Interview de Astrid Fredericksen : Gérant spécialisé sur les marchés émergents au sein de OFI AM

Astrid Fredericksen

Gérant spécialisé sur les marchés émergents au sein de OFI AM

Parmi nos principales convictions, les sociétés Shangdong en Chine, X5 en Russie et Hypermarcas au Brésil

Publié le 31 Décembre 2010

Une thématique que vous mettez en avant est celle des marchés émergents. En quoi vous distinguez-vous par rapport aux autres ?
Investir sur les marchés émergents nécessite une certaine expertise, une présence locale, une certaine appréhension culturelle. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour une délégation de notre gestion sur ces marchés auprès de professionnels spécialisés.

Nous avons ainsi noué une collaboration avec la société Lloyd George Investment Management pour la gestion Chine. C’est une société de droit anglais mais qui a des bureaux à Hong Kong. Les collaborateurs sont majoritairement d’origine asiatique.
Nous travaillons également avec East Capital pour nous positionner sur la Russie.

Nous pensons que sur le long terme une telle stratégie de gestion est plus porteuse en termes de génération d’alphas. Les marchés émergents ne sont pas à appréhender de la même manière que les marchés développés. Il ne suffit pas de faire simplement une réplication de stratégie américaine ou européenne appliquée à ces marchés. Pour identifier une bonne valeur de consommation chinoise, il faut connaitre les habitudes des consommateurs chinois.

Votre clientèle est purement franco-française. Ces derniers ont eu jusque là un peu de mal à revenir sur les émergents après les turbulences connues pendant la crise financière. Dénotez-vous un certain retour de l’appétit pour les actions émergentes ?

Le fonds a été lancé le 30 mars 2007. Il fait 95 millions d’euros aujourd’hui. On voit clairement un retour des investisseurs se dessiner. Ceci étant, même si nous avons surtout pour clients des investisseurs institutionnels, nous constatons un réel intérêt des CGPI sur cette classe d’actifs. Les règlementations mises en place consécutivement à la crise, notamment les nouvelles dispositions de Solvency II, devraient quelque peu retarder les flux, le temps de bien appréhender leurs implications.

Quelles sont actuellement les principales convictions que vous avez en portefeuille ?

Sur la Chine, la thématique de la santé et des équipements médicaux présente de très intéressantes opportunités. Le plan quinquennal chinois est en ce moment en discussion jusqu’en mars. Il définit les grands axes de la politique économique mise en place par le gouvernement. Est envisagé entre autre l’instauration d’un système de couverture sociale un peu à la française. Dans ce cadre, nous sommes investis sur la société Shangdong qui produit des seringues, des poches pour les transfusions pour les hôpitaux. La société a une part exportatrice importante, d’environ 40%. Elle bénéficie ainsi du développement des infrastructures liées à la santé dans les autres pays de la région.

En Russie, nous avons une forte conviction pour la chaine de supermarchés X5. Il n’y a dans le pays quasiment aucun acteur local. Les grandes chaines qui sont présentes sont Carrefour, Auchan…
X5 se distingue ainsi de par sa dimension et sa nationalité. La chaine intervient sur tous les secteurs du supermarché. Le rythme d’ouverture de magasins est relativement impressionnant. Doivent être ouverts 250 magasins en 2011. L’essentiel des ouvertures se feront en Russie sur l’ensemble du territoire sur une ligne qui irait de St Petersburg à Moscou.

Une dernière valeur phare est la société Hypermarcas au Brésil. C’est un distributeur de produits de grande consommation, en quelques sortes un concurrent d’Unilever. C’est une franchise un peu récente qui a moins d’une dizaine d’année, mais c’est une franchise qui a une stratégie très agressive de rachat de sociétés concurrentes. Le groupe est ainsi passé devant le groupe L’Oréal.
C’est une société totalement brésilienne de par sa structure. La stratégie a alors tout de suite très bien fonctionné. C’est ce qui leur a permis de gagner des parts de marché et c’est ce qui illustre le fait que l’aspect culturel est fondamental dans ces pays.

Quels vous semblent être les principaux risques à appréhender sur ces valeurs ?
Assez logiquement un ralentissement de la croissance plus fort qu’escompté. Ceci étant nous ne pensons pas du tout que nous seront confrontés à un arrêt brutal suffisant pour enrayer totalement les moteurs qui tournent à pleine puissance.

Nous pourrions avoir également un changement d’orientation politique de la par des autorités qui privilégierait un secteur donné plutôt qu’un autre secteur initialement mis en avant. Cependant nous croyons que les pays émergents ont appris de leur erreur du passé et qu’ainsi ils s’inscriront dans une certaine stabilité pour ne pas provoquer de chocs.

La licence QFII que nous venons d’obtenir pour gérer des actions Chinoises part A conforte notre conviction que cette zone connaîtra un fort intérêt de la part des investisseurs européens sur cette zone. Nous ne parlerons probablement plus de zones émergents assez rapidement.

Propos recueillis par Imen Hazgui