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Interview de Frédéric Brunet : Délégué du Président de la CCIP, chargé de l'Innovation par les nouvelles technologies

Frédéric Brunet

Délégué du Président de la CCIP, chargé de l'Innovation par les nouvelles technologies

A terme, notre but est de créer un «réseau des réseaux» qui rassemblerait toutes les entreprises participantes au sein d'une même communauté

Publié le 22 Juillet 2010

Quels usages les entreprises rassemblées au sein de la CCIP (Chambre de commerce et d'industrie de Paris) ont-elles de la pratique des réseaux en général ?
On remarque qu'un dirigeant sur trois fait partie d'un réseau, d'un syndicat professionnel ou d'un club d'entrepreneurs. Pour les entreprises des départements de la CCIP, on dénombre une vingtaine de réseaux physiques rassemblant quelque 1 800 entreprises. Nous avons développé des réseaux comme «PLATO Vallée scientifique de la Bièvre» ou le «Réseau de l'image», regroupant les entreprises d'un même secteur d'activité ou géographique. L'intérêt pour les entreprises de faire partie de ces réseaux est clairement le partage d'expériences avec leurs pairs : les entreprises rejoignent les réseaux pour «faire du business», mais se rendent ensuite compte qu'elles peuvent avoir des intérêts communs et travailler ensemble.

Existe-t-il au sein de la CCIP un projet de développement de réseaux sociaux numériques ? Si oui, en quoi consiste-t-il ?
Les réseaux de la CCIP sont soit sectoriels, soit territoriaux. Ainsi, le «Réseau de l'image», lancé par la CCIP Hauts-de-Seine, rassemble des PME et TPE du secteur de l'image qui avaient un certain nombre de problèmes communs : l'idée était de les fédérer pour qu'elles partagent des informations. Au départ, ces entreprises se réunissaient tous les mois pour discuter sur certains thèmes. Aujourd'hui, ce réseau a évolué en outil collaboratif et il s'est également développé en ligne : les acteurs se regroupent en réseau autour de son site internet et du blog, et peuvent se rassembler pour répondre à des appels d'offres.

La CCIP met également en place une plate-forme numérique de services en ligne aux entreprises. Cette plate-forme vise notamment à créer des réseaux sociaux permettant aux membres des réseaux physiques de prolonger leurs échanges sur le web, dans le but de développer de véritables communautés numériques. Aujourd'hui, les entreprises sont plutôt enthousiastes quant au développement de ces réseaux sur la toile. A terme, le but serait de créer un «réseau des réseaux» qui permettrait de rassembler toutes les entreprises participantes au sein d'une même communauté.

Quel est l'intérêt de développer les outils réseau Internet pour les PME?
Les PME, par définition, n'ont souvent pas de grands moyens pour gérer certaines problématiques et manquent parfois de connaissances de terrain. Les outils réseau, physiques comme numériques, ne doivent donc pas être utilisés uniquement comme un annuaire d'entreprises. Ils permettent aussi d'avoir accès à des outils de veille concurrentielle et technologique, de mieux appréhender leur secteur d'activité, les attentes des clients… Ainsi, les entreprises peuvent se rassembler et mettre en commun leurs moyens autour d'une problématique spécifique, en participant à une conférence rassemblant des spécialistes par exemple. On a ainsi constaté que les entreprises membres d'un réseau se développaient mieux que les autres. Les réseaux PLATO gérés par les chambres de commerce organisent la coopération entre grandes entreprises et PME, dont l'accès à l'information est ainsi facilité. Dans le cas des toutes petites entreprises ne disposant pas de direction des ressources humaines, ces réseaux sont également un intéressant moyen de recrutement. Les avantages liés à ces réseaux sont donc nombreux.

Internet apporte de nombreuses possibilités en termes de coopération et peut fournir des services intéressants en matière d'innovation. Des plates-formes numériques rassemblant les entreprises d'un même secteur, prolongement de nos réseaux physiques, sont très attendues par nos membres dont la communication et la participation au sein de ces réseaux seraient facilitées.

Dans quelle mesure ces nouveaux usages pourraient-ils contribuer à l'émergence d'un «capital immatériel» des entreprises ?

Souvent, ce sont des personnes spécifiques qui appartiennent à un réseau, des salariés qui représentent leur entreprise : c'est par essence la force d'un réseau, qui est avant tout un rassemblement de personnes. Ces réseaux s'enrichissent des connaissances de chaque membre : une vraie valeur se crée, issue des échanges d'informations et de réflexions partagées. Ainsi, chaque entreprise apporte séparément, par l'intermédiaire des collaborateurs impliqués dans ces réseaux, une quantité d'informations, dont la valeur intrinsèque sera augmentée par ces échanges, par cette communication entre entreprises. C'est la «magie» d'Internet, qui permet d'obtenir beaucoup plus que ce que l'on apporte. Indubitablement, cette valeur ajoutée participe du «capital immatériel» de l'entreprise. Mais ce capital immatériel est grandement lié au capital humain (développement des connaissances), et l'entreprise doit faire attention à ce que ce capital reste en son sein, même en cas de départ des collaborateurs. Elle doit donc exiger un retour de la part de ses collaborateurs impliqués en son nom dans ces réseaux, pour que ce capital, dont le dépositaire est le collaborateur, ne soit pas subordonné à sa seule présence dans l'entreprise. Mais elle doit aussi savoir gérer ce retour. Elle ne doit jamais oublier le double sens de l'échange : donner et recevoir.

Quel avenir voyez-vous pour les réseaux numériques au sein de la CCIP et des entreprises en général ?

La CCIP pense que les réseaux sociaux, physiques comme virtuels, vont se développer, les seconds ayant vocation à appuyer les premiers. De plus en plus, les entreprises vont devoir faire partie de réseaux, et ceci fait apparaître un certain nombre d'enjeux en termes de gestion de son identité propre (risque de ne devenir qu'un membre du réseau) comme de gestion de la participation au sein de ces réseaux. «A combien de réseaux les entreprises sont-elles capables de participer ?» et «Comment faire pour gérer sa participation dans tous les réseaux auxquels l'entreprise adhère ?» sont des questions qui vont devenir cruciales à l'avenir.

Tribune Sciences Po de l'économie de l'immatériel,