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Interview de Nicolas Caplain : Directeur de la sélection des fonds externes de LBPAM

Nicolas Caplain

Directeur de la sélection des fonds externes de LBPAM

L’opinion favorable sur une société de gestion ne vaut pas forcément pour l’ensemble de ses fonds

Publié le 02 Avril 2010

Pour quelles raisons une sélection de fonds est-elle selon vous importante ?
La sélection des fonds, peut être utilisée tout d’abord comme complément d'expertises. Il y a un grand besoin en termes de diversification sur des classes d’actifs exotiques ou sur des classes d'actifs pour lesquelles on ne trouve pas beaucoup d'offres sur le territoire national. Ainsi, si l'on devait se restreindre aux fonds français investis en actions émergentes, l'offre serait relativement limitée.
L'objectif est de disposer de fonds qui apportent des expertises supplémentaires, permettant ainsi de profiter des différentes opportunités qui se présentent sur les marchés.

La sélection de fonds permet par ailleurs de construire un portefeuille bien diversifié, avec un nombre de fonds suffisamment important investis sur l'ensemble des classes d'actifs, allant des produits de taux, aux actions de la zone euro, aux actions internationales et jusqu'aux matières premières...
Un portefeuille construit avec à la fois cette approche de sélection de fonds, et un processus de gestion stratégique et tactique de l'allocation d'actifs, apporte une valeur ajoutée certaine.

De quelle manière sélectionnez-vous vos fonds ?
Nous sélectionnons des fonds comme des gérants pourraient sélectionner des valeurs.
Il existe plusieurs milliers de fonds dans le monde (plus de 500 fonds, rien que pour les actions de la zone euro).

Nous avons recours à des bases de données externes. En particulier s'agissant des OPCVM coordonnés et des OPCVM de droit français, nous nous appuyons sur les bases de Morningstar et d'Europerformance.

Le processus suppose la prise en considération de critères d'analyse quantitative et qualitative.

Combien avez-vous de fonds dans votre sélection actuellement ?
Nous avons environ 120 fonds dans notre sélection, décomposée en une cinquantaine de catégories en fonction des zones géographiques (Europe, Amérique, Asie…), du style de gestion (value, growth, benchmarké, opportuniste, défensif, thématique). Nous pourrons aller jusqu'à 200 fonds, pas davantage car il faut rester sélectif.
Nous avons plusieurs étapes de screening, à partir de nos contraintes d'investissement, et de recherche. Nous avons notamment un screening sur les encours : sur les fonds actions de la zone euro, nous allons au-delà de 100 millions. Des critères historiques sur les dates de création du fonds et de prise de ses fonctions par le gérant influent également.

De quelle manière assurez-vous le suivi de vos fonds ?
Nous concentrons le contrôle sur les changements opérés au niveau de la société de gestion, de l'équipe de gestion, du portefeuille, ainsi que sur les performances.

A partir de ce contrôle, nous pouvons soit exclure un fonds de notre sélection, soit intégrer une grande prudence dans les investissements effectués au sein de ce fonds.
Le turnover moyen est d'environ 10 % par an. Nous avons pu monter jusqu'à 15 % entre 2008 et 2009 en raison en particulier des mouvements de consolidation.

Il n'y a pas si longtemps nous avons vu une fusion entre deux sociétés de gestion avec un fonds d'actions américaines qui a été transféré d'une équipe à une autre. Le style du fonds a changé, il est passé en valeur de croissance. Ce qui a été un changement majeur. Nous avons retiré le fonds.

Nous formons des recommandations et nous prenons nos décisions en comité, de manière à éviter les décisions personnelles. Dans le monitoring interviennent notamment l'équipe de sélection, l'équipe de multigestion, les équipes de contrôle.

Quelle place est laissée à l’interprétation subjective s'agissant de l'analyse quantitative ?
Prenons l'exemple d'un fonds qui affiche de bonnes statistiques passées en termes de performances passées. Si nous savons que le gérant phare est parti il y a deux ans et demi, nous ne regarderons pas la performance au-delà de ce laps de temps, ou nous regarderons cette performance d'un autre œil.

