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BCE, Fed, BoJ, PBoC: les grandes banques centrales de la planète nous réservent-elles de nouvelles surprises cette année

BCE, Fed, BoJ, PBoC: les grandes banques centrales de la planète nous réservent-elles de nouvelles surprises cette année

(Easybourse.com) Depuis le début de l'année, tour à tour, la Banque centrale de Chine (PBoC), la Banque centrale du Japon (BoJ), la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque centrale américaine (Fed) ont surpris les marchés financiers par leurs agissements respectifs. Si bien que l'attention affichée par les investisseurs à l"égard des déclarations des responsables de ces grandes institutions s'est considérablement accrue. La moindre phrase est décortiquée, analysée, interprétée... Nous avons souhaité recueillir auprès de certains experts économiques et financiers la perception qu'ils ont eue des dernières décisions phares prises par chacune de ces banques centrales et avoir leur sentiment sur ce que pourrait bien réserver le reste de l'année.

Interview de Eric  Bertrand

Interview

Eric Bertrand

Directeur des gestions taux et diversifiées

OFI Asset Management

Interview de Frédéric Rollin

Interview

Frédéric Rollin

Conseiller en stratégie d'investissement

Pictet Asset Management

Interview de Philippe  Waechter

Interview

Philippe Waechter

Responsable des études économiques

Natixis Asset Management

Interview de Alain  Bokobza

Interview

Alain Bokobza

Responsable de l'allocation d'actifs

Société Générale

Jeudi 7 janvier, la PBoC abaisse de nouveau le cours de référence du yuan face au dollar de 0,51%, au plus bas depuis avril 2011. Vendredi 29 janvier, la BoJ adopte des taux d’intérêt négatif à -0,1% pour la première fois de son histoire et repousse de six mois l’échéance fixée pour atteindre un objectif de hausse des prix de 2%. Jeudi 10 mars, la BCE élargit entre autre son programme de quantitative easing aux obligations d’entreprises européennes de bonne qualité et lance une série de quatre opérations de refinancement de long terme pour les banques avec des modalités particulières. Mercredi 16 mars, la Fed fait état de son intention de remonter ses taux directeurs à deux reprises cette année au lieu de quatre, comme avancé en fin d’année dernière.

L’ensemble de ces décisions émanant de ces banques centrales pilotant de grandes puissances économiques ont pris par surprise les marchés financiers.

« La BCE s’est montrée plus interventionniste qu’attendu » commente David Ganozzi, gérant Allocation d'actifs chez Fidelity International. « Nous aurions pu penser compte tenu du léger rétablissement des marchés financiers que la BCE déciderait d’attendre avant de sortir l’artillerie lourde» indique Frédéric Rollin, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management.
« Nous ne nous attendions pas, par exemple, à une extension du programme de quantitative easing aux obligations d’entreprises investment grade dès à présent » précise David Ganozzi. « Nous envisagions cette mesure un peu plus tardivement dans l’année » corrobore Frédéric Rollin.
« Nous avons été quelque peu surpris par le ton particulièrement accommodant de la Fed et de sa présidente Janet Yellen » confie également le gérant de Fidelity International.

  La BCE, pas de nouvelles annonces en perspective mais un pragmatisme certain

Pas de nouvelles annonces en perspective


« Compte tenu de la vision globale que nous avons de l’environnement macroéconomique, nous avons du mal à imaginer que la BCE adoptera des mesures supplémentaires à celles évoquées cette année » signale David Ganozzi. « A ce stade, nous ne tablons pas sur d’autres annonces importantes. Nous pensons que la BCE voudra d’abord jauger les effets des nouvelles décisions qu’elle a prises avant de les relayer éventuellement avec d’autres actions » énonce de son coté Frédéric Rollin.
Une mise en application
« Ce faisant, la BCE devrait surtout s’efforcer dans les mois à venir d’exécuter les mesures dont elle a fait part, ce qui ne sera pas simple » Alain Bokobza, avance responsable de l'allocation d'actifs globale au sein de Société Générale. « La BCE aura assurément besoin de temps pour implémenter les mesures annoncées » précise Jérôme Creel, directeur du département des études de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Un comportement pragmatique

