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Fusions-acquisitions : vers l'enclenchement d'un nouveau boom d'ici la fin de l'année

Fusions-acquisitions : vers l'enclenchement d'un nouveau boom d'ici la fin de l'année

(Easybourse.com) Les dernières vagues de fusions-acquisitions se sont déroulées entre 1997 et 2000 et entre 2004 et 2007. Pour certains experts nous serions actuellement dans le creux de la vague et en devrions toucher le fond très prochainement. Le volume des opérations a donc vocation à croître fortement d'ici la fin de l'année, à condition que l'incertitude soit totalement levée au sein de la zone euro.

Généralement, les opérations de fusions acquisitions ont lieu un an après la reprise des marchés, le temps de trouver les bonnes cibles et le financement nécessaire. Cela fait bien plus d’un an que cette reprise n’a pas eu lieu de manière vigoureuse.
Le début de l’année 2012 avait plutôt bien commencé. Une cassure de la tendance haussière a ensuite été observée en raison de l’accentuation des difficultés rencontrées par la péninsule hellénique. La résolution de la crise grecque et les différentes annonces faites par le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, ont quelque peu calmé les tensions. Celles-ci ont néanmoins repris de plus belle avec l’impasse politique en Italie, et le dossier chypriote. « Ces épisodes ont quelque peu donné le bourdon aux entreprises qui voulaient se lancer » constate Hervé Mangin, gérant chez Axa IM, spécialiste des opérations de fusions-acquisitions.

 Le volume d'activité des fusions acquisitions en Europe a chuté de 64,30%

Par rapport à la moyenne historique de 10 ans, le volume d'activité des fusions acquisitions en Europe a chuté de 64,30%. La variation à la baisse est de 39,30% au niveau global, de 36,30% en Amérique du nord.

Une volonté bel et bien au rendez-vous

Les entreprises ont la main posée sur la gâchette pour tirer et les balles sont là. Les bilans sont solides, l’endettement relativement faible, la trésorerie abondante (un niveau record en dix ans, 800 milliards de dollars pour les entreprises américaines, et un montant similaire pour les entreprises européennes).
D’après les dernières enquêtes menées auprès des dirigeants, ces derniers sont d’avis que les opérations de fusions-acquisitions constituent la meilleure manière d’utiliser la liquidité disponible, avant le versement de dividendes, le rachat d’actions ou encore le remboursement anticipé de dette.
Les prédateurs ne manquent donc pas à l’appel pour conserver un certain pricing power, récupérer des parts de marché, faire progresser le résultat net, accéder à une nouvelle technologie.

Ces derniers sont cependant hésitants, bien plus en Europe qu’aux Etats-Unis,

Pour les dirigeants, les fusions-acquisitions sont la meilleure manière d’utiliser la liquidité disponible

même si de l’autre côté de l’Atlantique, des inquiétudes continuent à être alimentées s’agissant de l’évolution de la politique budgétaire et monétaire. «Après l’impasse politique en Italie, la crise chypriote, les difficultés rencontrées par la Slovénie, les dirigeants ont conscience que la crise de la dette de la zone euro est loin d’être terminée. Des efforts significatifs ont été déployés depuis juillet 2012 par les autorités politiques et la BCE pour sauver l’union monétaire, mais le chemin reste parsemé d’embûches » commente Hervé Mangin.

La visibilité avant tout !

Si le prix à payer est important, il ne doit pas constituer un frein. Certaines entreprises l’ont bien compris et se sont montrées prêtes à verser la somme nécessaire pour s’assurer de la qualité des proies acquises. En témoigne le rachat par la société de Warren Buffet, Berkshire Hathaway de Heinz pour un montant de 28 milliards de dollars, soit 20 fois ses résultats 2014.
La société DE Master Blenders spécialisée dans les capsules de thé et de café a été reprise par un groupe d'investisseurs emmenés par Joh A Benckiser alors qu'elle est évaluée sur le marché 29 fois ses résultats 2014.
Des rumeurs circulent depuis peu sur la possible acquisition de Beiersdorf, leader dans les domaines de la cosmétique par Procter & Gamble. Cette société vaut 27 fois ses résultats 2014.
L’accent est mis sur la bonne visibilité des cibles et consécutivement sur leur résistance à un environnement économique et financier difficile.

