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Mario Draghi : une erreur de communication qui met à mal la crédibilité de la BCE ?

Mario Draghi : une erreur de communication qui met à mal la crédibilité de la BCE ?

(Easybourse.com) Les propos tenus par Mario Draghi, le 26 juillet lors d'une conférence sur l'investissement mondial à Londres, avaient laissé penser que des moyens considérables allaient être mis sur la table pour résoudre enfin la crise. Finalement l'orientation qu'il a donnée a été plus modérée et moins directe. D'aucuns paraissaient penser que le gouverneur avait commis une erreur de communication mettant à mal à la fois la crédibilité de l'homme mais également de l'institution monétaire.

Interview de Philippe  Waechter

Interview

Philippe Waechter

Directeur de la Recherche Economique

Natixis Asset Management

Nous avons souhaité demander aux experts interrogés ce qu’ils en pensaient. Pour ces derniers, aucune erreur n’a été commise et la crédibilité de la BCE est si ce n’est renforcée, tout du moins intacte.

Les circonstances s’y prêtaient

Pour les experts sollicités, la déclaration percutante du gouverneur de la BCE était justifiée par les circonstances.

«L’intervention de Mario Draghi que ce soit à Londres ou à l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs le 2 août, était nécessaire pour calmer les marchés. La crise s’était aggravée et un éclatement de la zone euro était devenu plus probable. L’Espagne avait quasiment perdu l’accès au marché obligataire» soutient Patrick Moonen, stratégiste au sein d'ING Investment Management.

«De nombreuses mesures non conventionnelles ont déjà été adoptées par la Banque centrale européenne : programme SMP, opérations de refinancement à long terme, baisse des taux sans précédent … Ces mesures n’ont pas pour autant permis de sortir de la crise. Au contraire, les tensions ont cru davantage et les taux de refinancement -de l’Espagne et de l’Italie en particulier- se sont fortement accentués. C’est cette situation qui a conduit Mario Draghi à adopter

Mario Draghi a voulu faire sienne l’expression américaine, « don’t fight the Fed», so «don’t fight the ECB

une position étonnamment ferme dans le cadre de cette conférence à Londres en avançant que la BCE fera tout le nécessaire pour ne pas laisser tomber l’euro, et que ce nécessaire sera suffisant… Mario Draghi a voulu faire sienne l’expression américaine, « don’t fight the Fed», so «don’t fight the ECB
» développe Fabrice Cousté, directeur Général de CMC Markets France.

Extrapolation des marchés

«Il se peut que l’annonce faite à Londres n’ait pas été préméditée. Toutefois, bien qu’il se soit montré ferme de par sa tonalité, le contenu du message de M Draghi à Londres n’était pas excessif. Le gouverneur a simplement répété que la BCE fera tout son possible, dans le cadre de son mandat, pour éviter que la zone euro éclate. Le marché a ensuite extrapolé les propos du président de la BCE, mais cela n’est pas de la responsabilité stricte de ce dernier» considère Patrick Moonen.

«Calmement, M Draghi a répondu qu’à aucun moment dans sa déclaration il n’avait indiqué son intention de mettre en place un pare feu phénoménal à partir du 4 août. Les marchés n’ont fait que broder autour d’une déclaration relativement neutre» admet également de son coté Fabrice Cousté.

Crédibilité mise en cause ?

Si pour Patrick Moonen et Fabrice Cousté, la crédibilité de la BCE n’a pas été entachée, il n’en est pas tout a fait de même pour Philippe Waechter, directeur de la Recherche au sein de Natixis Asset Management

«Bien entendu, il incombe à un gouverneur de la Banque centrale d’avoir conscience que chacun de ses mots, chacune de ses intonations seront analysés et mis en perspective. En cela je ne crois pas qu’il ait fauté. Le message transmis lors de la conférence du 2 août, était dans la droite ligne du message de Londres. Mario Draghi a simplement remis les pendules à l’heure» explique Patrick Moonen.

«La crédibilité de Mario Draghi s’en trouve renforcée. Celui-ci a montré habilement qu’il voulait garder la main en avançant de manière mesurée et utiliser les instruments adéquats en temps utile. En cela il calque son comportement sur celui du gouverneur de la Fed» avance Fabrice Cousté.

Un risque sur la crédibilité de la zone euro et de la BCE a été soulevé



«Un risque sur la crédibilité de la zone euro et de la BCE a été soulevé» assure cependant Philippe Waechter. «Nous devrions avoir en septembre un cadre plus défini qui permettra à l’institution d’affirmer davantage sa position et les conditions qu'elle souhaite voir respecter afin et de donner plus de cohérence à l’ensemble».

Un mini séisme boursier

A la suite de la conférence de presse de Mario Draghi le 2 août dernier, les places boursières ont fortement baissé. L’interprétation de ce mouvement, n’est une nouvelle fois pas à rechercher du côté d’une erreur de communication commise par le gouverneur ou d’une mise à mal de la crédibilité de l’institution.

«Comme souvent en bourse, la rumeur a été très achetée-la petite phrase de Londres- et la nouvelle vendue- l’annonce de mesures effectives floues, avec un timing de mise en place pas avant septembre. Il y a eu un tel engouement irrationnel à la suite de cette petite phrase que l’on ne pouvait qu’être déçu. Chat échaudé craint l'eau froide. La prochaine fois que Mario Draghi fera une déclaration fracassante, les opérateurs réfléchiront à deux fois avant de penser qu’il va sortir le bazooka» affirme le directeur général de CMC Markets France.



Imen Hazgui

Publié le 14 Août 2012