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Enfin un puissant rattrapage des actions européennes en 2015 ?

Enfin un puissant rattrapage des actions européennes en 2015 ?

(Easybourse.com) Les marchés actions européens ont connu une année 2014 en demi-teinte, loin des performances des bourses américaine, japonaise et chinoise. Le rattrapage tant attendu n'a pas eu lieu, notamment pour le CAC 40 qui enregistre une performance quasi nulle (-0,6% hors dividendes). 2015 sera-t-elle différente ? Les gérants que nous avons interrogés veulent le croire. Aidées par la baisse de l'euro et du pétrole, ainsi que par l'amoindrissement du cout de la dette, les entreprises européennes devraient voir leurs bénéfices rebondir cette année et justifier ainsi un regain d'intérêt de la part des investisseurs. Le rendement final attendu pour le segment se situe entre 10% et 20%.

Interview de Bernard  Aybran

Interview

Bernard Aybran

Directeur de la multigestion

Invesco Asset Management

Interview de Bernard  Aybran

Interview

Bernard Aybran

Directeur de la multigestion

Invesco Asset Management

Interview de Eric Renard

Interview

Eric Renard

Responsable des spécialistes investissement actions européennes

BNP Paribas IP

Interview de Roland Kaloyan

Interview

Roland Kaloyan

Responsable de la stratégie actions européennes

Société Générale

Trois principaux axes ont été abordés avec les différents experts. Le bilan de l’année 2014, les perspectives pour l’année 2015 et l’allocation d’actifs à concevoir en conséquence.

Pour ce qui est du bilan 2014, la performance des actions de la zone euro est jugée correcte en relatif mais décevante dans l’absolu. Cette performance s’établit entre 6% et 7% dividendes nets réinvestis alors qu’elle était attendue à près de 14% fin décembre 2013. Trois phases de correction en juillet, octobre et décembre et deux surprises-hausse des taux d’intérêt et chute du cours du pétrole- ont caractérisé les douze derniers mois. En ont découlé de violentes rotations sectorielles.

Un optimisme affiché

L’optimisme est au rendez-vous de ce début d’année 2015. Le sentiment de confiance s’est davantage accentué à la fin du mois de janvier après l’annonce par la Banque centrale européenne de son programme de quantitative easing et la constitution d’un nouveau gouvernement grec solide enclin à discuter avec les membres de la Troika (Commission européenne, BCE, et FMI) des termes de l’accord conclu dans le cadre du plan de sauvetage consenti.

Pour quasiment l’ensemble des intervenants, le rattrapage des actions européennes est encore devant nous. Quatre éléments de soutien ont ainsi été identifiés. En premier lieu la baisse de l’euro qui devrait être renforcée par le QE à venir de la BCE. Certains estiment par exemple que 10% de baisse de l’euro représente un accroissement de 4 à 5% des résultats des entreprises. « Selon moi la parité euro dollar vaut 1,05. Des intérêts divers et variés font que l’on n’atterrit pas encore à ce niveau. Toutefois on devrait finir par le toucher » présage Daniel Gerino, président et directeur de la gestion de Carlton Sélection.
Un deuxième facteur favorable aux actions de la zone euro est lié à la chute du cours du baril. « On estimait qu’un niveau de prix du baril de 55 dollars engendrerait une hausse de 0,7% pour le PIB européen. Aujourd’hui, le cours se situe à 49 dollars. Ainsi une révision positive de la croissance au sein de la zone euro est envisageable » évoque Daniel Gerino. A ces deux chainons s’ajoute la réduction des couts de la dette accumulée ces dernières années sur le marché obligataire. « Plus que par un repli supplémentaire des taux qui devrait être marginal, les entreprises devraient surtout être soutenues par la diffusion de la faiblesse des taux. Cinq ans sont nécessaires pour une entière transmission sur les comptes de résultats au fur et à mesure des échéances» allègue Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Amundi.

