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Le coeur des Allemands bat de nouveau pour l'Europe

Le coeur des Allemands bat de nouveau pour l'Europe

(Easybourse.com) Lundi 25 mars, la Société Française des Analystes Financiers, organisait à Sciences Po, en sa qualité de que think tank, sa première conférence thématique destinée à réfléchir aux enjeux de la finance et à participer à la réflexion sur l'après crise. Sous la présidence de Marie-Pierre Peillon, trois experts ont été réunis pour discuter du rôle de l'Allemagne, des enjeux sous-jacents pour l'Europe et des élections allemandes à venir : Jacqueline Hénard, essayiste et professeur à Sciences Po Paris, Thomas Fricke, éditorialiste et ex-économiste en chef du Financial Times Deutschland et Véronique Riches-Flores, économiste indépendante et présidente de la société Riches Flores Research.

Quel rôle moteur peut jouer l’Allemagne dans la résolution de la crise de la dette de la zone euro et dans l’avancée de la construction de l’union monétaire ? De quelle manière les élections allemandes vont-elles influencer les positions de l’Allemagne ? Va-t-on vers un durcissement ? Le désastre du traitement de l’affaire chypriote est-il un signe avant-coureur d’une tonalité plus sévère pour les mois à venir ? Est-il envisageable que l’Allemagne finisse par laisser tomber l’euro ?

Ces questions sont autant de questions phares pour tous ceux qui veulent tenter d’établir des prévisions économiques ou avoir des positions sur les marchés.
Cette table ronde a revêtu une dimension politique et une dimension économique.
Ce premier papier sera consacré à l’aspect politique. Il en ressort des propos échangés que la chancelière allemande a de grandes chances de remporter les prochaines élections, que les Allemands ont retrouvé un certain engouement pour la construction européenne malgré leur inquiétude face à la crise, et que la menace de la montée en puissance d’un parti anti européen est quelque peu limitée.

L’élection quasi assurée d’Angela Merkel

Les élections législatives doivent se dérouler le 22 septembre. Beaucoup de choses peuvent se passer d’ici là.
Selon les dernières estimations, le parti CDU qui est celui de la chancelière Angela Merkel arrive en tête avec 31% des intentions de vote. Arrivent ensuite le parti SPD avec 27% des intentions, le parti vert avec 15% des intentions, le parti Linke (ancien parti de gauche de l’Allemagne de l’est) 6,5% des intentions, le FDP (libéraux) 6,0% des intentions.
Les Allemands sont peu nombreux à vouloir un changement de gouvernement. Alors qu’ils étaient 52% à le solliciter en 1994, et 47% en 2009, ils ne sont plus que 35% en 2013.
61% des Allemands sont d’avis que la chancelière est suffisamment forte pour mener la barque contre 47% en 2009. «Mme Merkel est perçue comme un personnage politique qui réconforte les Allemands dans leur angoisse».

Les Allemands de nouveau amoureux de l’Europe


Deux graphiques de l’Institut Allenbach ont très souvent été mis en avant pour avoir fait l’effet d’une bombe. Selon ces derniers, entre 2002 et 2011 la méfiance des Allemands à l’égard de l’Union européenne est passée de 40% à 67%. Parallèlement, les Allemands désireux d’avoir un avenir commun avec l’Europe étaient sont passés de 49% à 25%.
«Cependant 2011 semble clairement avoir constitué un point haut dans le désamour des Allemands vis-à-vis de la construction européenne», assure Jacqueline Hénard.
En 2012, 24% des Allemands sont méfiants vis-à-vis de l’Union européenne et 57% d’entre eux sont désireux d’avoir un avenir commun.
La même tendance apparait lorsqu’il est question de savoir s’il est préférable de revenir au deutsche mark ou s’il vaut mieux garder l’euro. En 2009, 55% des Allemands voulaient revenir à l’ancienne devise nationale. Aujourd’hui une majorité relative ne le souhaite pas.
Selon l’euro baromètre, 70% des allemands veulent une union économique et monétaire.
«Tous ces chiffres rendent compte d’une réalité quelque peu différente de ce que l’on entend. Deux explications majeures à cela : le discours des politiques et notamment de la chancelière et le sentiment que l’euro vaut quelque chose» explique Thomas Fricke.

Le sujet principal de ces élections n’est pas la crise européenne

Bien qu’elle soit un point de préoccupation important, la crise européenne n’est pas ce qui inquiète le plus les Allemands dans la campagne actuelle. Ces derniers sont davantage soucieux de leur démographie déprimante.
«Les projections de l’évolution démographique sont pires que ce que l’on pouvait appréhender. Selon ces dernières, il faudrait 500 000 immigrants en Allemagne par an pendant les 30 prochaines années pour faire face au faible taux de natalité. Nous n’en sommes pas loin. En 2011, l’immigration nette a été de 270 000 personnes, provenant essentiellement de la Pologne, de la Roumanie, et de la Bulgarie. Il semble que ce chiffre se soit élevé à 400 000 en 2012 avec une part prépondérante pour les personnes issues des pays d’Europe du Sud» développe Jacqueline Hénard.
Cette démographie déprimante a conduit à un changement de paradigme. La question de l’immigration est abordée de manière positive. Les jeunes ayant une qualification sont encouragés à venir habiter dans le pays et à fonder leur famille. «Faites votre vie en Allemagne» tel est le slogan proclamé par les autorités avec des témoignages à l’appui de success stories. «Il est très probable que le prochain gouvernement créera un ministère dédié à la démographie» souligne Jacqueline Hénard.

La réalité de la menace d’un parti anti européen

La constitution d’un parti anti européen dénommé «Alternative fur Deutschland» qui doit tenir sa première réunion officielle le 13 avril prochain à Berlin a fait beaucoup de bruit. Ce parti avait été mis en lumière pour son sérieux car il est dirigé par un professeur d’économie, ancien membre de la CDU. On s’est interrogé sur la menace que pouvait représenter un tel parti protestataire après qu’un sondage ait révélé que 25% des Allemands imaginaient pouvoir voter pour ce parti.
«Il ne me semble pas qu’il aura beaucoup d’influence pour les élections de cet automne. Ce parti est principalement constitué de personnes d’un âge avancé. Il ne me semble pas qu’ils auront suffisamment d’énergie et de temps pour militer, distribuer les tracts, et perturber les résultats. Cependant il pourrait en être autrement au cours des élections européennes de 2014».

Tel est également l’avis de Thomas Fricke pour qui ce parti ne devrait pas changer la donne des prochaines élections. Il pourrait tout au plus faire son entrée au sein du Bundestag mais son poids devrait rester suffisamment petit pour qu’il n’ait pas de réelle répercussion sur l’orientation de la politique menée dans le pays. «25% est un taux relativement élevé. Cependant il y a lieu de relativiser cette réalité. D’abord, il y a eu plusieurs tentatives comparables par le passé de la création d’un parti anti européen. Ils ont tous fini par échouer. Ensuite, si 25% pourraient être favorables à ce parti, cela suppose que 75%, beaucoup plus que la moitié y serait défavorable. En outre, dans les 25% de réponses positives, une grande part est à attribuer au parti de gauche et une grande part au parti de droite. Les membres de ce parti ont par essence des visions diamétralement opposées».

Imen Hazgui

Publié le 26 Mars 2013