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24 000 produits de bourse sont aujourd'hui disponibles en France, un record historique

24 000 produits de bourse sont aujourd'hui disponibles en France, un record historique

(Easybourse.com) Warrants actions à barrière désactivante, turbos infinis, certificats d'investissement bonus et bonus cappés...? ces terminologies peuvent sembler complexes, obscures, marginales, pourtant elles désignent des instruments financiers largement utilisés par les investisseurs sur le marché français, et faisant partie d'une grande famille communément dénommée « produits de bourse ». En 2013, le montant des volumes échangés sur ces véhicules d'investissement devrait représenter plus de 6.4 milliards d'euros et celui des transactions devrait s'élever à 2 millions. Cela positionne l'Hexagone comme le quatrième pays de la zone euro le plus actif, derrière l'Allemagne, l'Italie et la Hollande. Nous avons souhaité chez Easybourse déterminer quelles étaient les grandes tendances sur le plan de la commercialisation et de la création de ces outils, et identifier les principaux enjeux actuels liés à leur fort développement. Cinq grands acteurs ont alors été interrogés : NYSE Euronext, BNP Paribas, Société Générale, Unicredit et Commerzbank.

Interview de Sébastien  David

Interview

Sébastien David

Responsable des relations investisseurs, produits de bourse

Société Générale

La répartition par grands types de produits de bourse est restée stable cette année. Les turbos représentent 50% des transactions, les warrants 25% et les certificats de type « Leverage et Short » 20% des transactions. « 95% des transactions sont ainsi réalisées sur des produits à effet de levier, ce qui est une caractéristique très propre à la France » souligne Christophe Grosset, responsable des produits de bourse au sein d’Unicredit.
L’indice CAC 40 continue d’être le sous-jacent préféré des investisseurs avec 30% des volumes échangés (contre 35% en 2012).

Une inflation de produits

Selon Thibaud Renoult, responsable des produits de bourse chez Commerzbank, il n’y a jamais eu autant de produits de bourse listés sur le marché français à la fin du mois de septembre. 24 000 instruments ont pu être recensés. « La nouvelle tarification pour les émetteurs mise en place par NYSE Euronext depuis le début de l’année 2013 les a incité à offrir davantage de produits et à se diversifier » explique Alexandre Atlani, responsable des produits de bourse chez NYSE Euronext.
«Nous avons lancé 3000 produits depuis le début de l’année » signale Sébastien David, responsable des relations investisseurs Société Générale. « Nous avons pour notre part émis plus de 11,000 produits sur Nyse Euronext depuis janvier » énonce Thibaud Renoult.
Les créations ont tout naturellement concerné les produits les plus plébiscités par les investisseurs. «Des certificats leverage 12 et 15 ont été conçus sur le CAC sur lesquels plus de 300 millions d'euros se sont échangés depuis leur introduction en Bourse» informe le responsable de Commerzbank. « Suite au rebond survenu sur le marché des actions, le volume sur les warrants indices s’est déversé sur les warrants actions. Face à cette nouvelle tendance, nous avons décidé d’émettre des warrants actions dans plusieurs secteurs porteurs comme l’aéronautique, les smartphones, l’automobile, l’Internet, les médias » évoque Sébastien David. Dans le compartiment des turbos, de nombreux « turbos infini » ont été commercialisés pour la première fois cette année par plusieurs établissements dont la BNP. « Ces Turbos peuvent perdurer quelques semaines, quelques mois, voire quelques années tant que la barrière désactivante n’a pas été atteinte. Ayant des leviers moindres, entre 3 et 5, ils sont privilégiés par un investisseur au profil de risque plus limité» note Bertrand Alfandari, responsable des produits de bourse de BNP Paribas.
De manière à répondre aux mieux aux attentes des utilisateurs, l’idée d’une conception de produits sur mesure a fait son petit bout de chemin. «Nous avons fait le choix de donner la possibilité à nos clients de formuler des requêtes spécifiques par téléphone ou par mail sur un nouveau niveau de levier, des sous-jacents supplémentaires» explique Sébastien David.

Comment se retrouver dans ce vaste univers ?

24 000 produits, cela peut de prime abord sembler énorme ? N’y a-t-il pas un risque de perdre les investisseurs en cours de route ? « La détermination du sous-jacent souhaité, du type de produit considéré, de l’horizon d’investissement voulu, restreint déjà beaucoup l’univers d’investissement. Il est possible d’envisager ensuite plusieurs paramètres comme le taux de présence de l’émetteur, le spread (l’écart achat-vente) moyen, et la quantité moyenne. Ces informations accessibles pour la dernière séance de bourse ou sur la moyenne des 20 dernières séances pourront renseigner sur la qualité d’animation de marché de chaque émetteur.
De plus, tous les émetteurs ont des sites Internet (avec pour la plupart des simulateurs de prix) et des hotlines destinées aux investisseurs. Il leur est vivement conseiller d’user et d’abuser de ces services afin d’avoir en main un maximum d’informations avant d’investir » développe Alexandre Atlani.
Pour l’expert de Nyse Euronext, il est indispensable que les investisseurs diversifient leurs placements. En cela il faut éviter d’investir tout son portefeuille dans des produits de bourse. Il n’est pas non plus recommandé de n’avoir que des produits sur un même sous-jacent. Il est préférable de se positionner seulement dans le cas où l’on a un point de vue clair du sous-jacent sur lequel on souhaite se positionner, à la hausse ou à la baisse.
Le choix des produits dépendra du risque que l’on est prêt à prendre et de son horizon d’investissement. A moyen-long terme, les turbos ou les warrants seront requis. A court terme, les investisseurs pourront se placer sur des certificats à levier.

Les enjeux fiscaux et réglementaires

La fiscalité appliquée sur les produits de bourse est relativement pesante en absolue et en relatif vis-à-vis des autres grands pays européens. Le mode de prélèvement a, qui plus est, été modifié cette année. «Les profits sont imposés depuis janvier au barème progressif de l’impôt sur le revenu alors qu’avant un taux global de 39,5% était appliqué. On peut penser que ce changement par rapport à la situation précédente, a eu un petit effet sur le volume de ces produits » avance Sébastien David. Il n’est pas à exclure que d’autres mesures fiscales défavorables voient le jour même si pour le moment aucune prémisse d’un alourdissement n’est perçu. « Si tel était le cas, nous ne serions pas à l’abri d’un risque de transfert de volume d’une place vers une autre place. Le déplacement de la liquidité pourrait porter préjudice à la place de Paris » met en garde le responsable de Société Générale.
Du point de vue de la règlementation, le marché est déjà très encadré par le régulateur et les opérateurs de bourse. « Nous pensons que le nombre de transactions qui s'opérait auparavant en OTC vont migrer vers la bourse et l'offre publique du fait de son cadre règlementaire beaucoup plus sécurisé pour les investisseurs » indique Thibaud Renoult.
Les autres enjeux sont liés à la pédagogie, à la qualité d’animation de marché, à la prévention des risques inhérents à chaque produit, confie Bertrand Alfandari. «Nous sommes dans un contexte où il faut simplifier l’offre, la rendre davantage compréhensible par les investisseurs. Il est primordial de garantir la liquidité sur l’ensemble des produits à effet de levier ».

Imen Hazgui

Publié le 21 Octobre 2013