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Grèce, Chine, Etats-Unis : où réside la principale menace pour la poursuite de la hausse des actions de la zone euro ?

Grèce, Chine, Etats-Unis : où réside la principale menace pour la poursuite de la hausse des actions de la zone euro ?

(Easybourse.com) Après avoir bondi de 20% à l'issue des trois premier mois de l'année, une phase de consolidation s'est ouverte sur le segment des actions de la zone euro à la mi-avril. Trois principales sources d'inquiétude expliquent la correction de près de 8% de l'Eurostoxx 50 et de plus de 6% du Cac 40 sur les trois derniers mois. Celles-ci sont relatives à la Grèce, à la Chine, et aux Etats-Unis. Nous avons souhaité recueillir la perception de plusieurs professionnels sur le marché à propos de ces facteurs de risque et avoir leur sentiment s'agissant de leur impact potentiel sur la dynamique des actions de la zone euro au cours du second semestre.

Interview de Philippe Uzan

Interview

Philippe Uzan

Directeur des gestions

Edmond de Rothschild AM

A en croire les experts interrogés, trois risques seraient clairement identifiés pour la dynamique haussière des actions de la zone euro à court terme. Ces trois risques concernent une sortie de la Grèce de la zone euro, un effondrement de la croissance chinoise à la suite du krach boursier qui semble s’être dessiné ces dernières semaines, une forte correction de la Bourse américaine à la suite du relèvement des taux de la Réserve fédérale américaine. A priori de ces trois risques, le plus probable serait le dernier.

Après les divers rebondissements de cette semaine écoulée, nul ne peut présager avec exactitude du devenir de la Grèce au cours de ces prochaines semaines. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a transmis cette nuit de nouvelles propositions qui reprennent, pour l’essentiel, les exigences de ses créanciers : relèvement de la TVA, allongement de l’âge de départ en retraite...Ces concessions alimentent l’espoir d’un compromis entre Athènes et ses partenaires européens. « Les développements de ces dernières heures ont grandement atténué la menace de sortie de la Grèce de la zone euro » relève Patrick Moonen, stratégiste senior chez NN Investment Partners (anciennement ING Investment Management). Les réunions de l’Eurogroupe samedi et des chefs d’Etats européens dimanche diront si les points de vue sont conciliables.

« Même si nous venions à avoir un dénouement défavorable sur le dossier grec, cela ne devrait pas profondément compromettre la dynamique des actions de la zone euro dans la durée. Le choc de confiance immédiat pourrait amener certaines perturbations. Mais le calme devrait finir par revenir » précise néanmoins Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué d'OFI Asset Management. « Tout d’abord, l’économie grecque représente moins de 2% du PIB. Les montants en jeu ne sont pas colossaux. La dette est principalement détenue entre les mains d’agents publics » note ce dernier. « Les responsables européens, en premier lieu desquels la Banque centrale européenne prendront les actions nécessaires pour limiter la contagion » soutient Andreas Hoefert. « Les investisseurs ont tellement entendu parler de cette problématique grecque qu’ils ne seront pas outre mesure surpris par un dénouement défavorable » renchérit Igor de Maack, gérant chez DNCA Finance. L’ensemble des intervenants du dossier sont sur la même longueur d’onde au sujet de ce premier point.