« Cependant la Banque centrale se voudra très pragmatique et réactive » soutient Alain Bokobza. « Ses agissements seront notamment étroitement dépendants de la variation du dollar » étaye Michel Aglietta, conseiller au Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationale (CEPII). « Aussi nous ne pouvons pas affirmer que plus aucune annonce ne sera faite d’ici la fin de l’année en raison de l’environnement instable dans lequel nous nous trouvons » en déduit Alain Bokobza.
L’avancée de la BCE dépendra par ailleurs étroitement de ce qui sera fait sur le plan de la politique budgétaire. « Nous ne sommes pas à l’abri d’une intervention renforcée si nous avions de nouveaux signes de faiblesse de la croissance au sein de la zone euro. Dans un tel cas, la BCE n’hésitera pas à aller plus loin » assure David Ganozzi.

Pas de nouvelle intervention sur les taux courts

Si elle devait de nouveau intervenir, la BCE choisirait plutôt d’intensifier son programme de quantitative easing en opérant notamment une plus grande diversification de son champ d’intervention.
L’institution monétaire de la zone euro ne devrait en revanche plus toucher aux taux courts « pour éviter de fragiliser plus les banques et de risquer de casser la distribution de crédit et de dégrader l’économie » augure Eric Bertrand, directeur des gestions taux et diversifiées d'OFI Asset Management. « La BCE ne pourra effectivement pas aller plus loin dans la baisse des taux en raison de la barrière du cash » conforte Michel Aglietta.
« Celle-ci a d’ailleurs a informé que les taux ne seront pas dans les mois à venir sa variable principale. Elle a ainsi signifié qu’une politique de taux résolument négatif n’était pas pour l’instant d’actualité » relève Frédéric Rollin.

  La Fed, la persistance d’une considération des risques extérieurs

Le nombre de remontées attendue

« En ligne avec les prévisions des membres du FOMC, nous tablons sur deux remontées des taux cette année » déclare David Ganozzi. « Nous prévoyons deux hausses des taux en juin et décembre de 25 points de base » explicite Frédéric Rollin.
De son côté, Alain Bokobza escompte une seule hausse des taux de la part de la Fed de 25 points de base. « Celle-ci ayant l’habitude de ne pas agir en période d’élection présidentielle, il est fort probable qu’elle agisse avant le quatrième trimestre ».
Pour Eric Bertrand, une hausse des taux est quasi certaine en fin d’année. Le second relèvement est plus hypothétique. Il sera fonction de la fermeté de la reprise économique américaine reste et du maintien de la croissance mondiale.

Une prudence affichée

Etant donné l’état de santé de l’économie américaine-un taux de chômage de moins de 5%, des anticipations d’inflation qui remontent- la Fed devrait remonter taux directeurs plus fortement et de manière plus systématique.

La prudence affichée se justifie par le fait qu’elle a pris conscience que même une légère hausse de ses taux pouvait avoir des conséquences nucléaires sur les marchés. « La remontée de 25 bp de décembre a conduit à une chute de l’indice S&P de 15%, à un effondrement des devises émergentes, à une peur panique sur la monnaie chinoise » rappelle Alain Bokobza.

Le contexte international demeure particulièrement fragile. « De fortes incertitudes continuent à peser sur la dynamique de croissance dans les pays émergents. La volatilité sur les marchés est encore très élevée » remarque David Ganozzi. « Les chocs financiers sur les marchés boursiers et de change des pays émergents se répercutent sur les pays avancés comme le constate le FMI dans son rapport de stabilité financière d'avril 2016 » éclaire Michel Aglietta.

