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Interview de Patrick Moonen : Stratégiste senior au sein de la société ING Investment Management

Patrick Moonen

Stratégiste senior au sein de la société ING Investment Management

2011 présentera tous les ingrédients pour être une bonne année sur les actions

Publié le 15 Décembre 2010

Quel regard portez-vous sur les perspectives des marchés actions l’année prochaine ?
Nous sommes d’avis que 2011 présentera tous les ingrédients pour être une bonne année sur les actions.
Tout d’abord, nous prévoyons une croissance bénéficiaire de l’ordre de 10 à 15% pour les marchés développés et d’une vingtaine de pourcentages pour les marchés émergents. Nous anticipons également une légère hausse des marges. Ces perspectives s’inscrivent dans un scénario de croissance économique de 4% au niveau mondial et dans un environnement de taux bas permettant un refinancement à un faible coût.

Un autre moteur de performance des marchés actions réside dans le niveau des valorisations. En absolu, le ratio cours/bénéfices des actions américaines est inférieur à la moyenne de ces 40 dernières années. En relatif, les actions sont très attractives par rapport aux taux obligataires. Le différentiel entre le rendement des bénéfices et les taux obligataires réels est à son plus haut niveau depuis 1980.

Par ailleurs, nous avons énormément de liquidités en circulation que ce soit au niveau des investisseurs ou au niveau des sociétés elles mêmes. Les sociétés européennes ont environ 650 milliards d’euros dans leur bilan. Les sociétés américaines ont quant à elles environ 1000 milliards de dollars de cash disponible.
Cette réalité nous amène à mettre en avant un quatrième et dernier élément au soutien du rallye des actions l’année prochaine : la dépense de cet argent disponible par différentes voies.

Lesquelles ?
Les entreprises seront amenées à racheter leurs propres titres afin de réaliser plusieurs objectifs. En premier lieu, celui de réduire le cout du capital en remplaçant des actions par des obligations bon marché. Le rachat des actions est également un moyen d’augmenter le rendement des fonds propres. Enfin, il permet d’accroitre les bénéfices par actions.

La forte trésorerie des entreprises les incitera par ailleurs à augmenter leurs dividendes. Les investisseurs sont à la recherche de revenus difficiles à trouver sur le monétaire ou sur l’obligataire.
En conséquence les dividendes deviennent une alternative de plus en plus importante. Le rendement des dividendes en Europe est aux alentours de 3,1% alors que le rendement du bund allemand est inférieur à 3%.
Nous pensons que certains dividendes pourraient connaitre une croissance dépassant les 10% principalement par un effet de rattrapage. Depuis le début de l’année, les bénéfices ont augmenté de presque 30%, mais les dividendes n’ont pas enregistré de croissance du tout.

Enfin, le cash conduira les entreprises à être fortement tentées de multiplier les opérations de fusions-acquisitions. Je pense que nous sommes qu’au début d’un nouveau cycle haussier en termes de M&A. Aujourd’hui près de 70% de ces opérations sont payées en cash alors qu’il y a dix ans ces opérations étaient principalement financées par un échange de titres.

Quel potentiel de progression envisagez-vous ?

Nous tablons sur un potentiel de rebond des marchés situé entre 10 et 15%.

Beaucoup craignent que les profits record actuels des entreprises ne se traduisent pas dans les faits par de une demande finale ce qui pourrait mettre fin à un cercle vertueux pour d’importants bénéfices l’année prochaines. Qu’en pensez-vous ?

Les cours n’ont pas suivi la croissance bénéficiaire surtout en Europe du fait de la crise de la dette souveraine. Les investisseurs avaient le sentiment que les risques étaient supérieurs en Europe que partout ailleurs.
Des doutes importants ont porté sur la durabilité de la croissance bénéficiaire avançant le fait que ces profits étaient surtout de fruit d’une coupe des dépenses.
Il me semble que la donne est en train de changer. Si nous analysons les résultats du deuxième et troisième trimestre, nous constatons que le chiffre d’affaires est orienté à la hausse et dans certains cas a dépassé les attentes des analystes.

Les propositions de Barack Obama pour étendre dans le temps les avantages fiscaux et la possibilité donnée aux sociétés de déduire leurs investissements en un seul coup ont vocation à accroitre les revenus disponibles des consommateurs et à inciter les entreprises à davantage procéder à des investissements.
Cela pourrait activer le cercle vertueux. En investissant plus, les entreprises engageront plus, la confiance des consommateurs augmentera, et cela favorisera les entreprises à davantage investir.

Même si les fondamentaux sont réunis, c’est la psychologie des investisseurs qui importera en 2011. Les incertitudes sont trop nombreuses pour que cette psychologie soit au rendez-vous ?
Pour le moment le sentiment des investisseurs vis-à-vis des actions est méfiant. Mais dans la mesure où ces investisseurs cherchent des revenus et que ces derniers ne sont plus disponibles dans les autres classes d’actifs, on verra de plus en plus se dessiner une réorientation vers les actions, et plus précisément vers les stratégies de dividendes.
Nous n’assisterons pas à une ruée massive de la part des investisseurs privés.
Mais les investisseurs institutionnels devraient être plus présents. Ces derniers ont fortement réduit leur exposition aux actifs risqués. Ils doivent réaliser un rendement suffisant pour couvrir tous leurs engagements. Ils sont alors obligés de se diriger vers les actions.

Vous pensez que cette réorientation aura lieu en dépit des contraintes réglementaires qui s’imposent notamment avec les nouvelles dispositions de Solvency II qui font la part un peu moins belle aux actions ?
Ces investisseurs ont tellement réduit la part d’actions dans leurs portefeuilles ces dernières années, qu’ils sont arrivés à un seuil très bas.

Quelle est votre allocation géographique et sectorielle ?
Sur une vision de 12 moins, nous avons géographiquement une préférence pour les marchés émergents. Si je tiens compte du parcours fulgurant qu’ont connu certaines sociétés européennes exposées à ces marchés, je pense que l’investissement direct dans les entreprises émergentes serait plus intéressant. A plus court terme, le marché Américaine offre les meilleures perspectives vu la révision à la hausse de la croissance économique et bénéficiaire.

Sur le plan sectoriel, nous restons favorables aux secteurs des matières premières et aux secteurs dans lesquelles les entreprises sont amenées à investir. Je pense par exemple au secteur des valeurs technologiques.
Le secteur que nous aimons le moins est clairement le secteur des utilities dont le versement de dividendes devrait être moins important à l’avenir. Les sociétés de collectivité publique sont confrontées à des investissements significatifs dans les années à venir. Elles ont des structures financières très lourdes et sont vulnérables à une hausse de la taxation du fait de l’incapacité à se servir de la menace d’une délocalisation à l’étranger.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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