Qu’avez-vous tendance à regarder en ce qui concerne la société de gestion ?
Sa solidité financière, son actionnariat, les principaux dirigeants et autres personnes clefs (expérience, stabilité, réputation, clarté du discours du gérant notamment), l'organisation de la société (de quelle manière les équipes travaillent entre elles), la gouvernance, l'ensemble des procédures de contrôle (conformité, contrôle interne, déontologie, lutte anti blanchiment), les autorités qui régulent ces sociétés et les historiques éventuels de sanctions, les risques opérationnels, le plan de continuation des activités en particulier pour les plus petites sociétés. Nous regardons également les procédures engagées contre la société, les litiges en cours à l’encontre des dirigeants.

Le management de l'entreprise, les dispositifs de fidélisation des gérants sont également des éléments que nous regardons.

Nous tenons compte de tous les acteurs qui interviennent dans la vie du fonds : le dépositaire, le valorisateur, le commissaire aux comptes...
Nous pouvons avoir confiance dans une société de gestion et dans ses gérants, mais ces derniers travaillent parfois avec des prestataires de moins bonne qualité.

L’opinion favorable sur une société de gestion ne vaut pas forcément pour l’ensemble de ses fonds.  Tous les OPCVM ne sont pas sans risque. Nous savons que dans une grande gamme, nous trouverons des fonds pour lesquels notre avis sera positif, et d'autres négatif, même si de manière globale nous avons un avis positif s'agissant de la société de gestion.

De quelle manière appréhendez-vous la philosophie d'investissement ?
Nous regardons l'historique du gérant sur des stratégies de gestion comparables, dans ses sociétés précédentes. Une expérience de gestion est suffisante dans une stratégie à partir de 10 ans en général. Le gérant doit avoir connu différentes phases de marché. A titre d'exemple, il est difficile d'évaluer un gérant actions qui n'était pas sur les marchés au moment de l'éclatement de la bulle Internet. Idem pour le gérant d’un fonds émergent qui était encore étudiant pendant la crise russe de 1998.

S’agissant du processus investissement nous nous attachons à vérifier la manière dont le gérant gère son produit, les étapes de la construction du portefeuille, la génération des idées, la mise en œuvre des investissements, la gestion des risques.

Excluez-vous certaines approches spécifiques ?
Nous regardons davantage la cohérence de cette approche et la manière dont le fonds est géré au quotidien. Par exemple, s'agissant d'une approche quantitative, il faut que les gérants aient un background suffisamment mathématique.
Ou encore, pour un fonds de valeurs de croissance, on peut se poser la question de savoir si le gérant est convaincu que son approche 'croissance' est la mieux adaptée.

De même il n'y a pas forcément une organisation unique optimale : des gérants stars, des gérants avec des analystes... Ce qui est important c'est la cohérence de l'ensemble, et l'identification de la source de la valeur ajoutée.
Si on a une société avec une grande équipe d'analystes, parfois le gérant ne va pas beaucoup contribuer à la performance. Ce que nous regardons alors pour ces fonds c'est la stabilité de l'équipe d'analystes.

A quelle diversification procédez-vous ?
Nous savons qu'il est plus dangereux d'investir uniquement dans des gérants stars, ou dans des approches quantitatives, ou dans des équipes d'analystes. Ces fonds peuvent se comporter de manière similaire dans certaines périodes de marché. En 2007, la quasi-totalité des approches quantitatives ont sous performé. En 2008, beaucoup d'approches fondamentales, de stocks pickers ont sous performé. Avoir des approches différentes permet de diversifier les risques. Il est important de choisir celui ou ceux que l'on estime être les meilleurs sur une approche donnée.

Quasiment toutes les approches sont représentées dans notre sélection. Nous essayons également d'avoir des approches nouvelles même si elles présentent un degré de risque supplémentaire puisqu'elles n'ont pas été véritablement testées. L'innovation est importante.
Être innovant sur une approche permet d'améliorer la performance par rapport à d'autres approches historiques plus traditionnelles et que tout le monde a déjà copié.
Nous avons été par exemple parmi les premiers à investir dans la dette convergente (dette des pays d’Europe centrale qui ont pour objectif d'adhérer à la zone euro). Nous portons beaucoup d’intérêt à cette classe d'actifs.

Nous nous sommes positionnés sur les fonds d'opportunité sur le crédit alors que ces fonds n'avaient pas encore d'historique

Les innovations peuvent également venir du style de gestion mais c'est plus rare. Certaines approches mathématiques ont vu le jour en raison de l'évolution de plate-formes électroniques et donné naissance à des approches systématiques.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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