Des scénarii alternatifs

« Nous avons à l’esprit un scénario alternatif dans lequel la Fed pourrait procéder à davantage de hausses des taux dans le cas où le rythme d’augmentation des salaires viendrait à s’accélérer poussant l’inflation à croitre significativement » révèle David Ganozzi.
« Si le cours du baril se remet à fléchir, que l’économie chinoise connait un ralentissement plus prononcé qui l’éloignerait davantage de sa cible de croissance fixée dans le nouveau plan quinquennal ; force est de croire que la Fed ne bougera pas du tout » certifie pour sa part Michel Aglietta.

  La BoJ, le relai donné à la politique budgétaire

Un statu quo unanimement anticipé

« Nous n’attendons pas davantage de la part de la BoJ que ce qu’elle fait aujourd’hui, sauf choc externe » fait savoir Alain Bokobza. « A un horizon visible, nous présumons sur un statu quo de la part de la BoJ » atteste David Ganozzi.
Celle-ci mène déjà une politique monétaire extrêmement accommodante. « Elle achète aujourd’hui sur des données annualisées l’équivalent de 17% du PIB. Ce chiffre est à comparer avec 9% du PIB pour la BCE et 14% pour la Fed dans le cadre de son troisième volet de quantitative easing. La BoJ est parfois amener à acquérir plus de 90% des obligations émises par le Trésor japonais » enseigne le responsable de la Société Générale.
La banque centrale du Japon ne devrait pas non plus abaisser davantage ses taux directeurs.

Un accent mis sur la politique budgétaire

« La BoJ a clairement indiqué qu’elle avait fait son devoir et que bien que les opérations d’achats massifs sur les marchés devaient perdurer, elles n’avaient pas vocation à croitre en volume, dans la mesure où le relais devrait être pris par la politique budgétaire et les réformes de structure » souligne Alain Bokobza. « La problématique phare à laquelle doit faire face la BoJ est celle d’un maintien des anticipations d’inflation à la hausse. Là-dessus, les réformes mises en place par le gouvernement devraient permettre d’aboutir à une hausse des salaires et d’alimenter ces-dites anticipations » rapporte David Ganozzi.
« L’absence d’anticipation d’un assouplissement supplémentaire de la part de la BoJ explique d’ailleurs la raison pour laquelle le yen a quelque peu évolué à la hausse ces dernières semaines, notamment contre l’euro » observe Alain Bokobza.

  La PBoC, source de nouvelles tensions ?

Vers de nouvelles baisses des taux de réserves obligatoires

« Au-delà d’une relance fiscale, et des réformes de structure de l’offre pour réduire les surcapacités dans plusieurs secteurs de l’ancienne économie (sidérurgie, industries de biens intermédiaires…), le nouveau plan quinquennal inclut un assouplissement monétaire sous forme de baisse des taux de réserves obligatoires des banques de manière graduelle » constate Alain Bokobza. « Pour éviter que le ralentissement conjoncturel que connait la Chine ne se transforme en atterrissage brutal de l’économie, la PBoC se doit d’assouplir sa politique monétaire de manière progressive et ciblée » affirme David Ganozzi.
« Il y a un besoin en Chine de taux d’intérêt faible pour éviter des faillites en cascade dans le secteur privé. De nombreuses entreprises chinoises ont des surcapacités de production dans des secteurs lourds de l’économie et ont un taux de rendement inférieur au taux de leur dette » explique Michel Aglietta.
Pour le conseiller du CEPII, la Chine doit également éviter une dépréciation trop forte de la monnaie pour ne pas voir de mouvements sortants de capitaux massifs à l’instar de ce que l’on a observé à l’été 2015. « Le yuan est encore surévalué de près de 10%. Mais sa régulation doit se faire de manière très graduelle ». « Nous voyons la parité dollar yuan descendre à 6,80 d’ici la fin de l’année » spécifie Alain Bokobza.

Des leçons tirées du passé

« Les perturbations de cet été ont été le résultat d’importantes erreurs de communication de la part de la PBoC sur la gestion du change. Suite au changement des modalités de fixation du taux de change, des craintes avaient été nourries a propos d’une dépréciation agressive de la devise. Nous pensons que la PBoC n’est pas du tout dans cette optique. Les modifications apportées ont été principalement motivées par le processus d’internationalisation dans lequel s’inscrit la monnaie. Il y a donc eu un malentendu et nous supposons que les autorités ont appris de ce qui s’est produi » présage David Ganozzi.