Ces différentes considérations devraient amener à une vive progression des bénéfices, principal moteur de la revalorisation des actions de la zone euro cette année. « En Europe, la phase de rebond des profits d’après la dépression de 2009 est la plus faible que l’on ait jamais connue ces 30 dernières années. Les reprises de 1973, de 1993 et de 2003 ont été beaucoup plus marquées. Un rattrapage significatif est envisageable même en ne considérant qu’un simple retour à la moyenne » enseigne Eric Renard, responsable des spécialistes investissement actions européennes chez BNP Paribas Investment Partners.
Les avis sont cependant divisés quant à l’ampleur de la hausse des profits. Le consensus table sur une augmentation de 16%. « Ce consensus parait crédible, ce d’autant plus que les résultats cumulés se situent 35% en dessous des niveaux du précédent haut de cycle en juillet 2009 alors que nous sommes 60% au dessus de l’autre coté de l’Atlantique » soutient Igor de Maack, Gérant actions chez DNCA Finance. « Le consensus me semble difficilement atteignable après une année 2014 très modérée sur ce plan » annonce en revanche Bernard Aybran. « Nous tablons davantage sur une progression des bénéfices de 7% à 8%. 10% me parait exagéré dans une conjoncture qui n’est pas totalement raffermie » prétend Daniel Gerino.
A noter que les profits étaient en recul de 5% en 2013 et en 2012, quasiment à 0 en 2011. Une inversion de tendance a débuté en 2014. Les bénéfices sont anticipés en hausse de près de 3% pour l’an passé.

Un quatrième point d’appui pour les actions européennes résiderait dans l’intensification des opérations capitalistiques. « Les opérations de fusions acquisitions devraient constituer un soutien fort cette année. Le rachat d’entreprises par d’autres entreprises à des multiples de valorisation supérieurs à ceux du marché peut créer in fine une nouvelle dynamique à la hausse du marché actions » avance Igor de Maack. « Tous les ingrédients [ndlr la solidité des bilans, la réduction des couts de financement, la recherche d’une croissance externe dans un contexte d’expansion économique limitée qui rend plus difficile la croissance organique] sont réunis à mon sens pour voir la dynamique des fusions acquisitions s’intensifier notamment dans la pharmacie » affirme Roland Kaloyan, responsable de la stratégie actions européennes au sein de Société Générale Corporate & Investment Banking. « Les entreprises européennes pourraient faire l’objet de tentatives de rachat de la part d’entreprises étrangères, notamment d’entreprises américaines du fait de la diminution de l’euro » mentionne Jeremy Gaudichon, gérant actions chez KBL Richelieu Gestion.

In fine « les flux devraient enfin affluer. Les investisseurs européens et japonais devraient se diriger plus abondamment vers les actions de la zone euro» augure Daniel Gerino.

En tenant compte de l’expansion des multiples, de la hausse des profits et du niveau des dividendes réinvestis, un rendement in fine de 20% est envisageable, déclare Romain Boscher. « Si l’on considère que le taux de redistribution a vocation à rester constant nous pouvons effectivement nous attendre à une élévation du niveau du dividende moyen. Nous devrions assister à une expansion des multiples si l’amélioration de la conjoncture se confirme et que le marché commence à intégrer une croissance économique plus soutenue » éclaire Roland Kaloyan. Bernard Aybran, n’attend pour sa part qu’un rendement de 10%, ce qui est déjà conséquent.

Des risques seront cependant à appréhender, parmi lesquels un mauvais pilotage de la politique monétaire de la Fed ou une retombée en récession de la zone euro probabilisée à hauteur de 10% par le FMI. Le calendrier politique étant soutenu, de l’agitation devrait également être perceptible avant et après les élections. Ainsi la volatilité a vocation à s’élever. Des trous d’air devraient se dessiner permettant des points d’entrée intéressants. « Nous avons tendance à recommander de détenir des positions longues de volatilité et de ne pas hésiter à être très tactiques » avise Romain Boscher.

