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Pourquoi la Chine ne sort-elle pas le bazooka ?

Pourquoi la Chine ne sort-elle pas le bazooka ?

(Easybourse.com) Jusque là, les autorités chinoises ne sont pas restées sans rien faire pour freiner le ralentissement de la croissance du pays. Cependant les mesures de soutien prises aussi bien la Banque centrale que par le gouvernement semblent insuffisants. D'aucuns s'interrogent alors sur les raisons qui empêchent la Chine de sortir l'artillerie lourde.

La Banque centrale a procédé à trois abaissements du taux de réserves obligatoires entre novembre 2011 et mai 2012 et à deux baisses du taux directeur en juin et juillet de cette année (à 6%). L’institution monétaire n’avait pas touché à ce taux depuis 2008. La rémunération de dépôts à un an a également été revue à la baisse de 0,25 point de pourcentage, pour tomber à 3%.

Les banques commerciales ont ainsi pu accorder jusqu'à 30% de rabais par rapport aux taux d'emprunt de référence, contre 20% jusqu'ici.
Résultat des courses, ce mardi 11 septembre, la Banque centrale de Chine révèle que les institutions financières chinoises auraient consenti 703,9 milliards de yuans (11,1 milliards de dollars) de crédits au mois d'août, contre 540,1 milliards de yuans de crédits en juillet. C’est davantage que ce qui était anticipé par les économistes qui tablaient 600 milliards de yuans.

Sur le plan budgétaire, la Commission nationale du développement des réformes a annoncé le 6 septembre des projets de construction d’une valeur de 1000 milliards de yuan (158 milliards de dollars). 55 projets au total ont été évoqués dont 25 nouvelles lignes de métro dans 18 grandes villes, des routes (2018 kilomètres) et des voies navigables. A la suite de cette annonce, l’indice composite de Shanghai s’est octroyé 3,7% pour la première fois
depuis longtemps.

Plan massif de 2009 ?


Ces différentes interventions vont certes dans le bon sens, mais ne seront pas suffisantes pour enrayer la tendance baissière dans laquelle s’inscrit la Chine.

Davantage est requis et la question que beaucoup se posent est de savoir pourquoi Pékin ne se lance pas dans un vaste plan de soutien, à l’instar de celui annoncé en mars 2009 de 4 000 milliards de yuans (630,4 milliards de dollars). A cette époque la croissance était descendue à 6,1%.

Les raisons à cela sont multiples. En premier lieu, ce plan n’avait pas eu que des effets positifs.
Des dérives en avaient découlé en particulier une hausse considérable des créances bancaires non performantes (suite à une distribution des crédits sans vigilance), une surcapacité de l’industrie (avec des investissements réalisés à des endroits ou dans des secteurs qui ne le requéraient pas), la formation d’une bulle immobilière, une exacerbation du niveau d’inflation.

Or, si l’inflation chinoise a reflué depuis ses points hauts, elle a accéléré en août à 2%, contre 1,8% en juillet. C’est la première accélération en cinq mois. L’inflation des prix alimentaires a progressé de 3,4%, contre 2,4% en juillet.
Une dégradation des finances des provinces chinoises a également été observée à l’issue du déploiement de ce plan- le niveau de dette au niveau local s’était élevé à environ 10 700 milliards de yuans en 2010.

Qui plus est, ce plan avait donné lieu à une multiplication des scandales de corruption : c’est ainsi que le ministre du chemin de fer a été démis de ses fonctions et exclu du Parti Communiste. Les constructions, réalisées à la hâte, se sont avérées à certains égards d’une médiocre qualité : c’est ainsi qu’une partie du pont de Yangmingtan s’est écroulé.
Les autorités veulent donc éviter de répéter les erreurs du passé.

La transition politique et le maintien du marché de l’emploi


Au-delà des dérives liées au plan de relance de 2009, deux autres facteurs viennent expliquer pourquoi les autorités politiques et monétaires n’ont pas agi plus vivement.

D’une part, une transition politique est en train de se préparer dans le pays. Le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao doivent être remplacés pour les dix années à venir d’ici la fin de l’année.
Cette passation des pouvoirs a pour conséquence un gel des grandes décisions économiques et financières.

En outre, et surtout, de l’avis de certains analystes, l’argument principal justifiant la relative passivité des autorités est lié à l’état du marché de l’emploi. Quand bien même, le pays serait en pleine transition politique, l’impératif de l’emploi étant majeur, des actions auraient été prises quoi qu’il en soit.

Cependant, pour le moment, le marché du travail ne s’est pas dégradé outre mesure, en particulier comparativement aux années 2008-2009. Durant cette période, de nombreux licenciements avaient eu lieu, près de 20 millions au total.
Ainsi, les réponses apportées par les autorités pourraient être d’une toute autre ampleur si une situation comparable se dessinait.

Cette semaine Xin Changxing, ministre adjoint du travail, a indiqué que la détérioration de l’économie avait commencé à avoir des répercussions négatives sur la force vive de l’économie chinoise.
La composante emploi de l’indice PMI résultant de l’enquête menée par le Bureau national des statistiques, a révélé une contraction de l’emploi en août pour le troisième mois consécutif. Le sous-indice a reculé à 49,1, sous la barre fatidique des 50.

HSBC a fait état, de son côté, d’un recul de son sous-indice de l’emploi à 47,6, son plus bas niveau depuis mars 2009 et son sixième mois consécutif de contraction.

Imen Hazgui

Publié le 11 Septembre 2012