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Interview de Bruno Coste  : Directeur de l'Union régionale interfédérale des organismes privés sanitaires et sociaux (URIOPSS) Ile- de-France

Bruno Coste

Directeur de l'Union régionale interfédérale des organismes privés sanitaires et sociaux (URIOPSS) Ile- de-France

Le modèle associatif est fondé sur l'intelligence collective. Un réseau serait un levier pour le développer et accroître la visibilité auprès des parties prenantes

Publié le 22 Juillet 2010

Quels usages les organisations rassemblées au sein de l'URIOPSS ont-elles de la pratique des réseaux ?
Par définition, une association est un réseau d'adhérents. La pratique d'un fonctionnement en «réseau» est donc inhérente au secteur associatif. Aucune association médico-sociale ne peut travailler en restant isolée de son environnement. Le système associatif doit nécessairement instaurer des liens entre individus, car une des principales valeurs d'une association est son intelligence collective.
Cependant, les nouveaux outils Internet restent largement sous-utilisés. Ainsi, l'URIOPSS dispose d'un réseau extranet qui permet aux adhérents d'accéder à un certain nombre d'informations, mais un réseau en ligne collaboratif n'existe pas à l'heure actuelle. Si les associations travaillent déjà depuis très longtemps en réseaux locaux, il n'en existe pas qui rassemble les différentes organisations. Peut-être l'URIOPSS n'a-t-elle pas assez mis en valeur le potentiel de ces outils au sein de notre secteur.

Existe-t-il au sein de l'URIOPSS un projet de développer l'usage de ces nouveaux outils réseaux ?
Nous étudions en ce moment un projet de «cluster» qui permettrait de rapprocher le monde des laboratoires de recherche et des associations pour mettre en commun nos savoirs et nos réflexions sur différents enjeux de société, comme la place des personnes âgées, le problème du logement ou la délinquance. Nous avons ainsi contacté un certain nombre d'organismes pour tenter de mettre en place un programme de recherche sur le sujet. Le but serait de permettre aux acteurs sociaux et aux chercheurs de travailler ensemble sur ces thématiques.
Mais, aujourd'hui, aucun projet précis de plate-forme de réseau social n'est prévu. Un débat que l'on pourrait qualifier de «générationnel» entre nos membres rend difficile l'évolution générale du secteur et la pleine intégration des outils Internet dans nos métiers : certains considèrent qu'il est préférable de conserver nos pratiques de travail traditionnelles. Ainsi, les formations proposées par l'URIOPSS sur ce thème ont encore du mal à démarrer.

Quel serait l'intérêt de développer les outils réseau Internet dans le milieu associatif ? De quelle manière peuvent-ils répondre aux enjeux actuels de ce secteur ?

Les différentes associations, ainsi que les autres parties prenantes du secteur, doivent collaborer dans les services qu'ils proposent, tant d'un point de vue spatial que d'un point de vue fonctionnel. L'utilisation d'outils réseaux numériques pourrait permettre une meilleure coordination des actions de terrain. Historiquement, nos associations considéraient essentiellement leur action comme ancrée au sein d'un bassin de vie, d'un territoire. La réflexion doit aujourd'hui s'étendre bien au-delà d'une zone géographique limitée, et le web 2.0 peut permettre de développer le partage de savoir entre des structures éloignées géographiquement mais qui travaillent sur une même problématique.
Ces outils sont également utiles pour étendre la visibilité de notre secteur. Beaucoup de Franciliens fréquentent nos établissements sans savoir que ce sont nos associations qui les gèrent. L'intégration de ces outils permettrait de mieux communiquer sur notre action, afin que les citoyens prennent conscience de la valeur des services que nous proposons.
Une visibilité accrue serait également une manière de répondre à la «crise du bénévolat» que les associations rencontrent actuellement. Il est en effet de plus en plus difficile de recruter des bénévoles qui s'engagent sur le long terme. Ceux-ci préfèrent aujourd'hui participer à des actions ponctuelles, sur un enjeu précis. Une plate-forme interactive peut donc permettre une meilleure communication sur ces actions. Le site de France Bénévolat a ainsi instauré une base de données de bénévoles qui permet aux internautes inscrits de s'impliquer dans des missions ponctuelles qui leur tiennent à cœur. Le développement de ce genre de sites peut être une solution pour faciliter le recrutement de volontaires pour des projets de plus long terme.

Comment l'URIOPSS et le milieu associatif en général pourraient-ils utiliser au mieux les applications des réseaux sociaux ?
Nous devons mieux faire connaître ces outils auprès des organisations et de leurs membres, employés comme bénévoles. Le modèle associatif est fondé sur l'intelligence collective et la démocratie dans ses structures. Le dialogue avec la société civile est également indispensable. Nos structures naissent pour répondre aux attentes de la population ; il apparaît dès lors nécessaire de resserrer les liens entre celle-ci et le tissu associatif.
Les outils réseaux numériques peuvent jouer un rôle clé pour répondre à ces enjeux. Il ne faut cependant pas oublier qu'une participation à un réseau Internet ne pourra jamais remplacer un engagement concret dans la vie réelle. Il faut faire en sorte que la première serve à développer le second et éviter au maximum l'apparition d'un effet de substitution. Le web 2.0 peut permettre de développer des leviers intéressants pour le milieu associatif, mais son action, au quotidien, prend essentiellement son sens à travers un contact réel entre les personnes.

Dans quelle mesure ces nouveaux usages pourraient-ils contribuer à la définition d'un «capital immatériel» associatif ?
Le milieu associatif reste encore assez imperméable à cette notion, considérant qu'il s'agit davantage d'une problématique d'entreprise. Certes, la «valeur immatérielle» est très importante, mais le fait de l'associer au terme «capital» gêne de nombreuses personnes dans le secteur associatif. Cependant, le fait que les entreprises s'intéressent à leur «capital immatériel» semble être positif, puisque les principales richesses des associations sont intangibles.
Plus encore peut-être que pour les entreprises, les associations doivent travailler leur «valeur immatérielle». Notre valeur est en effet plus difficilement quantifiable, car nos activités ne visent pas à créer de l'argent. Ici, en conférant une meilleure visibilité aux associations, en leur permettant de travailler ensemble, les outils Internet peuvent contribuer à une plus grande reconnaissance de leur action par la société. Mais, à l'heure actuelle, le rôle des associations, leur valeur et notamment leur impact économique sont grandement méconnus.

Sciences Po, sous la direction de Marie-Ange Andri