Le deuxième point d’inquiétude potentiel a trait à une décélération plus prononcée de la croissance chinoise en raison de l’impact négatif de la chute des actions chinoises ces dernières semaines. La Bourse de Shanghai a perdu 30% sur un mois. Même si le benchmark a repris des couleurs ces derniers jours, les craintes sont fortes de voir la tendance baissière se poursuivre.
« Je ne pense pas que l’on ait à redouter un dérapage » rassure toutefois Cyrille Collet, directeur de la gestion actions chez CPR Asset Management. « Les autorités ont mis en place un certain nombre de mesures pour soutenir le marché notamment une suspension des nouvelles IPO, et une interruption temporaire des positions short leveragées (ndlr : ventes à découvert). Parallèlement, les 19 plus grandes sociétés ont été incitées à acheter 19 milliards de dollars d’actions locales sans les vendre pendant un an. La Banque centrale de Chine s’est engagée à fournir la liquidité nécessaire aux brokers pour financer le trading sur marge. Les fonds de pension chinois ont été autorisés à allouer 30% de leurs encours dans les actions avec une préférence à donner aux actions locales. Les investisseurs détenant plus de 5% des actions d’une société n’ont pas le droit de les céder pendant 6 mois. Après avoir relié la Bourse de Hong Kong à la Bourse de Shanghai, un pont devrait bientôt être créé avec la Bourse de Shenzhen. Ceci permettra à la Chine d’intégrer une partie des actions locales dans les grands indices boursiers, en particulier dans l’indice MSCI EM. L’ensemble de ces éléments devrait conduire à une relative stabilisation du marché chinois ».
« Par ailleurs, je ne pense pas que le regain de volatilité sur le marché boursier chinois soit une menace pour la vigueur de la consommation chinoise » indique Patrick Moonen. « L’importance des actions dans les actifs financiers des ménages chinois est inférieure à 10%, contre 30% pour les ménages américains et plus de 15% pour les ménages européens. De plus, même après la chute de 30% enregistrée sur la Bourse de Shanghai, celle-ci continue à afficher une performance positive depuis le début de l’année de plus de 60%. En dépit de la sévère correction, il demeure donc une plus value significative pour les détenteurs d’actions chinoises depuis janvier »

La dernière source de préoccupation est relative à l’évolution de la Bourse américaine. « Des trois sources de menace c’est clairement celle qui nous préoccupe le plus » confie Patrick moonen. « Contrairement à ce que nous avons constaté dans le passé, la hausse des taux de la Fed interviendra tardivement dans le cycle bénéficiaire. L’impact négatif au niveau des valorisations ne sera pas compensé par l’accélération de la croissance des bénéfices. Nous prévoyons pour 2015 une hausse des profits pour les entreprises américaines d’à peine 1%. En 2016, cette hausse devrait s’établir à 5%. Nous ne sommes là-dessus pas en ligne avec le consensus de 12%. Les marges actuelles des entreprises américaines sont très élevées. Nous voyons un net rétablissement du marché du travail qui devrait amener à davantage de pressions salariales. Celles-ci devraient affaiblir les marges bénéficiaires dans un premier temps avant d’escompter une stabilisation voire une élévation de ces marges grâce à un surplus de la consommation domestique. Une vive correction du marché américain aurait indéniablement une retombée sur le marché des actions de la zone euro » développe le stratégiste de NNIP . « En 1994, 1999 et 2004 la baisse du marché des actions américaines après une hausse des taux de la Fed fut de -5 à -10% » rappelle Cyrille Collet. « Le marché des actions américaines est le marché leader au niveau mondial. Si les indices Dow Jones et S&P 500 ne tiennent pas, nous pourrions avoir des secousses en Europe » signale alors Gérard Moulin, gérant actions chez Amplegest.

Un scénario central positif à moyen terme


Les huit experts interrogés tablent sur un scénario central positif pour les actions de la zone euro à moyen terme. Les zones d’ombre existantes ne devraient pas être en mesure de casser la dynamique haussière.

La consolidation devrait se poursuivre pour certains jusqu’à la fin de l’été, pour d’autres jusqu’au quatrième trimestre de l’année. « Nous devrions avoir un retracement du marché de l’ordre de 10% au total » anticipe Henri Chabadel, directeur de la multigestion directionnelle et allocation chez Groupama Asset Management

« Une fois la visibilité apportée au dossier grec, et la première hausse des taux enclenchée par la Fed, à condition d’avoir une confirmation de l’embellie sur le front macroéconomique et microéconomique, nous devrions assister à un retour des investisseurs dans la classe d’actifs » admet Cyrille Collet. « C’est la première fois depuis quatre ans que nous observons une inflexion à la hausse des bénéfices par actions estimés des entreprises européennes. Le consensus table sur une hausse de 18%. Cette estimation parait raisonnable » observe Henri Chabadel. « Les trois moteurs mis en exergue pour justifier le mouvement haussier des actions de la zone euro en début d’année sont certes moins puissants mais ils demeurent totalement favorables » complète Andreas Hoefert, chef économiste d'UBS Wealth Management. Si l’on fait la comparaison par rapport à il y a un an, la parité euro dollar se situe à 1,12 aujourd’hui contre 1,40. Le taux à dix ans allemand est passé de 1,4% à 0,7%. Le cours du baril est descendu de 100 dollars à 58 dollars » poursuit ce dernier. « Les profits se situent toujours un quart en dessous du niveau d’avant crise alors qu’ils ont largement dépassé ce niveau aux Etats-Unis et au Japon. Par ailleurs les marges bénéficiaires des entreprises de la zone euro se trouvent à un niveau plancher contrairement au Japon et aux Etats-Unis où les marges ont atteint un niveau record » remarque Patrick Moonen.