Les
principales recommandations en termes d'allocation

Une exposition significative aux actions de la zone euro est préconisée. « Nous recommandons une surpondération des actions européennes dans les portefeuilles à ce stade de l’année » indique Igor de Maack. « Le marché américain est aujourd’hui tendu. Le cycle étant plus mature et les marges se trouvant à des pics historiques, il y a une plus grande probabilité de déception vis-à-vis des résultats des entreprises américaines. En raison de la divergence des politiques monétaires de la Fed et de la BCE, la liquidité devrait être plus abondante sur le marché européen que sur le marché américain » ajoute ce dernier.
« L’effet comparatif énergétique ne joue plus en faveur des Etats-Unis. Ce qui leur est salutaire est surtout la hausse programmée du dollar, les investisseurs ayant intérêt à se positionner sur une devise qui a vocation à s’apprécier davantage. Pour autant il apparait que le plus gros du parcours a été effectué » complète Daniel Gerino. Le président de Carlon Selection signale son intention de mettre le pied sur la pédale d’accélération au moment où la BCE débutera véritablement son programme de quantitative easing et à la condition que le prix du pétrole persiste en dessous de 60 dollars.

Sur le plan géographique, Roland Kaloyan exhorte à maintenir une exposition sur les valeurs françaises et les valeurs italiennes par rapport aux valeurs espagnoles et allemandes qui ont bien monté ces dernières années et qui devraient pâtir. En effet, la première puissance de la zone euro devrait connaitre une hausse de salaires sur fond d’un faible chômage et donc des pressions exacerbées sur les marges des entreprises.

D’un point de vue sectoriel, « les attentes sur l’amélioration de la compétitivité et l’embellie de l’économie poussent à jouer les valeurs cycliques et les valeurs bancaires au détriment des valeurs défensives » admet Igor de Maack. « Nous mettons l’accent sur le secteur bancaire, en particulier les grandes banques de réseaux qui ont de fortes franchises et une position de consolidation sur leur marché national » confie Eric Renard. « Un autre secteur clé que nous aimons est celui de la construction avec des titres comme Lafarge ou Saint Gobain. Le simple redémarrage de l’investissement dans ce dernier pan de l’économie pourrait conduire à un potentiel de réappréciation conséquent » informe le responsable de BNP IP.
« Je pense qu’un retour sur le secteur des matières premières est concevable. Nous devrions revoir des frémissements sur le secteur des métaux de base, le secteur énergétique et le secteur industriel » considère Daniel Gerino.
La thématique du rendement devrait persister. « En cela nous mettons l’accent sur le secteur de l’assurance, la pharmacie, les foncières, les services aux collectivités qui offre un dividende situé entre 3,5% et 5% » précise Roland Kaloyan. Les thématiques de restructuration et de croissance externe des entreprises seront probablement recherchées également.

Pour Daniel Gérino, les secteurs des télécoms et des services aux collectivités sont à éviter. « Je pense que des exagérations se sont manifestées sur le secteur des télécoms. Même si les sociétés de ce dernier pan de l’économie sont très génératrices de cash, elles sont encore contraintes par une régulation endurcie et une concurrence exacerbée. La même analyse vaut pour les sociétés de services aux collectivités dont le pricing power et donc les marges devraient continuer à être sous pression ». Cette opinion est partagée par le responsable de BNPIP. « La perspective en termes de croissance bénéficiaire est terne si ce n’est négative ».
Tel n’est toutefois pas le parti pris de Jérémy Gaudichon qui révèle être notamment positionné en ce début d’année sur les valeurs télécoms telles que Telecom Italia, Orange, Vodafone. « Le secteur des télécoms nous montre qu’il est de nouveau en capacité de monétiser l’investissement réalisé avec le réseau 4G. En outre, la consolidation devrait s’accentuer dans ce secteur notamment sur les marchés italien, français et belge. De plus les dividendes offerts sont attractifs ».

Pour le président de Carlton Sélection, une prudence est également à afficher à l’égard du secteur de la consommation en raison de l’alourdissement de la fiscalité et l’augmentation de la dette. Jérémy Gaudichon se dit absent des valeurs parapétrolières et des valeurs d’exploration production qui sont particulièrement fragiles.




Imen Hazgui et François Schott

Publié le 16 Janvier 2015