Espace International

Interview de Jean Bakouma : Consultant international en économie forestière

Jean Bakouma

Consultant international en économie forestière

Changement climatique et produits de bois labelisés

Publié le 15 Septembre 2009

A quelques jours du sommet de Copenhague sur le changement climatique,  la question forestière et plus précisément celle de « paiement pour services environnementaux » sera parmi les plus brûlantes dans les négociations internationales.  Parallèlement, on observe depuis 2005 à un changement de climat dans les affaires liées au commerce des bois et produits dérivés en rapports avec les éco-labels forestiers.

Ces éco-labels forestiers répondent en effet au besoin d’informer et de garantir aux consommateurs que le bois mis en marché provient d’une forêt dont la gestion respecte des exigences environnementales, économiques et sociales. Le respect des exigences environnementales dans une gestion forestière revient à adapter l’exploitation forestière aux effets du changement climatique et au-delà à les atténuer, en ce sens,  « puits de carbone » d’un côté, les forêts participent d’un autre côté à l’émission des Gaz à effet de serre lorsqu’elles sont détruites comme cela a été souligné par le rapport du GIEC qui rend la déforestation responsable de 20% de gaz à effet de serre.

 Sous cet angle d’attaque, la certification forestière est légitimement un outil de lutte contre la destruction des forêts et du réchauffement climatique. Dans les grandes enseignes de bricolage (Castorama, Leroy Merlin, Ikéa etc.), ou dans la grande distribution (Carrefour, Cora, Auchan etc.), les statistiques internes montrent que chaque année le nombre de consommateurs faisant attention aux qualités écologiques des produits bois augmente et, on estime aujourd’hui qu’environ 6 consommateurs sur dix regardent les éco-labels portés sur leur produit. La préoccupation du changement climatique enfonce donc le clou et le commerce des produits bois non labélisés vit certainement ces derniers jours.

Ceci explique certainement la floraison des éco-labels sur le marché des bois, chacun des labels réclamant garantir aux consommateurs les qualités écologiques du produit et de la forêt dont il est issu. Cependant, ce fort tapage médiatique interpelle bon nombre de consommateurs qui tendent à vérifier la crédibilité de chaque label et finalement sa participation à l’atténuation du changement climatique. En prenant comme critère de vérification, les normes de chaque système de certification d’une part, et d’autre part, les modalités d’obtention du label, il apparaît de façon assez insolite que certains simples logos sont hissés au rang de labels auto-proclamés, c’est-à-dire sans accréditation d’un organisme habilité comme la COFRAC. A contrario, on trouve des labels véritablement accrédités, rangés en deux grands systèmes de certification :

Le système de certification FSC dont les normes sont élaborées au niveau international et sont applicables à chaque type de forêt. Le Forest Stewardship Council (FSC) ou Conseil de bonne gestion forestière  repose sur des critères de performance obtenue sur le terrain en matière de gestion forestière, au-delà des replantations, il exige une mise en aires protégées de 5% de la concession forestière. Ce n’est pas le FSC qui délivre le certificat FSC, mais des organismes indépendantes et accrédités qui procèdent par un audit de terrain c’est-à-dire de la forêt et de la façon dont elle est gérée.  Le certificat n’est obtenu que si les  performances  relevées sur le terrain sont conformes au référentiel de certification du  FSC après délibération des trois chambres,  économique, environnementale et sociale, chacune des chambres n’ayant qu’une seule voix au moment de la délibération. Pour des entreprises qui sont simplement utilisatrices des produits bois, leur certificat concerne leur chaîne de contrôle, elle doit garantir la traçabilité du produit, autrement dit  la filiation du bois à sa forêt.

Le deuxième grand système est la norme ISO sous la forme de ses dérivés ISO-14001 qui est davantage basé sur les procédures mises en place. C’est sur la norme ISO que se rattachent le Pan European Forest Certification (PEFC), le Sustainable Forestry Initiative (SFI) et le Canadian Standards Association (CSA) qui sont les trois autres  grands systèmes de certification. Le PEFC est un système de certification européen à l’origine et variable d’un pays européen à l’autre. En France, la gestion forestière durable est engagée sous la  responsabilité soit d’une entité régionale (ER) ayant une personnalité morale, - soit d’un groupe,  soit d’un individu propriétaire forestier  ou d’un groupement des propriétaires (coopérative par exemple). Ces entités demandent à bénéficier de la certification pour leur  propre référentiel qui contient les exigences spécifiques auxquelles le même PEFC. Seul le bois des forêts appartenant à des propriétaires adhérents au PEFC peut  être certifié PEFC évidemment moyennant une cotisation.

Le PEFC n’a pas de critères de performance. Les replantations qu’il exige n’apportent pas de valeur additionnelle au certificat puisque cette pratique existait avant le PEFC. Il s’agit davantage d’une démarche de contrôle des procédures et des engagements (des intentions) que d’une démarche de vérification des performances sur le terrain. Une bonne partie de l’audit de certification se fait au siège de l’entité candidate à la certification et non en forêt. Une forêt peut être certifié PEFC sans que le certificateur se déplace sur le terrain. Pour sortir de son image de label uniquement européen, le PEFC s’est internationalisé  en  reconnaissant les autres systèmes  nationaux. Il s’appelle maintenant Programme for Endorsement Forest  Certification Schemes mais a gardé le même label PEFC. A ce titre il se vante d’être le premier système de certification mondial en additionnant les surfaces certifiées par les autres systèmes reconnus par le PEFC. Il reconnaît le Cerflor Brésilien,  le MTCC (Malaysian Timber Certification Council) malaisien, le SFI américain, le CSA et le PAFC (Pan African Forest Certification) Gabon. En fait, cette  internationalisation réduit encore un peu plus la crédibilité, la cohérence et les performances du PEFC. En Finlande par exemple des forêts ont été certifiées sans que les  propriétaires forestiers en aient connaissance. Ce bois est certainement arrivé sur le marché français sous le label PEFC sans que les consommateurs s’en rendent compte non plus. Dans le système de certification SFI reconnu par le PEFC, les exploitants qui demandent une certification peuvent modifier les normes pour mieux les adapter à leur propre performance. De même, dans le système CSA reconnu par le PEFC, les exploitants qui demandent ce certificat déterminent le niveau de performance  nécessaire pour obtenir leur certification.

Au bout du compte, en termes de changement climatique le seul outil de certification qui peut rassurer les consommateurs et prétendre par ses exigences (mise en aires protégées et audit de terrain) participer à l’atténuation et à l’adaptation au réchauffement climatique est le label de certification FSC. Mais globalement, les systèmes de certification doivent être revus en profondeur pour mieux coller aux exigences du réchauffement climatique.