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Interview de Louis-Armand  de Rougé : Gérant Richcourt Fund Advisors

Louis-Armand de Rougé

Gérant Richcourt Fund Advisors

Le joli mois de mai....Tu parles!

Publié le 01 Juin 2010

Crise en 2008, rebond en 2009, on croyait en avoir fini avec les montagnes russes. Et voici que le mois de mai vient à nouveau chambouler un équilibre politico économique précaire. On a beau nous chanter l’air de « tout va très bien Madame la Marquise » de part et d’autre du Rhin, il n’empêche : Angela Merkel était absente physiquement lorsque l’accord sur le plan de soutien à la Grèce a été réalisé, les déclarations de et sa volonté de durcir les conditions de maintien dans la zone euro, et enfin la volonté de faire cavalier seul, d’étendre les ventes à découvert à d’autres secteurs des marchés actions, à la dette et aux dérivés, ont porté préjudice à l’unité européenne. On pourrait aussi mentionner les déclarations de certains responsables bancaires allemands ou les petites phrases assassines de certains responsables américains sur la fin de l’euro.

Du coup en début de semaine dernière les bourses affichaient toutes des performances désastreuses le CAC 40 et l’Eurostoxx affichaient -15%, l’Italie, le Portugal et l’Espagne offraient des pertes respectivement de 21%, 23% et 25%, sans compter Shanghai : -20% et Hongkong : -13%. Seul le Dax résistait mieux avec -5% et que dire de l’écart avec les bourses du Danemark et d’Estonie qui en début de mois flirtaient avec les +20% et +45%. La volatilité progressait donc et retrouvait des niveaux d’il y a un peu plus une année.

Certains observateurs à la lumière de la résolution du problème grec qui a combiné les instances et pays européens, la Banque Centrale Européenne et le FMI parlaient d’ailleurs de triomphe de l’espoir sur celui de l’expérience. On tourne en rond avec les craintes qu’ont fait peser les dettes sur les investisseurs et qui sont remplacées par celles découlant des plans de rigueur budgétaire sur la croissance de la zone euro. Entre- temps sont intervenues des élections britanniques dont le résultat est demeuré incertain pendant quelques jours, les dégradations de la note des banques grecques et de la dette espagnole, les menaces sur la dette des pays du sud, le plan de sauvetage d’une caisse d’épargne espagnole. Hors zone euro, la rupture des relations entre les deux Corées n’a rien arrangé.

Autre risque induit par la crise européenne : son possible impact sur la Chine car elle constitue un des moteurs de sa croissance. D’ailleurs en Chine la problématique réside surtout dans le traitement de la bulle immobilière et d’une politique visant à éviter toute surchauffe de l’économie suite au resserrement de la politique de crédit amorcée par Pékin. Les investisseurs semblent avoir voté « avec leurs pieds » délaissant les marchés européens au profit des marchés américains dotés qui plus est d’une devise en appréciation constante vis-à-vis de l’euro. La Chine suspectée de devenir frileuse face aux avoirs libellés en euro avait fait savoir, via le Président du CIC, que les investissements européens ne seraient pas réduits mais qu’une attention toute particulière serait portée sur l’évolution de sa monnaie et sur les réformes en cours notamment en terme de réglementation. Le dollar, l’or et les obligations corporates ou high yield ont finalement été les récipiendaires de la manne d’investisseurs en panne d’idées et / ou de confiance.

Une chose est sûre après le yoyo des marchés financiers du mois de mai on risque fort d’assister à une partie de ping-pong entre les arbitrages américains/européens. Dans un premier temps le pays de l’oncle Sam semble mieux préparé. La dette est colossale car la planche à billet fonctionne à plein rendement mais la croissance économique et l’adaptabilité du modèle économique sont meilleures. La route est encore longue en Europe pour conjuguer les politiques économiques des différents pays de la zone euro, concilier le point de vue allemand avec celui de ses principaux partenaires et éviter que plans d’austérité riment avec désespoir des populations dépitées par des gouvernements peu enclins jusqu’ici à des politiques de rigueur budgétaire.

C’est alors que resurgit l’idée d’un emprunteur budgétaire européen de dernier ressort susceptible de financer la dette souveraine. La résolution des problèmes de dettes européennes obligera les décideurs à agir sur le couple exportation/importation, sur une baisse drastique des dépenses publiques et sur une politique des taux et de change accommodante. A cet égard qu’on le veuille ou non l’euro a débuté sa dévaluation vis-à-vis des autres monnaies.

Louis-Armand de Rougé
Richcourt Fund Advisors

 

nicolas