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Chine : en route vers la plus faible croissance enregistrée en 22 ans

Chine : en route vers la plus faible croissance enregistrée en 22 ans

(Easybourse.com) La croissance de l'économie chinoise connaît un ralentissement depuis six trimestres consécutifs. La croissance du PIB a atteint 7,6% à l'issue du deuxième trimestre de l'année. C'est la plus faible progression en trois ans. Pour de nombreux économistes, le pays pourrait bien connaitre cette année sa plus faible croissance depuis vingt-deux ans.

Interview de David Gaud

Interview

David Gaud

Gérant

Edmond de Rothschild Asset Management

Interview de David Gaud

Interview

David Gaud

Gérant

Edmond de Rothschild Asset Management

Interview de Xinghang  Li

Interview

Xinghang Li

Gérant actions chinoises

OFI Asset Management.

Compte tenu des dernières statistiques économiques, les analystes des grandes banques internationales ont entamé une révision à la baisse de leur perspective économique pour la Chine.

Les économistes d’ING, d’UBS, de Barclays, et de Royal Bank of Scotland tablent désormais sur un taux de croissance annuelle de 7,5%, soit le plus faible taux depuis 1990. Goldman Sachs promet, lui, encore 7,6%.
Les corrections sont significatives. Barclays avait par exemple initialement établi sa prévision à 8,1%. C’est la deuxième fois en moins d’un mois que la banque anglaise procède à un abaissement de son estimation. UBS projetait un taux de croissance de 8%.

Mêmes les experts chinois ne semblent pas optimistes. Ainsi, Wang Jun, économiste au sein du Centre pour les échanges économiques internationaux, un think tank dépendant du gouvernement a confessé «nous ne voyons aucun signe qui nous laisserait penser que la croissance a touché le fond».

Forte diminution des exportations et importations

L’opinion morose sur l’évolution de l’économie chinoise est bien entendu basée sur des faits concrets. En premier lieu, la forte diminution des importations et des exportations.
Sur les sept premiers mois de l’année, les exportations de la Chine ont crû de 7,8%, contre 23,4% pour la même période en 2011.
Fin août, les exportations se sont accrues de 2,7% en rythme annuel, après 1% en juillet. C’est moins que ce que le consensus du marché avait envisagé de 2,9%. C’est surtout moins que ce qui avait été enregistré fin août 2011. Les exportations avaient alors progressé de 24,5%.
Le mois dernier, les exportations vers l’Union européenne ont fléchi de 12,7% en rythme annuel. Les ventes des biens chinois à l’Italie ont plongé de 26%. Elles ont chuté de 8,6% vers la France et de 7,9% vers l’Allemagne. Les exportations vers les Etats-Unis se sont, en revanche, bien tenues variant de +10,2%.

Les importations de la Chine ont été mises à mal, évoluant de -2,6% par rapport à fin août 2011 (178 milliards de dollars), après avoir augmenté de 4,7% en juillet. Le consensus tablait sur une hausse de 3,5%.
Le déclin des importations a constitué une grande surprise pour les observateurs de la deuxième plus grande puissance économique mondiale. Depuis 2002, les importations se sont contractées uniquement durant la crise financière en 2008-2009 et aux mois de janvier et février de cette année en raison des vacances liées à la nouvelle année chinoise. Rien ne laissait présager un tel mouvement au cours du mois dernier.
Cette réduction des importations rend notamment compte d’un amollissement de la consommation domestique. Les importations de biens de consommation (excluant les matières premières) ont régressé de 1,2% en août après avoir augmenté de 7,3% en juillet.
L’amoindrissement de la demande domestique est confirmée par le fort ralentissement de la croissance des ventes de voitures en août, de + 3,7%, après +11% en juillet et +15,8% en juin selon l’Association chinoise
des constructeurs de voitures.

Essoufflement de la production industrielle


Au-delà des exportations, des importations, et de la consommation domestique, le rythme de progression de la production industrielle est également en berne. Il a atteint son plus faible niveau depuis plus de trois ans en août, +8,9% en rythme annuel, contre +9,2% en juillet et +15,1% en juin 2011.
«Le trend de la production industrielle est destiné à demeurer baissier un long moment, considère Arthur Kroeber, responsable chez GK Dragonomics. « Si ne je m’attends pas spécialement à ce que les chiffres soient beaucoup plus mauvais, je ne m’attends pas n’ont plus à ce qu’ils s’améliorent avant longtemps».
L’indice PMI HSBC, réalisé à partir d’une enquête auprès des directeurs d’achat du secteur manufacturier a fléchi à 47,6 en août, son plus bas niveau depuis mars 2009. Un indice similaire fabriqué par le Bureau national des statistiques a quant à lui révélé une contraction de l’industrie, pour la première fois depuis novembre 2011.
La croissance des nouvelles commandes connaît un recul significatif. Parallèlement, les stocks sont à leur plus haut niveau.

Un pessimisme ambiant semble également dominer dans le secteur des services. De nombreuses entreprises évoquent une hausse de leurs couts alors que les prix des prestations sont restés relativement stables.

Mise en garde du Président Hu Jintao

Cette situation a conduit très récemment le Président de la Chine, Hu Jintao à lancer une mise en garde lors d’une conférence organisée en Russie, le 8 septembre dernier
«La croissance économique fait face à une pression notable à la baisse. Certaines petites et moyennes entreprises sont confrontées à des temps difficiles. Les exportateurs doivent composer avec de plus grandes difficultés».

M Hu a insisté sur la nécessité pour les autorités chinoises d’agir plus fermement, d’autant plus que «l’économie mondiale a atteint un stade critique».

Imen Hazgui

Publié le 11 Septembre 2012