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Siemens, BMW, Volkswagen, Deutshe Bank, Commerzbank, BASF : sur quelles actions allemandes investir ?

Siemens, BMW, Volkswagen, Deutshe Bank, Commerzbank, BASF : sur quelles actions allemandes investir ?

(Easybourse.com) Dans un contexte de rétablissement de la conjoncture au sein de la zone euro, qu'en est-il de l'opportunité d'investir sur le marché des actions boursières en Allemagne, première puissance économique de la région ? Pour le déterminer, nous avons interrogé deux gérants spécialisés sur les actions allemandes, au sein de DWS Deutsche Asset & Wealth Management et d'Allianz Global Investors et deux économistes qui suivent de près l'évolution de la situation outre-Rhin au sein de BNP Paribas et de Markit.

Interview de Tim Albrecht

Interview

Tim Albrecht

Fund Manager

Deutsche Asset & Wealth Management

Interview de Matthias Born

Interview

Matthias Born

Gérant d'actions allemandes

Allianz Global Investors

Jusque là, l’année a été positive pour les actions allemandes. L’indice Dax affiche une performance de près de plus de 13% depuis janvier. L’indice midcap a enregistré, quant à lui, un gain bien plus important de plus 25%.
Le ratio cours sur bénéfice pour les larges capitalisations allemandes est d’environ 12 à présent, et celui des moyennes capitalisations de 15.

Les gérants que nous avons sollicités sont plutôt confiants sur l’évolution des actions allemandes au cours des prochains mois. «Nous avons une cible de 9000 points à fin décembre sur le Dax » avance Tim Albrecht, gérant chez DWS. Cela signifie une croissance de 6% par rapport au niveau actuel et suppose un rallye de 18% sur l’ensemble de l’année 2013, après 30% en 2012. L’expert, s’attend par ailleurs, à un Dax à 9400 points au cours des 12 prochains mois.

Les principaux catalyseurs

Parmi les puissants moteurs de la poursuite du rebond des actions allemandes figure en premier lieu, l’embellie de la toile de fond macroéconomique du pays. Selon Evelyn Herrmann, économiste au sein de BNP Paribas, le PIB de l’Allemagne est censé progresser de 0,6% cette année et de 1,6% en 2014. La Banque centrale allemande a dernièrement corrigé sa prévision à 0,3% pour 2013.

L’ensemble des voyants devraient passer au vert au cours des prochains trimestres. Les exportations sont attendues en croissance de 5-6% sur l’année prochaine. « La conjoncture dans l’ensemble de la zone euro qui s’inscrit dans un processus de redressement devrait profiter aux exportations allemandes qui sont destinées à environ 40% aux pays membres de la zone euro » commente Evelyn Herrmann. La compétitivité allemande devrait demeurer un appui significatif. D’après le dernier rapport du Forum économique mondial, l’Allemagne est la quatrième économie la plus compétitive devant les Etats-Unis. «Les signaux découlant des interviews des exportateurs concernant leurs perspectives à court terme sont positifs » souligne Tim Albrecht.
La Chambre de commerce et d’industrie de l’Allemagne, la (DIHK) s’attend à ce que l’Allemagne dépasse les Etats-Unis en tant que deuxième plus grand exportateur international à la fin de l’année, derrière la Chine. La puissance européenne contrôlerait présentement 7,5% du commerce mondial, contre 11% au début des années 1990.
La consommation des ménages allemands est également destinée à se maintenir à un niveau élevé. « Les consommateurs allemands sont plus optimistes. Ils sont relativement sereins concernant la situation sur le marché de l’emploi. Ils sont alors davantage en mesure de planifier des dépenses importantes » signale Evelyn Herrmann.
Par ailleurs, au delà de l'investissement résidentiel, l’investissement des entreprises dans le capital productif devrait s’intensifier. «Les entreprises allemandes ont longtemps attendu d’avoir un environnement plus visible pour agir dans ce domaine. Il apparaît que cela soit dorénavant le cas » observe l’économiste de BNP Paribas.
L’amélioration de la toile de fond macroéconomique outre-Rhin devrait alors permettre aux bénéfices des entreprises d’évoluer à la hausse. «Jusque là le marché a progressé sous la seule impulsion d’un rétablissement de l’économie sans hausse des bénéfices. Nous avons besoin de voir une véritable expansion des profits pour voir les actions allemandes délivrer de fortes performances » prévient Mathias Born, gérant chez Allianz GI. Le consensus table à ce jour sur un accroissement des bénéfices de 7% pour les grandes entreprises du Dax et de 30% pour les moyennes entreprises.

