Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Louis-Serge Real del Sarte : Ambassadeur France pour SPOCK.com et Xing

Louis-Serge Real del Sarte

Ambassadeur France pour SPOCK.com et Xing

D'ici quatre ans, tout le CAC 40 devrait avoir un RSE, levier d'image et de marque

Publié le 22 Juillet 2010

Quels phénomènes sous-jacents ont favorisé l'apparition des réseaux sociaux d'entreprises (RSE) ?
Les réseaux sociaux ont émergé avec l'évolution d'Internet. La diffusion phénoménale de l'ADSL et les nouvelles technologies sur les mobiles ont facilité l'accès à l'information. Durant les années 2004-2005, de nombreux réseaux sociaux se sont créés et sont aujourd'hui arrivés à terme de création.
Par ailleurs, la génération Y pousse les entreprises à adopter un RSE. L'usage des réseaux est un mode comportemental devenu tellement évident que l'entreprise est obligée de s'adapter.
En somme, ce qui favorise l'émergence des RSE, c'est à la fois la technicité, la convivialité et le fait qu'ils soient entrés dans les mœurs.

Quelle serait la valeur délivrée par le RSE? Son impact sur la productivité ?
Rappelons deux faits : 50% des salariés en 2010 seront à la retraite en 2050 et l'individualisme est très présent aujourd'hui. Les RSE assurent la transmission du capital immatériel, c'est-à-dire des connaissances de chacun, puisqu'ils permettent à chaque collaborateur de devenir le professeur de son voisin.
Les RSE améliorent les communications internes en favorisant les échanges d'informations entre les différents niveaux hiérarchiques. La transmission d'informations en «top-down» est fluidifiée et la remontée des réponses en « bottom-up » est facilitée. En ajoutant le travail collaboratif fait en transversal, les voies de communication possibles sont bouclées. Les RSE permettent aussi d'éliminer le problème des «spam», puisque les échanges à l'intérieur du réseau proviennent tous de sources internes.
La création d'une base de données et la visibilité accrue sur les RSE augmentent la productivité et facilitent particulièrement le travail de la DRH pour qui il est fondamental de connaître les compétences de chaque collaborateur.
Les RSE favorisent le phénomène de dématérialisation géographique : la communication entre différentes zones géographiques s'effectue plus efficacement dans le temps et dans l'espace, la solution informatique évitant les intermédiaires. Il est difficile de quantifier les RSE en termes de ROI. Pour de grands groupes comme IBM où l'utilisation est à large échelle, le ROI pourrait se chiffrer à des centaines de millions d'euros.

Qu'en est-il de la situation des RSE à l'externe ?
Les RSE externes restent encore avant-gardistes aujourd'hui. L'enjeu des réseaux sociaux n'est pas encore maîtrisé par la moitié des entreprises, toujours peu enclines à l'introduction d'un RSE.
Certaines entreprises, surtout dans la distribution alimentaire, vont se servir d'un RSE externe pour créer un buzz ou avoir des retours de clients avec l'intention de défendre leur marque. D'autres comme le concepteur de bateaux, Bénéteau, vont l'utiliser comme outil de marketing avec la création d'un club privilégié pour tous ses clients. La société joue la carte du prestige et s'attache à développer une relation clientèle exclusive.
Malgré ces efforts, les entreprises ne sont pas encore bien équipées pour communiquer avec l'extérieur. Elles possèdent des réseaux B2C en externe et des réseaux B2B en interne, mais les deux ne sont pas suffisamment bien connectés.

Quel est le montant de l'investissement du déploiement d'un RSE ? Quelles sont les modalités de mise en œuvre ?
Il y a trois ans, personne n'avait de RSE. Aujourd'hui, on compte cinq à sept groupes du CAC 40 qui ont déployé un RSE ou qui sont en phase de déploiement. D'ici quatre ans, on s'attend à ce que 100% du CAC 40 adopte un RSE à l'interne qui deviendra un moteur de modernité et un outil au service de son image de marque.
Le déploiement d'un RSE au sein de l'entreprise nécessite un accompagnement qui se traduit par un impact sur le pouvoir des dirigeants, l'évolution des mentalités des collaborateurs et en particulier le phénomène de rétention d'information. L'ouverture sur les RSE doit d'abord se faire au niveau de la direction qui ensuite prépare son groupe à l'installation du système. Le choix de la solution informatique est primordial : faut-il un RS existant déjà en «marque blanche», très rapide à implémenter mais limité en termes de développement d'applications propres à l'entreprise, comme celui proposé par Xing. Ou un système construit de zéro, adapté aux particularités de l'entreprise mais plus long à concevoir et mettre en place ? La décision dépend des besoins de l'entreprise. En général, il faut compter un an minimum pour la mise en place du RSE et deux ans pour qu'il soit opérationnel.
Le déploiement d'un RSE nécessite un investissement mais qui est à relativiser. A titre d'exemple, l'abonnement Xing se chiffre à 58 000 € par an. Cependant, quand des groupes comme BNP Paribas consacrent à leur RSE des sommes nettement supérieures, on se rend compte que les dépenses encourues restent inférieures aux bénéfices dégagés.

Quels sont les facteurs clés de succès du RSE ? Quels sont les risques ?

Aujourd'hui, le grand danger des réseaux sociaux est l'entrecroisement de la sphère personnelle et de la sphère professionnelle. Les nouvelles technologies, notamment sur les mobiles, repoussent les limites de diffusion d'informations et les réseaux sociaux accentuent ce phénomène. Facebook devient un instrument professionnel qui doit rapidement être pris en compte par les entreprises : il existe un risque d'appropriation de leur nom ou marque, voire de destruction de leur image.
À l'interne, le déploiement d'un RSE nécessite une solution informatique cohérente par rapport à la taille de l'entreprise et sa présence géographique. Les dirigeants sont un facteur clé de succès stratégique, pour fournir un accompagnement très puissant et assurer une communication interne et externe expliquant l'apport du RSE. La clé de voûte opérationnelle du système repose sur le « Community Manager ». Celui-ci s'occupera exclusivement de créer, superviser et animer les groupes, et de faire signer et appliquer la charte adaptée en fonction de l'entreprise et de son objet social. Ce « Community Manager » sera sous l'autorité du « Chief Networking Officer » qui établira le lien entre l'interne et l'externe.

Quels sont les axes de progrès que vous identifiez ? Quelles sont les perspectives de développement ?
Les RSE vont évoluer de manière à ce que le réseau interne soit connecté au réseau externe. Ils seront partout. Les entreprises devraient adopter le modèle entrepreneuriat participatif (de type Wikipedia). Nous allons vers une révolution dans la méthode de travail et dans l'écoute.
Des progrès sont à faire sur le plan législatif. Le droit informatique doit évoluer pour nous protéger et nous permettre de rester maître de notre image.

Sciences Po, sous la direction de Marie-Ange Andri