« Si le programme de quantitative easing de la BCE perdure jusqu’en septembre 2016, nous pourrions avoir une expansion supplémentaire supplémentaire des multiples sous l’impulsion des taux maintenus à un niveau très bas et de la l’abondante liquidité injectée » évoque Andreas Hoefert. « Les dividendes devraient rester généreux entre 2 et 3% » pressent Igor de Maack. « Par comparaison à d’autres classes d’actifs traditionnelles, les actions de la zone euro devraient donc présenter un rapport rendement risque attractif dans la mesure où nous avons vocation à rester dans un environnement désinflationniste voire déflationniste » renchérit Gérard Moulin.

« Nous pourrions terminer l’année 2015 avec une performance totale comprise entre 15% et 20% » augure Cyrille Collet. « Il est plausible que nous ayons une hausse supplémentaire de 5% à 7%. D’ici 12 mois, le rebond devrait être plus significatif, autour de 15%, sans compter les dividendes » déclare de son coté Jean-Marie Mercadal. « Le marché des actions de la zone euro pourrait gagner entre 30% à 40% sur la totalité de l'année 2015 » proclame avec plus d’optimisme Igor de Maack. « Telle a été peu ou prou la performance affichée par le marché des actions américaines et le marché des actions japonaises après les QE menés par la Fed et la BoJ » justifie le gérant de DNCA Finance. « Nous avons une cible Cac 40 à fin décembre 2015 autour de 5300 points. Cela suppose un upside d’environ 10% » avertit de son coté Henri Chabadel.

Les thématiques d’investissement privilégiées

« Les thèmes d’investissement identifiés dans la zone euro sont au nombre de quatre » signale Cyrille Collet. Tout d’abord, la sélection quantitative classique des actions à fort potentiel à l’intérieur de chaque secteur d’activité. Ensuite les valeurs dollars dans la mesure où le billet vert devrait encore s’apprécier à la suite de la hausse des taux par la Fed. Egalement les valeurs de rendement. Le dividende sur les actions de la zone euro oscille entre 3 et 3,2% contre un taux à dix ans allemand à 0,7%. Enfin, les petites valeurs qui connaissent une forte dynamique depuis le début de l’année.

Du point de vue sectoriel, « nous pensons que les financières ont un potentiel de rebond additionnel » mentionne Jean-Marie Mercadal. « Malgré le durcissement de la réglementation et l'absence de fusion et acquisition dans le secteur, les banques sont relativement décotées Nous jouons les compagnies aériennes, les constructeurs automobiles » argumente Igor de Maack. « Nous avons, quant à nous, un intérêt pour le secteur des télécoms du fait de l’assouplissement de la position des régulateurs, de la génération des cash flows, et de la consolidation. Nous aimons bien également les médias » éclaire Philippe Uzan, directeur des gestions long-only de Edmond de Rothschild Asset Management.
« Nous nous interrogeons sur l’énergie, en particulier sur le secteur des métaux et mines, très délaissé. Si nous avions de meilleures nouvelles provenant de Chine, les cours de bourse pourrait fortement reprendre de l’élan » dévoile Jean-Marie Mercadal.

Sur le front géographique, « nous sommes positionnés sur les actions allemandes. Nous prévoyons pour la première puissance de la zone euro une hausse de PIB au dessus de 2% » affirme Andreas Hoefert. « Nous sommes plus axés sur les pays d’Europe du sud » rétorque de son coté le gérant de DNCA.

En termes de thématiques, pour Henri Chabadel et Philippe Uzan, celle des fusions acquisitions est pleinement à jouer. «De nombreuses sociétés européennes sont perçues comme très attractives pour des sociétés américaines grâce à la force du dollar » avance le directeur de la multigestion directionnelle de Groupama AM.
« Il faut juste se méfier des secteurs qui ont bénéficié de la super croissance des pays émergents » conclut Igor de Maack.


Imen Hazgui

Publié le 10 Juillet 2015