Les flux devraient aussi contribuer à donner davantage d’élan aux actions allemandes. «Nous sommes toujours dans un environnement de répression financière. Le taux d’intérêt des obligations à dix ans allemandes est de 2%. En tenant compte de l’inflation, les investisseurs perdent de l’argent en se positionnant sur ces instruments. Pour récupérer du rendement plus important, il n’y a pas d’autre choix que de s’orienter vers les actions. Le rendement du dividende découlant du Dax est de plus de 3% » explique Tim Albrecht.

Gare à la volatilité

Investir sur les actions allemandes n’est pas de tout repos. Des variations brusques sont à prévoir notamment en raison des facteurs de risque qui pèsent actuellement sur le compartiment.
Trois principales menaces ont été mentionnées par nos interlocuteurs. En premier lieu, celle relative à l’évolution de la situation au sein de la zone euro. « Nous ne sommes pas à l’abri d'un nouvel événement défavorable qui détériorerait le sentiment sur le climat des affaires. De nombreuses décisions politiques sont attendues en Grèce, au Portugal, en Irlande » soutient Evelyn Herrmann.
Une deuxième source de danger est liée à la stratégie de sortie de la Fed de sa politique monétaire ultra accommodante. Des impacts peuvent être ressentis sur la zone euro et donc sur l’Allemagne.
Enfin, certains opérateurs sont inquiets de ce qui se passe dans certaines économies émergentes. «Des observateurs comparent la situation actuelle à celle de 1997 qui a conduit à une sévère crise dans les pays asiatiques. Nous ne sommes pas dans la même configuration. A cette période, beaucoup de pays émergents avaient des dettes conséquentes libellées en dollars. L’effondrement de leur devise leur avait rendu plus compliqué le refinancement sur le marché. De plus, de nombreuses entreprises avaient une dette abondante de courte maturité. Tel n’est plus le cas ». Si les circonstances peuvent être préoccupantes dans certains pays comme l’Inde, elles ne devraient pas conduire à une catastrophe. « La principale mécanique de la locomotive réside en Chine. Nous pouvons légitimement penser que les autorités feront tout ce qu’il faut pour aboutir à une relative stabilisation dans le pays » mentionne Tim Moore, économiste au sein du cabinet d’analyse Markit.

Allocation d’actifs recommandée

Tim Albrecht et Mathias Born ont tous deux décidé de mettre davantage l’accent sur les secteurs cycliques : l’automobile, la chimie, l’industrie. «Il y eu de très mauvaises nouvelles dans le secteur de la chimie liées à l’affaiblissement des stocks des clients. Il y a de ce fait un fort potentiel de rebond. D’un autre coté, la demande dans le secteur automobile est réellement en train de se raffermir. La perspective pour la production n’est pas mauvaise» note le gérant de DWS. Le marché de l’automobile en Europe a crû de 4,8% en juillet. La Chine est devenue le premier marché pour un acteur comme Volkswagen.

Les secteurs évités sont le secteur des services aux collectivités, celui des télécoms et celui des banques. «Les entreprises de services aux collectivités rencontrent de gros problèmes avec la politique énergétique allemande. Les entreprises de télécoms connaissent une dynamique atone. Les banques privées sont confrontées à une rude concurrence de la part des banques publiques. Elles sont, qui plus est, sujettes à un durcissement de la réglementation et à un manque de fonds propres » poursuite Tim Albrecht.
Des sociétés comme E.ON et RWE qui font l’objet de vives pressions politiques en raison de la volonté affichée de conduire une transition énergétique visant à sortir du nucléaire ont fait état de fermeture de centrales. Une banque comme Deutsche Bank a d’énormes difficultés à convaincre les investisseurs de sa bonne capitalisation en dépit de la hausse de ses fonds propres de 3,88 milliards de dollars à fin avril. L’établissement fait en outre l’objet d’une enquête de la part des régulateurs japonais pour une affaire de corruption survenue au sein de l’unité d’investissement.

Les deux gérants ne recommandent pas de se porter massivement vendeurs des sociétés allemandes exposées à l’international, comme Beiersdorf et Continental pour se rabattre sur celles davantage positionnées sur la croissance domestique ou du moins la croissance en Europe tel que ThyssenKrupp. «Je pense qu’il est préférable de débuter avec les sociétés allemandes qui exercent une large part de leur activité en Amérique du Nord, notamment aux Etats-Unis pour ensuite, continuer avec celles dont une large part de leur chiffre d’affaires est en Europe puis terminer avec celles qui ont certaine influence dans les pays émergents » conseille Tim Albrecht.

A la fois, M Albrecht et M Born préconisent de se montrer prudents à l’égard du segment des small et mid caps. Ces entreprises ont déjà suivi un très beau parcours.









Imen Hazgui

Publié le 16 Septembre 2013

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