Interview de Sebastien Korchia : Gérant au sein de Meeschaert AM

Sebastien Korchia

Gérant au sein de Meeschaert AM

Une de nos principales convictions, la société Guerbet, qui affiche un fort potentiel de progression d'ici la fin de l'année

Publié le 17 Septembre 2010

Une de vos principales convictions est la société Guerbet. Pour quelles raisons ?
Guerbet est une société cotée depuis très longtemps, spécialisée dans les produits de contraste utilisés dans la radiologie et l'imagerie médicale.
Depuis son plus haut niveau atteint en 2007, le titre a connu un recul prononcé. De 160 euros, il est passé à 80 euros. Il est tombé en dessous de 70 euros, il y a quelques jours.
Ce recul est étonnant si l'on considère les éléments fondamentaux de la société. Tout d'abord celle ci s'inscrit sur un marché porteur protégé de la santé, non atteinte par les génériqueurs, et où nous n'avons pas de contraintes fortes liées à la sécurité sociale en raison d'une logique de diagnostic et de multiplication des examens en amont. On préfère faire à une femme un diagnostic du cancer du sein à partir d'un certain âge, plutôt que d'attendre qu'une partie de la population soit touchée par la maladie.

Comment expliquez-vous la forte dégradation du cours ?
Nous pouvons analyser la chute du cours en trois phases. La baisse en 2007-2008 est liée à l'échec d'une nouvelle génération de produit de contraste. Le marché avait trop anticipé. Il a fallu revoir à la baisse les perspectives de résultats. Le titre a alors évolué de 160 à 100 euros. La deuxième de la baisse en 2008-2009 s'explique par un certain nombre de paramètres, notamment une progression des dépenses de R&D, une hausse des matières premières qui a joué sur les marges, une augmentation des frais de commercialisation. Le marché a continué à vendre s'inquiétant au sujet d'une société qui aurait perdu ses relais de croissance.
Enfin plus proche de nous, qui explique le creux atteint à 60 euros, une société de gestion investisseur institutionnel qui détenait un peu plus de 5% du capital s'est mis à accélérer sa sortie initiée un peu plus tôt, visiblement du fait d'un changement de gérant.

Quelle est la situation financière de la société ?
Lorsqu'on arrive à 60 euros, après une baisse depuis le début de l'année, de 50% sur les plus hauts, nous pouvons nous demander si la tendance se justifie fondamentalement. Or fin juillet la société a publié des résultats extrêmement rassurants avec un chiffre d'affaires qui a progressé de 10% et un bénéfice qui a augmenté de 5%.
La forte baisse du titre a entrainé son caractère bon marché. La valeur se paie sur un PER de 12 fois 2011, sachant que la société est un des leaders européens de sa spécialité avec 25% de parts de marché. Nous sommes à un bon niveau d'attrait pour les acheteurs. D'ailleurs on voit qu'à 75 euros, les volumes ont beaucoup grossi.

Le groupe a-t-il une stratégie de développement externe ?
Guerbet est le plus petit des acteurs significatifs de ce métier. Faire des acquisitions est difficilement envisageable. Les autres acteurs du marché appartiennent à d'énormes groupes pharmaceutiques à des conglomérats. Les acteurs plus petits s'inscrivent sur des niches ultra spécialisées. Une opération de rachat n'est de ce fait pas de nature à leur permettre de changer de dimension.
On pourrait penser que Guerbet pourrait être une proie. Mais la société est une société familiale depuis plusieurs générations. Les dirigeants n'affichent aucune volonté de vendre.

Quel est le potentiel de progression du cours ?
La pression baissière semble totalement avoir disparu. Le cours pourrait atteindre son niveau d'équilibre à 95 euros d'ici la fin de l'année. Nous ne sommes qu'à 84 euros. Si la société parvient à faire face à ses difficultés de hausse des matières premières, de frais de commercialisation, et de dépenses de R&D, la dynamique pourrait être beaucoup plus positive.

De quelle manière est-il pertinent de jouer le titre ?
Le titre est davantage à jouer dans un portefeuille small et mid caps. Ceci étant, encore une fois, Guerbet est un des leaders sur son marché. Dès lors la valeur peut se jouer dans un portefeuille européen.

Quel est l'horizon d'investissement ?
La détention du titre peut s'envisager à trois-six mois dans l'optique d'un rattrapage du cours. Pour profiter d'une dynamique haussière retrouvée, nous pouvons envisager un portage sur 12-18 mois si l'environnement boursier est plus compliqué.

Quels sont les principaux risques d'un investissement sur ce titre ?
Je ne vois pas de risque à court terme si ce n'est peut être des répercussions temporaires de la stratégie de sortie de l'investisseur investisseur institutionnel détenant une part significative du capital. Sur un plus long terme, le risque pourrait résider l'échec d'un nouveau produit. La réglementation est très contraignante en matière de fabrication de contrastes. Ce sont des produits compliqués à fabriquer, radioactifs, et ainsi soumis à des normes de sécurité de plus en plus draconiennes. Il faut alors que ce produit disparaisse extrêmement vite ou reste en des quantités non nocives.

De quelle manière être vous investi sur le titre actuellement ?
Je suis entré sur le titre mi aout dans des proportions significatives. Le titre fait partie des 10 premières positions de mon fonds MAM entreprises familiales. Si le cours revient sous les 80 euros, je renforcerai mon exposition.

Propos recueillis par Imen Hazgui