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Introductions en bourse, tout sauf la zone euro ?

Introductions en bourse, tout sauf la zone euro ?

(Easybourse.com) Si elles sont pour le moment peu nombreuses, les opérations d'introduction au sein de la zone euro devraient se multiplier d'ici la fin de l'année.

En Europe, le Royaume-Uni fait figure d’exception en matière d’introductions en bourse. Le quantitative easing pratiquée par la Banque centrale d’Angleterre, la stabilisation des perspectives économiques, la hausse du marché actions sont autant d’atouts qui incitent les sociétés à vouloir se coter à Londres. Les opérations concernent notamment des sociétés cédées par l’Etat, des sociétés qui sont sorties temporairement de la cote pendant la crise dans des secteurs aussi divers que l’assurance (Direct Line Insurance, Esure Group), la construction, l’immobilier (Countrywide, Crest Nicholson), l’industrie cyclique.
Au total 10 IPO ont été faites depuis le début de l’année et la tendance devrait perdurer.

Dans la zone euro a proprement parler, une légère agitation n’est perceptible pour le moment qu’en Allemagne. « Le Dax résiste relativement bien. Les sociétés allemandes qui veulent s’introduire ont un cash flow significatif, une bonne visibilité, un business model éprouvé, loin de la problématique de la crise de la dette de la zone euro. Une grande partie de ces entreprise, apportées par des fonds de private equity ou des familles, se cotent pour avoir une monétisation des parts détenues et une exposition à l’international notamment sur les marchés émergents » développe Cédric Chaboud, responsable des investissements au sein de la Société Privée de Gestion de Patrimoine (SPGP). Parmi ces sociétés figurent Talanx dans l’assurance, LEG Immobilien dans les services financiers, ou encore Hellerman Tyton Group dans l’industrie.

Pour ce qui de la suite des évènements, des opérations au sein des pays périphériques de la zone euro ne sont pas à exclure.
Celles-ci pourraient découler en premier lieu de processus de privatisation à l’instar de la Pologne qui depuis deux ans et demi s’est lancée dans l’introduction de nombreuses sociétés minières et financières. L’Italie, l’Espagne, et la Grèce se prépareraient à cette vague. « L’avantage dans ces opérations est qu’il n’y a pas de dépendance de l’Etat vis-à-vis d’un seul investisseur dès lors que le capital est parcellisé entre différents actionnaires » indique M Chaboud.

Un premier jet avait été tenté par Madrid il y a deux ans avec certains établissements bancaires, mais avait débouché sur un échec. « Les entités introduites, comme Bankia, n’étaient pas transparentes, donc pas compréhensibles par les actionnaires. Les autorités s’étaient mal organisées. Les erreurs du passé devraient servir de leçon» explique le responsable de SPGP. La Loterie espagnole pourrait alors être tentée par l’aventure.
Des sociétés de biens aux collectives en Italie pourraient aussi s’y risquer. La Grèce, pourrait, quant à elle, vouloir accompagner l’exploration et l’exploitation du gaz et pétrole de schiste qu’elle cache sous son sol.

Une autre thématique qui pourrait être source d’IPO de sociétés de la zone euro, mais cette fois ci en dehors de l’union monétaire, serait celle de la restructuration.
Des sociétés comme Santander, Telefonica, France Telecom s’inscriraient dans cette optique. L’idée est alors de coter certains actifs à l’étranger pour profiter de meilleures conditions de marché et pouvoir lever des fonds nécessaire au bon développement du groupe.
Face aux difficultés d accès au marché obligataire et au marché actions, Santander a décidé de coter certaines de ses filiales au Brésil, au Mexique, et au Chili. «Ces introductions ont permis à la banque espagnole de collecter du cash et d’avoir un véhicule à sa disposition pour procéder à des augmentations de capital sans risquer une trop forte dépréciation de ses titres. L’opération au Mexique a été particulièrement couronnée de succès du fait qu’il y a peu d’exposition possible au secteur bancaire dans le pays. Le titre a alors gagné près de 20% » note M Chaboud.
Telefonica a également fait le choix de cette solution avec sa filiale en Allemagne. L’opérateur pourrait en faire de même en Amérique latine ou au Royaume-Uni.
Enfin, la rumeur court depuis longtemps que France Telecom envisagerait de mettre sur le marché sa filiale britannique Everything Everywhere détenue à parité avec Deutsch Telecom. «Ce serait un moyen pour France Telecom de retourner de la valeur aux actionnaires et de se désendetter ».

Si le réservoir est susceptible de se remplir, une accélération des opérations d’introduction au sein de la zone euro ne devrait pas se dessiner tant que des questions majeures ne seront pas résolues telles que l’impasse politique italienne ou l’aide financière à l’Espagne…

Les investisseurs internationaux, surtout les investisseurs américains sont aux abonnés absents d’une part, parce qu’ils ont beaucoup à faire avec les opérations qui se déroulent aux Etats-Unis, mais aussi et surtout parce qu’ils ils n’ont pas encore suffisamment confiance sur la suite des évènements dans la zone euro.

Les investisseurs particuliers européens sont pour leur part mobilisés par d’autres produits d’épargne, tels que le PEA, l’assurance vie, les fonds UCITS.

Imen Hazgui

Publié le 12 Avril 2013