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Interview de Flavien Neuvy : Responsable de l'observatoire Cetelem

Flavien Neuvy

Responsable de l'observatoire Cetelem

Les jeunes sont exclus du marché automobile neuf alors qu'ils représentent un tiers de la clientèle potentielle

Publié le 06 Octobre 2010

Quels sont les principaux enseignements de votre étude intitulée l'automobile et les jeunes ?

Le constat initial, c'est que les jeunes sont exclus du marché du neuf. Ils représentent moins de 10% des acheteurs. L'âge moyen d'un acheteur de voiture neuve c'est 51 ans en France. On s'est alors demandé si nous étions face à un désamour de la voiture à cause de la pollution, la hausse des prix du carburant ou tout simplement parce que la voiture n'est plus un objet prioritaire pour les jeunes. Notre étude révèle, au contraire, qu'il n'y a ni de rejet de l'automobile puisque 83% des jeunes déclarent adorer conduire. Il n'y a pas de fracture générationnelle. En fait, le rêve automobile se brise sur une réalité économique. Il y a un écart de près de 40% entre les prix moyens d'achats entre les deux classes d'âges.

Pourtant, les constructeurs proposent de plus en plus de voitures dits à bas coûts…


Il est vrai que certains modèles low cost peuvent séduire, mais l'offre est encore insuffisante. Les constructeurs vont chercher la croissance dans les pays émergents, estimant que le marché européen est saturé. Ils tentent également de nouveaux leviers comme la rupture technologique (hybride, moteur électrique…). Mais il existe un troisième levier de croissance, à savoir les jeunes qui représentent environ 1/3 de la clientèle potentielle.

D'après votre étude, les jeunes sont très sensibles au style des voitures, n'est-il pas difficile pour un constructeur de concilier les exigences prix et design ?

Il est vrai que 77% des jeunes européens sont très attachés au design des voitures. Mais avec les low cost, les constructeurs ont prouvé qu'il était possible de proposer des voitures pas chers et plutôt jolies, il n'y a qu'à regarder le succès du Duster de Dacia. Nous observons également que les moins de 30 ans sont moins attachés à l'équipement intérieur d'une voiture. C'est autant de postes d'économies pour les constructeurs. Les constructeurs doivent sortir de la logique du toujours plus. Le prix catalogue des voitures a augmenté plus vite que l'inflation ces dernières années. Si les constructeurs veulent capter cette clientèle, il faut qu'ils réfléchissent à un modèle adéquat. Les jeunes peuvent sinon, plus facilement que leurs aînés, s'orienter vers des moyens détournés comme l'autolib, le covoiturage, ou tout simplement le marché de l'occasion.

Vous remarquez que les jeunes n'envisagent pas l'avenir sans voiture, mais d'un autre côté vous observez qu'ils l'utilisent de moins en moins, comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Il y a deux explications, les jeunes de moins de 30 ans sont plus urbanisés que leurs aînés. Que ce soit pour chercher du travail ou pour leurs études, ils se concentrent dans les grandes agglomérations. La nécessité d'être véhiculé à Paris ne se pose pas de la même façon qu'à la campagne. Il y a aussi le fait que les frais d'entretiens d'une voiture ont augmenté. Rappelons-nous que lorsque le baril de pétrole avait atteint ses sommets, les automobilistes ont beaucoup moins roulé.

Près de 71% des jeunes français sont propriétaires d'une voiture, alors que la moyenne européenne est de 59%, comment expliquer ces disparités ?

En France, l'âge de départ du domicile parental est plus précoce. Les espagnols, par exemple, restent plus tardivement. La crise économique a renforcé cet « effet Tanguy ». Il faut aussi tenir compte des traditions familiales d'un pays à l'autre. En Italie, les parents offrent davantage leur première voiture à leurs enfants.

Propos recueillis par Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

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