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Russie, Brésil, Chine...Faut-il avoir peur des marchés émergents?

Russie, Brésil, Chine...Faut-il avoir peur des marchés émergents?

(Easybourse.com) La baisse des cours des matières premières et la hausse programmée des taux directeurs américains pourraient créer de nouvelles tensions sur les marchés émergents en 2015. A l'image du Brésil ou de la Chine, certains moteurs de l'économie mondiale semblent aujourd'hui grippés. Faut-il pour autant craindre une nouvelle crise des devises émergentes ? Eléments de réponse.

Va-t-on vers une nouvelle crise des devises émergentes ? La dégringolade du rouble au cours de l'année 2014 a en tout cas réveillé les inquiétudes concernant certains pays en proie à des difficultés économiques ou politiques. La livre turque a ainsi chuté à son plus bas niveau historique face à l’euro. Le real brésilien et le peso mexicain sont également sous pression. Ces pays, considérés comme les futurs champions de l’économie mondiale, ont vu leur croissance dopée ces dernières années par les injections de liquidité de la Réserve fédérale américaine dans le système financier. Mais en 2013 la Fed a annoncé une « normalisation » de sa politique monétaire. Cela s’est traduit par des sorties de capitaux, parfois brutales, des pays émergents et par un rééquilibrage des investissements au profit de l’Europe et des Etats-Unis.

En 2015 la Fed va poursuivre cette normalisation en relevant, selon toute varisemblance, ses taux directeurs. « Cela aura un impact sur l’ensemble des marchés actions. Les marchés émergents pourraient subir une nouvelle correction mais il y aura alors de nombreuses opportunités à saisir, compte tenu des perspectives à moyen terme de ces pays », indique Patrick Mange, directeur de la stratégie Marchés Emergents de BNP Investment Partners. La Banque des Réglements Internationaux (BRI) se montre moins confiante. «L’appréciation du dollar pourrait, si elle persiste, avoir de profondes implications pour l’économie mondiale. Elle agirait comme un révélateur de la fragilité financière de nombreuses sociétés des pays émergents dont la dette est libellée en dollar », avertit-elle dans un rapport publié début décembre.

A cette appréciation du dollar s’ajoute la chute des cours du pétrole qui entraine, pour les pays producteurs, un grave manque à gagner. La Russie, le Venzuela, ou encore le Nigeria font les frais de cette évolution, brutale. « La Russie traverse une crise monétaire due partiellement aux sanctions imposées par l’Union européenne et les Etats-Unis, mais surtout à la baisse du prix des hydrocarbures (-50% depuis le mois de juin)», souligne Gilles Bazy-Sire, président fondateur d’Equity GPS, une société d’analyse et de scoring des actions mondiales. Selon lui il faudra surveiller de près l’évolution de la situation géopolitique et apprécier si la baisse des cours du pétrole augmente les chances d’une normalisation de la politique étrangère russe ou si, au contraire, elle provoque la crispation supplémentaire que beaucoup d’analystes politiques redoutent. « Dans l’hypothèse d’une normalisation, on pourrait observer une réappréciation massive du marché actions russe, actuellement à des niveaux extrêmement déprimés », précise-t-il.

Le Brésil ne fait plus rêver

Le Brésil, s’il n’est pas encore dans l’œil du cyclone, fait également l’objet de nombreuses inquiétudes. La baisse des cours du pétrole mais aussi de certaines matières premières agricoles (blé, soja) a entraîné une chute des recettes d’exportation. Faute de nouveaux investissements la croissance est tombée à zéro en 2014 tandis que l’inflation reste élevée (6,5%). Réélue de justesse pour un second mandat, Dilma Roussef a nommé un économiste libéral au ministère des Finances avec pour mission de réduire le déficit budgétaire. De son côté la banque centrale a relevé ses taux directeurs à 11,75% en novembre. « Le durcissement de la politique monétaire et budgétaire ne plaide pas en faveur d’une reprise marquée de l’économie brésilienne», souligne Julien Marcilly. « Le Brésil nous paraît un des marchés les plus surévalués aujourd’hui, compte tenu des perspectives de croissance très faibles pour 2015 », ajoute Gilles Bazy-Sire.

La chute des cours du baril est en revanche une aubaine pour la Chine et pour la plupart des pays asiatiques. « La Chine est le premier importateur mondial de pétrole, mais aussi le premier exportateur de produits manufacturés », rappelle M. Bazy-Sire. La production chinoise bénéficie à plein de la décrue du baril, qui tout à la fois abaisse les coûts de production, réduit la charge du transport maritime des marchandises exportées (90% du commerce mondial est assuré par la voie des mers), et augmente le pouvoir d’achat des acheteurs des produits chinois dans le monde entier. « Pour autant, à notre sens, la forte hausse observée hausse du marché chinois sur la fin de l’année intègre une partie de cette perspective favorable et notre rating sur ce pays (potentiel de hausse du marché actions, ndlr) est moins favorable aujourd’hui qu’il y a quelques mois.»

Le tigre indien se réveille

La Chine, qui vient selon le FMI de détrôner les Etats-Unis au rang de première économie mondiale, fait encore face à d’importants déséquilibres, notamment une bulle immobilière et un surendettement des entreprises. « Les marges de manœuvre des autorités chinoises sont étroites : elles cherchent à freiner la croissance afin d’éviter la surchauffe, sans pour autant mettre en difficulté les entreprises endettées afin de pas détruire des emplois », souligne Julien Marcilly. Malgré ces incertitudes l’Empire du Milieu continue à attirer de investissements étrangers et il devrait encore tirer la croissance des pays émergents en 2015.

Les perspectives de croissance sont également bonnes pour l'Inde où le programme de réformes du nouveau Premier ministre commence à porter ses fruits. L’inflation est ainsi tombée à 6,9% contre 8,6% fin 2011 tandis que la croissance accélère à nouveau : elle devrait atteindre 5,4% en 2014 puis 6,6% l’année prochaine, selon l’OCDE. La roupie, qui avait été parmi les devises les plus attaquées en 2013, a repris environ 10% à l’euro en 2014. Quant à l’indice Sensex des principales capitalisations boursières, il a rebondi de 30%.
Pour Jullien Marcilly « le risque d’avoir une nouvelle crise des devises émergentes en 2015 doit être relativisé car le resserrement de la politique monétaire américaine est aujourd’hui bien mieux anticipé qu’en 2013. Mais ce resserrement pourrait conduire à une plus grande sélectivité de la part des investisseurs parmi les pays émergents». Les pays les plus vulnérables à la hausse du dollar et à la baisse du pétrole sont déjà en difficulté. « C’est le cas de l’Argentine ou encore du Venezuela. Des grands pays émergents comme la Turquie, le Brésil ou encore l’Afrique du Sud dont le compte courant est en déficit et la croissance ralentit pourraient aussi en subir les effets ». Avec une croissance supérieure à 5%, l’Inde et l’Indonésie et la Chine semblent mieux armées pour traverser ces turbulences.

F.S.

Publié le 19 Décembre 2014