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Interview de Alain Bousquet : Avocat et président de la Fédération nationale des associations contre les abus bancaires

Alain Bousquet

Avocat et président de la Fédération nationale des associations contre les abus bancaires

Banquiers ou 'Banksters' ?

Publié le 12 Mai 2009

La profession que j'exerce depuis 37 ans ne me portait pas à réfléchir sur l'économie même si lors de mes études supérieures j'avais suivi des cours de finances publiques et d'économie politique. J'ajoute que comme beaucoup de juristes de mon époque, je n'ai jamais été friand de chiffres.
 
Mon activité professionnelle  m'a mis au contact des problèmes économiques rencontrés tant par les particuliers que par les entreprises. A chaque fois, se pose la question du rapport avec le système bancaire. Jusqu'en 1986 le rapport entre le client et le banquier, sans être exempt de tout reproche, me paraissait globalement équilibré. Mais dès cette époque, je constatais une évolution dans la pratique bancaire qui rendait impossible toutes solutions financières dès lors que le client se trouvait dans une situation économique difficile sans que celle ci soit irrémédiablement compromise. Impossible, pour lui, d'en sortir alors que quelques années auparavant il y serait parvenu. Pire, à partir d'un certain stade, sa situation était aggravée par celui dont le rôle sociétal était de le soutenir raisonnablement. Ces constatations m'ont amené à rechercher les raisons d'une évolution néfaste à une économie saine.
 
J'ai constaté que cette évolution était le résultat du changement des lois bancaires, de la déréglementation du crédit, de la révolution technologique engendrée par l'informatique et surtout de la disparition de la morale ou de l'éthique au profit de l'adoration du veau d'or. Mes observations portaient essentiellement sur le système français. J'en concluais que ces changements étaient néfastes pour l'économie et pour chaque citoyen. J'ai entrepris alors de me lancer dans un combat associatif pour obtenir des changements législatifs qui seraient profitables à tous. Puis j'ai écris un premier livre, Abus bancaires, comment faire face paru en 2005. En 15 ans j'ai, pour toute satisfaction, constaté que les médias organisaient de plus en plus d'émissions autour de ce thème. La façon de l'aborder laisse encore beaucoup à désirer mais c'est un progrès. On ne me pose plus aujourd'hui la question : c'est quoi un abus bancaire ?
 
Mais il aura fallu attendre la crise des subprimes pour que les médias constatent que nos élites étaient plus fortes pour s'allouer des rémunérations outrancières que pour gérer normalement leur entreprise. Pour ceux qui voudraient encore les excuser, qu'ils sachent que d'autres banquiers à travers le monde n'ont pas suivi cette folie collective : les banques brésiliennes par exemple, une grande banque écossaise également. Et non seulement ils ont failli, mais encore certains se sont accrochés à leur poste.
 
L'opinion publique elle a compris mais elle n'est pas allée jusqu'à manifester ce qui fut le cas dans certaine partie du monde.
 
La nouvelle crise financière et ses conséquences économiques ne permettent plus de douter que le système ultra libéral mondialiste adopté et défendu par les partisans du laisser faire est, en fait, catastrophique à long terme pour l'économie de la planète. Les partisans de cette théorie l'ont érigée en dogme et nous refont le coup du sens de l'histoire que d'autres doctrines comme le communisme ont défendu en vain. Ils prétendent qu'en appliquant leurs principes tous les pays et, dans chaque pays tous les groupes sociaux verraient leur situation améliorée. Le marché et lui seul assurerait les équilibres.
 
Les événements leur ont donné tord, et ce n'est pas la première fois. Plusieurs crises graves ont secoué les économies depuis les années 80. Celle-ci est la plus grave. Et si aucune réforme n'intervient, comme je le crains, gare à la prochaine. Lorsqu'il n'y a pas de crise, on constate un enrichissement démesuré de quelques un et un appauvrissement de la majorité.
 
Je ne fustige pas le libéralisme économique mais l'ultra libéralisme mondialiste. Etudiant en 1968, j'étais déjà partisan du libéralisme alors qu'autour de moi, bon nombre ignorait l'existence de cette théorie économique. Un système économique doit être efficace et le plus juste possible. Un système économique doit avoir pour but de profiter à tous ceux qui travaillent. Comme Maurice Allais, économiste libéral et prix Nobel d'économie, je crois qu'on doit proclamer qu'un droit fondamental de l'homme c'est d'être protégé efficacement contre un fonctionnement inéquitable, sinon malhonnête, de l'économie de marchés, permis actuellement ou même favorisé par une législation inappropriée. Comme il l'écrit encore, le monde est devenu un vaste casino où la spéculation frénétique est permise, amplifiée par le crédit. Lorsque le château de cartes s'effondre c'est le citoyen qui paye.
 
Quant à nos financiers et banquiers, ils n'hésitent plus à attirer dans des placements risqués l'immense majorité des petits épargnants par des promesses de rentabilité oubliant de parler des risques comme le font de vulgaires escrocs envers une dupe dont ils convoitent le magot, il n'hésite pas à pousser à l'endettement pour des opérations vouées à l'échec en période d'euphorie, à aggraver les difficultés des clients par une tarification sanction abusive. Ils sont devenus dangereux et se comportent en ayant oublié toute notion d'éthique et même les règles les plus élémentaires de 1947 du code civil. L'état est leur complice et la Justice est inadaptée.
 
Les citoyens français sont pour moi en état de légitime défense devant un système sans foi ni loi. Afin de les informer, je publie un deuxième livre qui intègre au contexte français l'environnement international. Leurs activités s'exerçant en groupe, leur objectif étant de capter par tous moyens la fortune d'autrui pour l'utiliser à leur profit, et ce en toute impunité, j'ai pensé que le mot de banquier n'était plus adapté. BANKSTERS m'apparu adapté.
 
C'est le titre que j'ai donné à mon nouvel ouvrage qui sort ce mois de Mai 2009 en librairie.