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Interview de Joffrey Ouafqa : Gérant actions au sein de Convictions AM

Joffrey Ouafqa

Gérant actions au sein de Convictions AM

Parmi nos principales convictions, Anglo American, Saipem et Rhodia

Publié le 16 Novembre 2010

Un segment sur lequel vous aimez particulièrement investir est celui des matières premières…
Les fondamentaux sont très bons. La demande des pays émergents demeure très forte que ce soit pour investir dans les infrastructures ; pour répondre au développement des entreprises notamment dans le secteur automobile qui doit croitre en Chine de 10% cette année ; ou pour répondre aux besoins des ménages.
Par ailleurs, l'annonce par la Fed de la poursuite de sa politique monétaire non conventionnelle en relançant les anticipations d'inflation a accentué la hausse des matières premières dans leur globalité.
Une semaine après l'annonce le baril de pétrole avait gagné 5 dollars, l'once d'or 50 dollars pour arriver aux environs de 1400 dollars et le cuivre quasiment 6%.

Le potentiel de revalorisation dans les années à venir est semble-t-il important ?
Les valorisations sont très éloignées des niveaux observés avant la déroute de Lehman Brothers en 2008. L'indice Stoxx 600 basic ressources est à 40% de ses plus hauts de 2008. L'indice oil & gas est par ailleurs à 50% de ses plus hauts à la même période.

De quelle manière jouez-vous la thématique ?
On peut distinguer trois moyens de jouer les matières premières. En premier lieu, nous investissons sur les ressources de base (le cuivre, l'argent, l'aluminium…) via les sociétés minières. Une de nos convictions de ce point de vue est Anglo American, leader mondial de l'extraction de cuivre qui a publié récemment de bons résultats et dont le PDG met en avant des perspectives très optimistes sur la demande en cuivre dans les années à venir.

Une deuxième manière de jouer les matières premières consiste à miser sur le pétrole par le biais des sociétés de services pétroliers comme Technip, ou Saipem, filiale d'Eni que nous préférons aux sociétés pétrolières intégrées. Un baril durablement au dessus des 80 dollars satisfait à la fois les producteurs que les demandeurs de pétrole.

Enfin, il est également possible d'investir sur les valeurs spécialisées dans la chimie. En ce sens Rhodia nous semble un titre très intéressant qui tire profit de son positionnement sur les pays émergents. Le groupe a qui plus est une activité de transformation des terres rares (des métaux industriels utilisés dans les téléphones portables, les batteries de voiture, les ampoules à basse consommation etc.) qui lui confère un pricing power assez notable.

De quelle manière appréhendez-vous la volonté affichée par la Chine d'assurer un contrôle plus étroit sur ses exportations de terres rares ?

La Chine contrôle à ce jour 95% de la production de terres rares. Production dont elle a besoin pour alimenter ses propres entreprises. Rhodia a sécurisé ses approvisionnements par le biais d'accords avec des entreprises locales en Chine mais le risque existe effectivement que les autorités politiques du pays interviennent sur ces accords. C'est pourquoi Rhodia a décidé de conclure un contrat avec Lynas, une société australienne qui envisage de relancer sa production en terres rares en 2011.

Vous préférez Saipem à Technip. Pourquoi ?

Cette société italienne dispose d'un carnet de commandes plus important. Il est supérieur à 20 milliards d'euros.

Avez-vous un objectif de cours sur les principales convictions que vous avez mentionné ?
Nous n'avons pas à proprement parler d'objectif de cours parce que les valeurs liées aux matières premières sont naturellement très volatiles.
Rhodia affiche depuis le début de l'année environ 70% de performance. Saipem affiche une progression de 36%. Le potentiel est plus important sur Anglo American puisque la valeur a gagné 8,37% depuis le début de l'année.

Que représente la thématique dans votre gestion actions ?
Dans l'ensemble de notre allocation actions, la thématique des matières premières représente environ 20%. Nous pouvons monter jusqu'à 30%.

La forte volatilité du secteur sous tend-t-elle un horizon courtermiste et une gestion tactique des valeurs ?
Si l'on a une gestion de bon père de famille, il est possible de garder ces valeurs cinq ans.
Nous préférons pour notre part, afin d'optimiser nos performances, ajuster nos positions en fonction de la configuration du marché. Nous n'hésitons alors pas à augmenter ou à réduire nos positions.

Quels sont les principaux risques que vous pilotez ?
Un risque lié à des prises de bénéfices. Le secteur de la chimie est par exemple bien valorisé. Nous pourrions voir les investisseurs vendre massivement d'autant plus si nous entrons dans une phase de marché baissier consécutive au retour des inquiétudes concernant les dettes souveraines européennes. Ceci étant les corrections qui se dessineraient pourraient par la suite servir de point d'entrée pour les investisseurs qui ne seraient pas encore investis sur les matières premières.
La volatilité est également une contrainte que nous pilotons dans la mesure où nous sommes soumis à des limites de volatilité à ne pas dépasser en fonction des fonds.
Nous pouvons également faire face à des risques politiques. Ainsi, la décision de la Chine d'augmenter le taux de réserve obligatoire des banques pour contenir l'inflation a des conséquences directes sur les matières premières.

La politique menée par la Fed fait craindre à certains la création d'une bulle spéculative sur le compartiment des matières premières. Qu'en pensez-vous ?
C'est clairement un risque qui existe particulièrement sur des poches spécifiques comme l'or. C'est la raison pour laquelle nous ne sommes pas investis sur des valeurs aurifères. Nous préférons jouer l'or par des Etf adossés sur l'or physique.

Propos recueillis par Imen Hazgui