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La Chine réforme son marché actions pour plus de performance (1/2)

La Chine réforme son marché actions pour plus de performance (1/2)

(Easybourse.com) Baisse des frais de transaction, assouplissement des règles d'introduction en bourse, durcissement de la règlementation encadrant le retrait de la cote, augmentation des quotas d'investissements entrants et sortants...? les mesures adoptées ou envisagées par les autorités politiques, monétaires, ou réglementaires chinoises entourant les marchés financiers domestiques se sont multipliées ces dernières semaines. La perception des motifs sous-jacents à ces réformes ne fait pas l'unanimité des observateurs : processus de libéralisation, protection des investisseurs, dynamisation de l'économie, volonté d'asseoir une certaine autorité...? ou simple politique de communication pour rassurer les opérateurs étrangers.

Interview de David  Gaud

Interview

David Gaud

Gérant

Edmond de Rothschild Asset Management

Interview de Karine Hirn

Interview

Karine Hirn

Fondatrice associée

East Capital

La réforme des marchés financiers chinois est âprement attendue depuis longtemps par les observateurs internationaux, opérateurs ou simple responsables politiques.
Depuis quelques temps les annonces se sont succédées à un rythme inhabituel, émanant essentiellement de M Guo Shuqing président de la China Securities Regulatory Commission (CSRC), autrement dit l’autorité chinoise de régulation des marchés. Lors de son entrée fonction en octobre 2011M Shuqing a mis en garde l’industrie financière de se préparer à une véritable « tempête de politiques d’ajustement ». 50 nouvelles règles et nouvelles politiques ont été depuis mises en avant.

Baisse des frais de transaction


La CSRC a décidé de réduire les frais de transaction de la bourse de Shanghai et de Shenzhen, ainsi que ceux de la Chambre de dépôt et de compensation de Chine, la China Securities Depositary and Clearing Corp, détenue à parité par les deux bourses chinoises.
La baisse, d’une ampleur de 25% sera effective dès le premier juin et devrait conduire à une contraction des revenus annuels des sociétés de bourse de 3 milliards de yuans.
Dorénavant, les frais s’élèveront à hauteur de 0,0087% du volume de transaction dans les deux marchés boursiers contre 0,011% auparavant pour la bourse de Shanghai et 0,0122% pour la bourse de Shenzhen. Les frais prélevés par la Chambre de dépôt et de compensation passeront de 0,05% à 0,0375% du volume de transaction. Les frais de transaction sur les contrats futurs ont également été réduits de 30% en moyenne.

Introductions en bourse


Des lignes directrices ont été émises s’agissant des opérations d’introduction en bourse. Le système des IPO en Chine est construit de telle manière que les prix sont constamment surévalués, servant les intérêts des sociétés nouvellement introduites et leurs souscripteurs et lésant les intérêts des investisseurs qui se retrouvent à subir des pertes au bout de quelques jours, ou de quelques heures de transactions. Afin d’éviter, ou tout du moins de limiter de tels scénarios, l’autorité de régulation envisagerait de contraindre les sociétés chinoises à fournir des informations financières additionnelles lorsque leur ratio de PE (price-to-earnings ou cours sur bénéfice) est 25% plus élevé que la moyenne de l’industrie, ce de manière à éviter que les prix des actions émises ne deviennent irraisonnablement plus élevés.

Retrait de la cote

La CSRC a annoncé des mesures pour renforcer les règles de sortie de la cote. La réglementation en vigueur avait été jugée trop laxiste et encourageant un comportement spéculatif. Pour être retirée, la société devait enregistrer trois années consécutives de pertes nettes. Entre 2001 et 2011, seulement 40 sociétés se sont retirées de la cote. Certaines entreprises comptabilisaient des éléments non récurrents dans le bénéfice net et utilisaient des établissements publics ou d’autres filiales cachés dans des zones offshores pour afficher des profits et éviter d’être sorties.
La réforme, qui vise à débarrasser la cote des «actions poubelles» envisagerait huit nouvelles conditions pour renforcer les exigences de retrait de la cote, incluant trois années consécutives d’un résultat opérationnel en dessous de 10 millions de yuans. Les sociétés enregistrant des actifs nets négatifs ne pourront d’office plus rester cotées.

Encouragement des flux entrants et sortants

Une autre mesure prise par l’autorité boursière a consisté à augmenter les quotas de QDII (Qualified Domestic Institutional Investor), licences autorisant les acteurs domestiques à investir à l’étranger et les quotas des QFII (Qualified Foreign Institutional Investor), licences permettant aux investisseurs étrangers d’acheter des actions cotées sur le marché domestique. Les quotas des QFII ont été étendus à 80 milliards de dollars, contre 30 milliards de dollars aujourd’hui (répartis entre 158 investisseurs avec des institutions comme la Korea Investment Corp ou encore la Kuwait Investment Authority)
Au-delà de l’élargissement des quotas, la CSRC chercherait à assouplir les conditions d’obtention de la licence autorisant les investisseurs étrangers à acheter des titres dans le pays. Les règles actuelles requièrent qu’un acteur ait au moins 5 milliards d’actifs sous gestion et qu’il ait été en activité depuis au moins 5 ans. Les seuils imposés aux banques et aux sociétés de courtage sont plus élevés.
La CSRC chercherait aussi élargir le champ des instruments dans lesquels les investisseurs étrangers peuvent investir à élargir les types d’investisseurs étrangers autorisés à obtenir une licence. D’aucuns estiment que le mouvement pourrait ouvrir la voie aux hedge funds et aux fonds de private equity.

Imen Hazgui

Publié le 15 Mai 2012