Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Eric de Saqui de Sannes : Directeur des ressources humaines de Sogeti France

Eric de Saqui de Sannes

Directeur des ressources humaines de Sogeti France

Le RSE stimule l'innovation et a un impact sur la capacité à être au plus haut niveau d'exigence

Publié le 22 Juillet 2010

Existe-t-il un réseau social dans votre entreprise ? Si oui, depuis combien de temps ? Quels phénomènes sous-jacents ont favorisé l'apparition de ce RSE ?
Nous utilisons une plate-forme collaborative depuis octobre 2009. Cette initiative a fait suite à l'organisation d'un «Innovation Jam» en avril 2008, soit 72h de brainstorming visant à faire réfléchir les collaborateurs sur les améliorations de fonctionnement à mettre en place par l'entreprise. Parmi les nombreuses suggestions, il y avait notamment celle d'un « Facebook maison ». L'installation d'un RSE répondait donc à une vraie demande des collaborateurs et ce type d'outil est ainsi directement dérivé de l'utilisation des RSP d'une manière générale.

Quelle définition donneriez-vous du réseau social de votre entreprise ? Quels objectifs ont été assignés à ce projet ?
Un RSE est avant tout une plate-forme d'échange et de partage de l'information visant notamment à davantage de collaboration au travers de plus de contenu. C'est un support à l'expression de tous et donc à l'innovation. Un RSE joue le rôle de créateur de savoir, ce qui est très valorisant pour les collaborateurs.
Pouvez-vous identifier les étapes de déploiement de ce réseau social ?
En termes de calendrier, «l'Innovation Jam» a été le point de départ du déploiement du RSE. Il a ensuite fallu choisir l'outil puis établir une maquette au début de l'année 2009. Le lancement s'est effectué en octobre 2009 et a très vite été ouvert à l'ensemble des collaborateurs. Pour que le déploiement soit rapide, nous avons utilisé 250 «catalysts», soit des collaborateurs directement intéressés par les RSE (experts ou utilisateurs de réseaux sociaux), et incité des managers à créer des communautés. En moins de 3 mois, on dénombrait 5 000 connexions et aujourd'hui 6 200, soit 32% de l'effectif (le groupe Sogeti compte un peu moins de 20 000 personnes dans le monde).

Comment s'intègre ce RSE dans l'organisation hiérarchique et fonctionnelle de votre entreprise ?

La facilité d'adoption et le degré d'utilisation du RSE par les managers dépendent essentiellement de deux facteurs que sont la personnalité et la génération. En effet, on peut parfois constater une petite « lutte de génération » entre ceux qui savent bien utiliser l'outil parce qu'ils ont grandi avec Internet et ceux qui doivent prendre du temps pour l'appréhender. De plus, certains managers considèrent le partage d'informations comme un facteur clé de succès, tandis que d'autres ont une approche plus verticale de la pratique managériale, ce qui mène à une utilisation différence du RSE. Mais d'une manière générale, il n'y a pas eu de vraie réticence à son implémentation.

Quels sont les facteurs clés de succès du RSE ? Quels risques ?
Pour que le RSE bénéficie de crédibilité, il faut que la demande vienne des employés et non que l'outil soit imposé. Même si on doit inciter à l'utiliser, ce qui va en faire le succès, il n'est pas institutionnel, sinon le RSE serait vite associé à une contrainte. Le succès vient aussi de la solution technique elle-même et de la capacité des équipes techniques à l'implémenter. Il faut une solution facile qui s'intègre techniquement dans l'environnement.
Quant aux risques, j'en identifierais deux principaux. Le premier concerne la sécurité, soit un risque dans le type de message qui peut être véhiculé. Voilà pourquoi certaines entreprises mettent en place des modérateurs pour contrôler les informations qui sont échangées, ce qui n'est pas notre cas car nous considérons qu'il y a un vrai besoin de responsabiliser les collaborateurs. Le deuxième risque est lié à l'investissement qui est très lourd pour l'entreprise ; si la demande ne vient pas des employés, il y a donc un risque d'investir beaucoup d'argent et de se retrouver avec un outil pas ou très peu utilisé.

Quelles sont les perspectives d'évolution ?

L'objectif n'est pas d'arriver à 100% d'utilisation car il faut garder l'âme de l'outil et ne pas l'imposer. Le but que nous nous sommes fixé est donc de 50% de collaborateurs connectés. Nous ne l'avons pas encore atteint, mais nous n'en sommes pas si loin (32%) en moins de six mois. Il faut sans doute renforcer une prise en main par le management de l'outil.

Quelle serait la valeur délivrée par le RSE, notamment en termes d'impact sur la productivité ?

Le RSE stimule l'innovation et a un impact sur la capacité à être au plus haut niveau d'exigence. Cet outil permet d'aller chercher l'information là où elle est et de résoudre les problèmes auxquels vous êtes confrontés. Par retour d'expérience d'utilisation, certains chefs de projet qui avaient besoin d'une liste de correspondants ou d'experts ont gagné une semaine de délai avec une seule requête sur le RSE.

Et sur la communication ?
Le RSE favorise le décloisonnement en interne aussi bien entre départements qu'à l'échelle internationale. La communication est d'autant plus fluidifiée que le RSE met fin à l'anonymat. En effet, adresser un mail à tout un groupe est une démarche très anonyme et le RSE permet d'échanger avec des gens qui paraissent plus proches en raison des informations disponibles sur eux (photo, parcours professionnels, hobbies…). Le RSE permet également de réduire la masse d'informations. Aujourd'hui, on parle beaucoup de stress au travail, ce dernier est en partie dû à la multiplication de l'information et à la saturation d'emails ; le RSE est un moyen de retrouver de la sérénité.

L'existence d'un RSE constitue-t-elle selon vous un avantage concurrentiel pour votre entreprise ?

Sans aucun doute, car le RSE joue beaucoup sur la marque employeur ; c'est un outil d'attractivité pour les jeunes générations qui utilisent quotidiennement les réseaux sociaux publics et qui ont un vrai intérêt à trouver ce type d'outil à l'intérieur de l'entreprise. C'est également un atout vis-à-vis des clients, car nous sommes aujourd'hui capables de superviser l'installation d'un RSE au sein d'une entreprise.

Quels sont les axes de progrès que vous identifiez ? Quelles perspectives de développement ?
Le RSE pourrait être utilisé comme un outil de support à la vie dans l'entreprise des collaborateurs, notamment pour leur intégration. Le RSE est une agglomération de plusieurs éléments : trombinoscope, annuaire et beaucoup d'éléments de l'intranet. On pourrait, par exemple, établir un parcours pour les collaborateurs nouvellement recrutés afin de leur permettre de s'y retrouver plus facilement dans l'entreprise. Créer un lien avec des réseaux tel que Viadeo ou Linkedin pourrait également être un axe de développement à étudier. Quant à l'ouverture vers l'extérieur, il me semble que le niveau de maturité requis n'est pas encore atteint et que la sécurité est un frein majeur à ce type d'entreprise. On parle beaucoup dans le B2C de «crowdsourcing», c'est-à-dire de faire participer en amont les clients aux lancements de nouveaux produits. Mais pour le B2B, nous n'en sommes pas encore là.

Sciences Po, sous la direction de Marie-Ange Andri