  Impacts sur les marchés financiers

Impact marginal

Pour David Ganozzi, les banques centrales ne devraient pas avoir un effet majeur positif ou négatif sur les marchés financiers cette année. Ce qui sera beaucoup plus influent, c’est l’évolution du cycle économique. « Ainsi, si de prime abord nous pouvons supposer que la normalisation de la politique monétaire de la Fed ne constitue pas une bonne nouvelle pour les marchés, celle-ci sera opérée avec une telle prudence pour justement ne pas traumatiser les marchés, qu’elle ne devrait pas avoir un effet défavorable outre mesure.De même si la BCE et la BoJ sont destinées à conserver une politique monétaire ultra accommodante, a priori favorable pour les marchés, la prise en compte des décisions prises et l’absence de nouvelles annonces majeures supposent un effet positif relativement marginal » développe ce dernier.

Impact sur les obligations d’entreprises européennes

Pour Alain Bokobza, l’extension du programme de quantitative easing de la BCE aux obligations d’entreprises européennes investment grade est de nature à profiter à la fois au marché de l’investment et au marché du high yield. « Ce qui est avéré c’est que les mesures ont eu le mérite de raviver l’appétit des investisseurs pour les obligations d’entreprises, de déclencher un nouveau resserrement des spreads, et de rouvrir le marché primaire qui était un peu gelé depuis deux mois.
Les spreads de crédit avaient jusqu’il y a peu fait l’objet d’un écartement quasi ininterrompu depuis mars 2015. Son action est donc positive sur ce point » témoigne Eric Bertrand.

Impact sur les valeurs financières

Le financement des groupes financiers devrait s’en trouvé favorisé par la politique de la BCE, pressent Alain Bokobza. Ceci devrait porter à la hausse ces mêmes financières sur le marché actions. Une anticipation qui n’est pas partagée par Eric Bertrand pour qui « les taux très bas voire négatifs associée à la réglementation prudentielle endurcie sur les fonds propres et sur l’effet de levier frappent de plein fouet la rentabilité des banques ».

Impact sur les taux

« Les agissements de la BCE devraient permettre de maintenir l’écart entre les taux européens et les taux américains. Du capital devrait continuer à se positionner sur les taux américains » conjecture Alain Bokobza

Impact sur la valeur de l’euro

La politique monétaire ne constitue qu’une variable clé de l’évolution de la valeur de l’euro. Les deux autres grandes variables sont les comptes extérieurs (balance commerciale, balance des paiements courants), et les incertitudes politiques ou géopolitiques. Considérant ceci, la politique monétaire européenne devrait plutôt permettre d’empêcher un redressement de l’euro qui est déjà très compétitif. « Nous avons un niveau d’équilibre de l’euro autour de 1,30 en parité de pouvoir d’achat. Du fait des forces du marché, celui-ci devrait continuer à se promener entre 1,05 et 1,15 » présume Alain Bokobza.

« Une relative baisse du dollar est un bon signal pour le marché en ce qu’il redonne de l’oxygène à la Chine et au reste des pays émergents, et incite les prix des matières premières à persister sur le chemin de la hausse » note Eric Bertrand. Un avis auquel adhère entièrement Frédéric Rollin. « L'appréciation de l'euro est marginalement négative pour l'économie européenne, mais surtout rassure les marchés mondiaux. Elle pose une certaine limite à une des inquiétudes du marché qui est une appréciation trop forte du dollar. Cette dernière nuit aux prix des matières premières, à la santé des pays émergents (baisse des matières premières, difficulté de se financer ou de rembourser sa dette avec un dollar cher) et pourrait au final déstabiliser les marchés mondiaux si le yuan venait par exemple à décrocher ».

Imen Hazgui

Publié le 12 Avril 2016

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