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La Fed a-t-elle usé la patience des marchés ?

La Fed a-t-elle usé la patience des marchés ?

(Easybourse.com) La Réserve fédérale américaine a une nouvelle fois reporté la hausse de ses taux directeurs. Ce statu quo amène les investisseurs à s'interroger sur la capacité de Janet Yellen à 'normaliser' sa politique monétaire dans un contexte de ralentissement de l'économie mondiale. Jusqu'où la Fed peut-elle repousser l'échéance ? Quelles conséquences cela a-t-il sur les marchés financiers ? Eléments de réponse.

Janet Yellen sait entretenir le suspense. La présidente de la Réserve fédérale américaine tient depuis le début de l’année les marchés en haleine avec sa promesse de relever les taux directeurs américains. « Comme je l'ai dit précédemment, chaque réunion est une réunion (...) où le comité peut prendre la décision de changer notre objectif pour le taux des fonds fédéraux » a-t-elle rappelé le 17 septembre avant d’ajouter, une semaine plus tard, qu’une hausse des taux était « probable » avant la fin de l’année.

Pourtant plus le temps passe, moins les intentions de la Réserve fédérale américaine paraissent claires aux yeux des investisseurs. « Beaucoup d'investisseurs pensent que la Fed est un peu perdue », commente Mohammed Amana, directeur de Beam Capital Management. « Elle s'est placée dans une position difficile en disant se préparer à relever ses taux d'ici la fin de l'année alors que chaque jour l'économie plaide pour l'inverse ». Bien que le taux de chômage américain soit au plus bas depuis 2008 et la croissance toujours robuste (3,9% au deuxième trimestre), des nuages planent sur la première économie mondiale à commencer par les faibles perspectives d’inflation. La Fed a revu à la baisse ses prévisions, observant que le recul des prix du pétrole et le ralentissement chinois risquaient de l’éloigner de l’objectif de 2% d’inflation qu’elle tente d’atteindre à moyen terme.

Cette révision ne modifie pas l’appréciation globalement positive de la Fed sur l’économie américaine qui justifie une « normalisation » des taux d’intérêt, au plus bas depuis 2009, assure Janet Yellen. « Si la Fed était si confiante dans la croissance américaine, elle aurait relevé ses taux en septembre », indique Philippe Delienne, président de Convictions AM. « Au lieu de cela elle a abaissé ses prévisions d’inflation. Cela a bien sûr des implications sur le calendrier de hausse des taux d’intérêt. Si les marchés ont intégré une première hausse de 0,25% à plus ou moins court terme, ils ne savent pas quel sera ensuite le rythme du resserrement. Cela brouille l’horizon et fragilise les décisions d’investissement ».  

Pas de hausse avant 2016?

Pour Asoka Wöhrmann, Chief Investment Officer chez Deutsche Asset & Wealth Management, la Fed aurait dû relever ses taux en septembre. En maintenant le statu quo, « la Fed cède aux caprices des marchés et repousse à plus tard le jour où elle passera à l’action. Nous constatons une fois de plus que les mots auront été le seul instrument de la politique monétaire de la Fed, car les marchés attendent toujours qu’elle passe à l’action. La marge de manœuvre de la Fed pour se montrer proactive se réduit, de la même manière que la marge pour relever les taux se restreint », estime-t-il.

Le comité de politique monétaire de la Fed se réunira à deux reprises d'ici la fin de l'année, les 27 et 28 octobre et les 15 et 16 décembre. Osera-t-il franchir le pas d’une hausse des taux ? Les investisseurs en doutent. Les futures sur taux d’intérêt évaluent cette probabilité à 11% en octobre et 35% en décembre, d’après le dernier pointage du CME Group. Pourtant la Fed ne peut pas éternellement repousser l’échéance. « Il est de sa responsabilité de mettre un terme à l’accroissement de la dette en USD dans les pays émergents qui, tôt ou tard, finira par déboucher sur une nouvelle crise financière et l’accentuation des pressions déflationnistes, analyse Christopher Dembik de Saxo Bank. « En augmentant ses taux (rapidement), la FED pourra limiter l’impact négatif d’une phase d’endettement exagérée qui fait peser un risque énorme sur la reprise de la croissance. »

Ce resserrement monétaire est également souhaité par Carl Icahn, l’un des principaux investisseurs activistes de Wall Street, qui a pourtant profité de l’envolée des indices américains ces dernières années. Selon lui les taux zéro ont créé des bulles dans différentes classes d’actifs, notamment le marché immobilier et les obligations d’entreprises à haut rendement, qui pourraient entraîner une crise comparable à celle de 2008 si la Fed ne met pas un terme à sa politique d'argent facile. Ainsi même Wall Street réclame une hausse des taux. C’est qu’il est grand temps.

François Schott

Publié le 29 Septembre 2015