Investissement socialement responsable (ISR): où en est-on ?

Investissement socialement responsable (ISR): où en est-on ?

(Easybourse.com) Alors qu'une majorité d'investisseurs particuliers se déclare sensible aux enjeux de développement durable, seule une minorité a déjà entendu parler de l'investissement socialement responsable (ISR). Pourtant les produits existent et répondent de plus en plus à ces préoccupations.

L’investissement socialement responsable, vous connaissez ? Pour une majorité de Français (63%) la réponse est non. Un paradoxe, alors que plus de la moitié des sondés affirment accorder de l’importance aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs décisions d’investissement. Il n’est donc pas inutile de rappeler ici la définition de l’ISR : un placement qui vise à concilier performance économique et développement durable en finançant les entreprises et les entités publiques qui veillent à limiter leur impact sur l’environnement et les populations et qui font preuve de transparence dans leur gouvernance.

Aujourd’hui un particulier peut souscrire à un investissement ISR directement auprès de son établissement financier sous la forme de fonds ISR ou à travers des produits d’assurance-vie, d’épargne salariale et de retraite comportant des fonds ISR. Cependant, d’après un sondage du cabinet Eiris pour le Forum pour l’investissement responsable (FIR), seulement 3% des épargnants se sont vus proposer ce type de placement par leur banque ou leur conseiller financier. « Certains acteurs ont entamé cette démarche et elle porte déjà ses fruits », souligne Bertrand Fournier, président du FIR. C’est notamment le cas de La Banque Postale, qui a lancé début octobre une campagne de sensibilisation de ses clients à l’investissement socialement responsable, en réduisant les frais de versement sur ses fonds d’assurance vie labellisés ISR.

Avec un encours de 170 milliards d’euros en 2013, les fonds ISR représentent 5% de la gestion d’actifs en France, souligne le centre de recherche et de labellisation Novethic. Les investisseurs institutionnels détiennent plus des deux-tiers de l’épargne ISR (120 milliards d’euros). Bien que les encours aient augmenté de 14% en 2013, cette hausse est en trompe l’œil. Elle résulte pour l’essentiel de la conversion de fonds existants en fonds ISR, et non d’une collecte nouvelle.

Un rendement sur le long terme

Il faut dire que l’ISR n’a pas toujours très bonne réputation. Certains gérants estiment qu'il réduit les possibilités de gains ou d’arbitrages, en excluant certaines sociétés de l’univers d’investissement. Or, la plupart des études menées récemment montrent que les fonds ISR affichent une performance comparable aux fonds traditionnels sur le long terme (3 -5 ans). « L’analyse ISR permet de prévenir d’éventuels risques et d’identifier de nouvelles opportunités de valeur (nouveau produit/service, nouveau marché, nouveau métier) pas toujours intégrés dans l’analyse financière traditionnelle » souligne le Forum pour l’investissement responsable.

Par ailleurs, rares sont les fonds ou les investisseurs institutionnels qui excluent a priori certains secteurs ou certaines entreprises de leur univers d’investissement. Ils préfèrent mettre la pression, lors des assemblées générales, sur les directions afin qu’elles améliorent leurs pratiques. C’est ce qu’on appelle en anglais « l’impact investing » (engagement actionnarial). « Les fonds ISR amènent les entreprises à répondre à des questions de plus en plus précises sur leur impact environnemental et social, ce qui est en soi une véritable révolution », indique Dominique Blanc, directeur de la recherche ISR chez Novethic.

Les nouvelles formes de l’ISR

L’ISR continue à se développer ailleurs qu’en France notamment aux Etats-Unis où un groupe d’étudiants et de professeurs d’université a lancé l’initiative Divest/Invest. Cette campagne a convaincu environ 650 individus et 180 institutions financières de ne plus investir dans le secteur pétrolier. Parmi eux figure le Rockefeller Brothers Fund, qui gère la fortune des héritiers de l’empire pétrolier de J.D. Rockefeller (fondateur de Standard Oil, la plus grosse compagnie pétrolière de tous les temps). « Nous sommes convaincus que si M. Rockefeller était encore en vie aujourd’hui, en businessman avisé et visionnaire, il n’investirait plus dans les énergies fossiles mais dans les énergies renouvelables », a indiqué le directeur du fonds à la veille du sommet de New York sur le climat, le 23 septembre dernier.

Le développement des « obligations vertes » montre lui aussi l’intérêt croissant des investisseurs pour les enjeux sociaux et environnementaux. Ces émissions de dette sont destinées à financer des projets durables, comme la construction d’éoliennes, d’infrastructures de transport collectif, ou des travaux d’adaptation au changement climatique. « Ces obligations affichent les mêmes rendements que des obligations classiques. Elles sont généralement émises par des emprunteurs très sûrs. Mais les investisseurs qui souscrivent à ces obligations cherchent, en plus, la dimension durable », souligne Grégory Schneider-Maunoury, responsable ISR chez Humanis Gestion d’Actifs. Le montant de ces émissions devrait passer de 7 milliards de dollars en 2013 à 30 milliards de dollars en 2014 avant de doubler l’année prochaine.

F.S.

Publié le 13 Octobre 2014