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Interview de Lucy Bonmartel  : Gérante au sein d'AXA IM

Lucy Bonmartel

Gérante au sein d'AXA IM

Parmi nos principaux paris : Deutsche Bank, Crédit Suisse, UBS, BNP et Société Générale

Publié le 15 Avril 2010

Quel est l’état du secteur bancaire actuellement ?
Nous avons commencé l’année avec des signes de ralentissement dans la détérioration de la qualité des actifs, des capitaux propres et une liquidité meilleurs que pendant la crise.
Ceci s’est illustré par une valorisation du secteur multipliée par 2,5 depuis son plus bas de mars 2009 alors que le marché progressait de 72%.

Quels sont les principaux éléments qui vous préoccupent ? 
La règlementation à venir, l’incertitude sur le rythme d’amélioration du coût du risque et les perspectives peu encourageante sur les revenus du secteur, hors activités de marché.
Au-delà du risque souverain et des répercussions que cela pourrait avoir sur le secteur, c’est davantage la macroéconomie qui sera influente.
Les mesures d’austérité très pénalisantes par les pays en cause dans la crise sur le risque souverain qui devront être prises (augmentation des impôts, réduction des effectifs dans le secteur public…) auront un impact négatif sur l’évolution des revenus et des provisions.

L’instauration d’une taxe sur les établissements bancaires actuellement discutée vous préoccupe-t-elle ?
Une rumeur sur 50 milliards d’euros a circulé la semaine dernière. Le chiffre est clairement irréaliste.
Des actions pourraient être prises localement par des gouvernements mais cela est discutable dans la mesure où d’une part cela pénaliserait les «bons» établissements capables de générer  des revenus et résultats versus les  «mauvais» et d’autre part pourrait être répercuté sur le client.

Quelle est la valorisation du secteur à ce jour ?
Des raisonnements en termes de PE sont difficiles à mener. Il  y a une importante disparité des résultats qui rend les moyennes non pertinentes. Des banques seront encore en perte alors que d’autres banques  retrouveront des niveaux de résultats satisfaisants.

Il serait préférable de regarder le ratio de price to book value relativement au ROE moyen soutenable attendu sur le secteur. Nous avons 1 fois la book value, pour un ROE entre 12 et 15%.
Il n’y a ce faisant pas de sous valorisation massive du secteur, sauf à considérer qu’ en théorie le secteur s’il est plus régulé, est moins risqué, et dans ce cas le cout du capital  à appliquer au secteur bancaire doit baisser.

Les actifs toxiques (comme les CDO, les RMBS…) sont ils encore un problème pour les cours de bourse ?
Les établissements ont réduit leurs expositions, les ont cantonnées dans des structures spécifiques et soit fournissent des indications sur une fourchette de pertes potentielles comme l’a fait Société Générale soit bénéficient de système de garantie de l’Etat qui limite leur exposition à une baisse de valeur comme chez KBC.

La thématique des banques d’investissement est très importante dans votre portefeuille...
Les banques d’investissements bénéficient de tendances favorables tant conjoncturelles et structurelles : émissions obligataires, amélioration des volumes, retour d’activités corporate,  plus grande discipline dans l’approche rendement/risque…)
Ce sont autant d’éléments qui favorisent les banques d’investissement et qui expliquent leurs bonnes performances depuis le début de l’année.
Les messages positifs se sont  multipliés de la part des dirigeants des différents établissements.
Les résultats publiés mercredi soir par JPMorgan confirment ces bonnes tendances.

Que pensez-vous des bénéfices record annoncés par UBS ?
Les perspectives d’UBS seront plus faciles à évaluer à partir du moment où nous aurons sa franchise se sera stabilisée, à la fois en banque d’investissement et en gestion de fortune.
Cela me paraitrait très surprenant que la société ait gonflé ses revenus sur le fixed income à partir d’un trading pour compte propre. Les autorités suisses ont mené une importante réflexion sur l’idée du too big to fail avec UBS au cœur des préoccupations. Un tel comportement de la part de la banque suisse lui serait préjudiciable au regard du régulateur et de l’investisseur.

Quelles sont vos plus importants paris ?
Deutsche Bank est la plus importante valeur dans mon portefeuille. Si le titre peut faire l’objet de prises de profits après sa solide performance, je reste très positive sur le long terme. L’éventuel rapprochement avec Deutsche PostBank et la levée de capitaux qu’elle pourrait entrainer est un autre risque.
Mais cela lui donnera accès à une robuste masse de dépôts, qui  permettra de rééquilibrer le profil de la société. Toujours sur la thématique banque d’investissement Crédit Suisse puis UBS font partie des paris du portefeuille. Je mise également sur les valeurs françaises, BNP qui est la valeur la plus sûre, et Société Générale en recovery play.
En Belgique, je privilégie KBC qui s’est bien tenu depuis le début de l’année et a une carte à jouer, notamment à travers l’introduction en bourse de sa filiale Tchèque
Je suis récemment revenu sur Intesa qui était très en retard en Italie et devrait bénéficier d’un newsflow positif, et conserve une position sur Banco Popular en Espagne.

Parmi les titres sur lesquels nous manquons de visibilité, je citerais Dexia  dont le modèle est remis en cause et Commerzbank dont la stratégie ne me convainc toujours pas. Je suis prudente sur Santander, BBVA et Unicredito  au regard de leur valorisation.

Nous devrions voir dans les prochains mois se multiplier des informations qui pourraient déteindre sur le secteur ? 
Le secteur pourrait marquer une pause avec en perspective les premiers avis des régulateurs nationaux sur Bâle III après consultation de leurs banques en mai, le sommet du G20 fin juin et un premier avis du Comité de Bâle mi juillet.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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