 2800 points d‘ici la fin de l’année.
Pour Dickie Wong, directeur général de Kingston Securities, la baisse des frais de transaction est clairement un signe que le gouvernement cherche à soutenir le marché actions. Ce dernier escompte une hausse de 15% du marché
Paul Heffner, président de la société de gestion Gen2 Partners table sur une hausse de 30%.

Imen Hazgui

Publié le 15 Mai 2012