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Interview de Bernard Aybran : Directeur général délégué, responsable de la multigestion au sein d'Invesco

Bernard Aybran

Directeur général délégué, responsable de la multigestion au sein d'Invesco

Il est difficile d'envisager un redémarrage rapide de l'immobilier résidentiel américain

Publié le 06 Décembre 2010

De quelle manière voyez-vous évoluer la crise de la dette souveraine en Europe ?
La crise de la dette va continuer à être une obsession en général. Plus particulièrement la crise de la dette souveraine des pays de la zone euro n’a pas lieu de s’arrêter. Pour le moment nous avons des mécanismes mouvants. Entre le début de l’année et maintenant nous n’avons plus les mêmes mécanismes. Sur le fond il faut que l’on stabilise et que l’on simplifie ces mécanismes.
Dans la forme on a besoin d’une communication unique pour l’ensemble de la zone. Actuellement les chefs de gouvernement, les responsables de la BCE, du FMI parlent en ordre dispersé. Cela alimente la confusion. Tant que nous aurons cette confusion, la crise continuera à rythmer les marchés.

Qu’est ce qui selon vous apportera l’accalmie nécessaire au marché ?

La crise de la dette aux Etats-Unis et la zone euro sont deux sujets très différents même si des composantes des deux ensembles sont en réelle difficulté budgétaire. La Californie n’a rien à envier au Portugal à ceci près que d’un coté on a une cohésion politique, de l’autre non ce qui signifie que s’il n’y a aucune chance pour qu’il y ait techniquement un défaut sur la Californie du fait du soutien de l’Etat fédéral, il n’en est pas de même s’agissant du Portugal.
Tant qu’il n’y aura pas un lien direct, mécanique, voire constitutionnel entre l’ensemble des pays de la zone euro, il y aura des ambigüités et des interrogations.

Certains remettent en cause la crédibilité du quantitative easing outre Atlantique. Les indicateurs qui attesteront du bon fonctionnement de la politique de la Fed devraient résider dans l’emploi, le marché immobilier, et le rallye du marché des actions. Qu’en pensez-vous ?
Le marché de l’immobilier aux Etats-Unis n’affiche aucun signe de rétablissement. Pour que le marché de l’immobilier résidentiel s’améliore, il faudrait que les ménages se remettent à acheter des maisons. Nous avons environ 20% de ces ménages qui doivent rembourser un crédit plus important que la valeur de leur maison, ce qui fait plus de 12 millions de foyers. Par ailleurs le niveau de stock des maisons invendues est à un plus haut historique.
De ce fait peu optimiste, il est difficile d'envisager un redémarrage rapide de l'immobilier résidentiel américain.

Le marché actions américain fait une année 2010 correcte. Il est en voie de rétablissement.

On arrive sur de véritables niveaux de création d’emplois privés. S’il y a un bon signal en 2011, il devrait arriver du coté de l’emploi.

Les yeux des investisseurs sont également tournés du coté de la Chine. On craint un resserrement important des taux directeurs du fait d’une inflation galopante. Qu’en pensez-vous ?
Etant donné le rythme de croissance économique en général et de la consommation en particulier, la Chine a une propension à l’inflation qui est forte. Alors que la force de gravité pousse l’Europe et les Etats-Unis vers la déflation, cette même force de gravité pousse la Chine vers l’inflation.
Compte tenu d’une progression de son PIB à 10%, l’inflation normalisée de la Chine se situerait aux alentours de 4%.
Il y a déjà eu des resserrements monétaires, il y en aura encore. A court terme ces annonces de resserrement ont pour effet de décaler le marché. A moyen terme, ces resserrements constituent une bonne chose. Ils traduisent le fait que les autorités politiques et monétaires chinoisent ont a l’esprit de mettre tout en œuvre pour éviter la surchauffe et faire en sorte que 2011 ne soit pas 1997. Le pilotage est précis et sain.

Hormis les risques précédemment évoqués, voyez-vous d’autres risques de dérapage en 2011 ?
Il est toujours possible de voir des risques géopolitiques apparaitre. Les regards sont rivés sur la situation en Corée à l’heure actuelle. Il est trop tôt pour anticiper sur la suite des évènements mais typiquement nous ne sommes à pas l’abri de risques similaires l’année prochaine.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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