Des opérations de plus petite taille

A défaut d’avoir une forte visibilité sur de grandes sociétés, les dirigeants préfèrent jouer la carte de la prudence et faire des opérations de petite taille en vue de soigner leur carrière et le porte monnaie du groupe. Seules 5 grandes opérations, de plus de 10 milliards d’euros, ont été recensées en 2012 : Xstrata/Glencore (36 milliards d'euros), T-Mobile US/MetroPCS (25 milliards d'euros), TNK-BP/Rosneft (20 milliards d'euros), Grupo Modelo/Anheuser-Bush-Inbev (14 milliards d'euros), Virgin Media/Liberty Global (13 milliards d'euros).
Historiquement, ces opérations s’élèvent à plus d’une dizaine.

Les acquisitions se veulent désormais plus judicieuses

Les acquisitions se veulent désormais plus judicieuses. Les segments et les business models, sont plus ciblés en vue de permettre une meilleure intégration et d’éviter les dépréciations excessives. Quatre grands groupes miniers anglo-saxons ont changé de président au cours de ces 18 derniers mois. Trois de ces remplacements ont été motivés par des acquisitions destructrices de valeur. Ainsi Rio Tinto a dû passer une dépréciation de valeur de 30 milliards de dollars sur la société d’aluminium Alcan payée 44 milliards de dollars quatre ans plus tôt et une dépréciation de 3 milliards sur une mine de charbon au Mozambique négociée 4 milliards de dollars. Le président du conseil d’administration d’HP, Ray Lane, a été remercié après que le groupe ait dû subir 8,8 milliards de dollars de pertes sur l’achat d’une société de logiciels, Autonomy, pour 12 milliards de dollars.
Dans la chimie, l’entreprise BASF, qui avait l’habitude de faire des deals, jusqu’en 2009-2010 de 5-6 milliards de dollars, s’est mise à faire de bien plus petites emplettes depuis l’arrivée du nouveau président. Douze accords ont été conclus de moins de 2 milliards de dollars.

Selon certaines statistiques, les grandes opérations seraient difficilement créatrices de valeur pour les actionnaires si bien que ces derniers rechignent à voir de telles transactions se réaliser. Deux tiers des opérations de fusions acquisitions de plus de 20 milliards de dollars depuis 1996 auraient coûté aux actionnaires. Sur les 78 opérations recensées, les sous performances seraient de 13% sur trois ans.

La montée d’un certain protectionnisme

Les dirigeants devront compter avec l’accentuation d’un certain protectionnisme ici et là. Récemment les autorités chinoises ont fait obstacle à certaines opérations dans deux domaines en particulier : les opérations impliquant de grandes sociétés minières comme l’alliance BHP Billiton-Rio Tinto ou encore Glencore-Xstrata et dans les opérations impliquant d’importantes sociétés japonaises comme Dentzu. L’Autorité de la concurrence chinoise n’a toujours pas donné son accord pour l’opération de rachat d’Aegis de 4 milliards de dollars alors que celle-ci avait une activité peu significative sur le territoire national.

Le durcissement de la position des autorités a été constaté ailleurs qu’en Chine, notamment aux Etats-Unis dans les deals entre Anheuser Bush Inbev et Grupo Modelo ou encore entre T Mobile US et Metro PCS. Le rapprochement entre UPS et TNT a ainsi été invalidé parce que les autorités avaient estimé qu’il aboutissait à un opérateur trop important par rapport au reste du marché.

Vers une accélération des opérations ?

Les transactions pourraient bien s’accélérer au deuxième semestre de l’année. Deux conditions devront cependant être remplies pour permettre le surcroît d’opérations : l’Italie devra retrouver un gouvernement stable en capacité de piloter convenablement la politique budgétaire du pays et l’Espagne devra

Deux conditions devront cependant être remplies pour permettre le surcroît d’opérations

demander une nouvelle aide financière afin d’assainir totalement son secteur bancaire.
A ce moment là, le niveau de valorisation des actions européennes –inférieur à 12% contre une moyenne de long terme entre 1987 et 2012 de 13-sera plus bas encore. Les transactions seront facilitées.

Les fonds de private equity ne seront pas aussi dynamiques qu’au début des années 2000 même s’il est possible de les voir pointer le bout de leur nez à l’instar de la cession de l’activité d’emballage de Saint Gobain.

En attendant, les fusions acquisitions seront à concevoir comme la cerise sur le gâteau. La sélection des valeurs devra d’abord se faire sur le fondamental plutôt que sur le potentiel d’opération.




Imen Hazgui

Publié le 12 Avril 2013