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Trump: l'a-t-on sous-estimé ?

Trump: l'a-t-on sous-estimé ?

(Easybourse.com) Deux semaines après son investiture, Donald Trump a réussi à se mettre à dos une bonne partie du monde musulman et à accentuer un peu plus les fractures de son pays. Les dirigeants des plus grandes entreprises américaines s'inquiètent de la politique protectionniste dure qui se dessine. Quel impact cette politique peut-elle avoir sur l'économie mondiale ? Les investisseurs ont-ils péché par excès d'optimisme ? Eléments de réponse.

Des voyageurs munis de visas refoulés aux aéroports, des millions d'Américains dans la rue, des entreprises inquiètes et des relations diplomatiques qui se tendent : les premiers pas de Donald Trump à la Maison Blanche sont plus fracassants encore que sa campagne. Lors de son discours d'investiture, le nouveau président ne s'est fixé qu'un seul objectif : "America First". Ses premières mesures dessinent une politique ultra-protectionniste et isolationniste en rupture avec ce qu'ont pu faire ses prédécesseurs.

Remise en cause du traité transpacifique (TPP), relance de la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique, réouverture des prisons secrètes de la CIA, détricotage de l'Obamacare, effacement des données publiques sur le changement climatique : toutes ces promesses de campagne ont déjà fait l'objet de décrets présidentiels. Mais le nouveau président est allé plus loin. Vendredi 27 janvier il a signé un décret interdisant pendant 90 jours l'accès aux Etats-Unis aux ressortissants de Libye, de Somalie, du Soudan, d'Irak, d'Iran, de Syrie et du Yémen, ainsi que l'accueil de tous les réfugiés pendant 120 jours. Entré en vigueur immédiatement ce "muslim ban" a bloqué des dizaines de passagers aux aéroports, suscitant une vague d'indignation mondiale, et amenant plusieurs dirigeants d'entreprises américaines, notamment dans la high-tech, à prendre ouvertement position contre les effets d'une telle politique.

Sur les marchés, c'est aussi la douche froide. Depuis son record historique du 25 janvier le Dow Jones a cédé environ 1%. On est encore loin d'une véritable correction, mais l'euphorie qui avait suivi l'élection de Donald Trump semble bel et bien avoir disparu. « Nous n’en sommes certes qu’au 11e des 100 premiers jours de la nouvelle administration Trump, mais une chose devient claire, c’est que les marchés vont être continuellement testés par les paroles et les actes du président Trump", commente Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank. « Les marchés sont peut-être en train de réaliser qu'une présidence Trump ne sera pas de tout repos », ajoutent les analystes d'Aurel BGC.

"Le marché n'avait 'pricé' que ce qui lui plaisait (dans le programme de Donald Trump), comme les baisses d'impôts", renchérit Arian Vojdani, chez MV Financial. "Maintenant on voit l'émergence d'une politique potentiellement protectionniste et populiste, qui serait néfaste pour l'économie mondiale. C'est pour cette raison que le marché est sur la défensive."

'Le pire n'est jamais certain'


Pour Dominique Barbet, économiste de marché indépendant, il faut relativiser la portée de ces premières mesures. "Le décret anti-immigration est valable 90 jours. Il devra ensuite être confirmé par une loi. Vu les réactions d'indignation qu'il suscite aux Etats-Unis et à l'étranger, il n'est pas certain que le Congrès lui donne force de loi". D'autres mesures protectionnistes comme la renégociation du traité de libre-échange nord-américain ne seront pas mises en œuvre avant plusieurs mois, si elles le sont. "Le pire n'est jamais certain, c'est ce que semble se dire les investisseurs aujourd'hui", ajoute-t-il.

La mise en œuvre du programme de relance fiscale et budgétaire dans les prochains mois pourrait même redonner le sourire à Wall Street, avec un impact positif attendu sur les bénéfices des entreprises. Certains secteurs devraient  tirer leur épingle du jeu, notamment l'énergie et les valeurs bancaires, deux domaines où Donald Trump a promis un assouplissement des règles en vigueur. En revanche le secteur pharmaceutique pourrait se retrouver sous pression en raison de sa volonté de faire baisser le prix des médicaments. Pour Witold Bahrke, stratégiste chez Nordea AM "le segment des sociétés de petite capitalisation semble un choix pertinent, en raison de leur plus forte exposition aux ventes domestiques, en comparaison avec leurs homologues de grande capitalisation".  

En attendant, l'aversion au risque et la volatilité risquent d'augmenter. L'or, valeur refuge, semble retrouver des couleurs tandis que les achats de "puts" (options à la vente) sur les actions à long terme augmentent. "Il y a une augmentation de la volatilité longue sur les actions", observe Dominique Barbet. "De la même façon sur le marché obligataire, on pourrait avoir une augmentation significative des taux longs américains par rapport aux niveaux actuels, encore très bas". On le répète : l'année 2017 ne sera pas de tout repos.



François Schott

Publié le 03 Février 2017

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