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Interview de Thierry  Gautier : Gérant au sein de GSD Gestion

Thierry Gautier

Gérant au sein de GSD Gestion

Parmi nos principales convictions, Antrim, Apache, Noble Energy, Dragon Oil

Publié le 14 Janvier 2011

Un secteur que vous appréciez particulièrement est le secteur pétrolier. Pourquoi ?
Nous sommes investis sur les valeurs pétrolières depuis plusieurs années et avons crée un fonds dédié – Energy Value - depuis trois ans. A l’époque le baril de pétrole valait 125 dollars. Nous avons été attirés par l’aspect asymétrique du pétrole qui peut être vu d’un certain coté comme un refuge anti crise dans son rôle de matières premières, ou encore une réponse à de l’inflation éventuelle , et d’un autre coté comme le moyen de profiter de la croissance économique pour son caractère cyclique.

Par ailleurs, ce secteur se caractérise par une vague importante de fusions-acquisitions qui sert de catalyseur aux cours. A l’instar du secteur pharmaceutique, les opérations sont initiées par des majors qui achètent des petites sociétés qui présentent un business model robuste, mais qui sont faiblement valorisées.

De quelle manière voyez-vous évoluer le prix du baril ?
Nous pensons que le prix du baril va s’orienter vers les 110 dollars. L’OPEP a signalé qu’il ne ferait rien en dessous de ce niveau qui ne devrait pas empêcher la croissance mondiale de se développer et de proliférer. Ce niveau devrait être porteur pour les valeurs pétrolières.

Quel vous semble être le prix d’équilibre ?
110 dollars est uniquement une première étape. Il est très probable qu’à long terme nous dépassions le niveau touché il y a trois ans.

Certains experts critiques la politique monétaire non conventionnelle de la Fed, estimant que l’abondante liquidité injectée est massivement placé sur les titres des pays émergents et les matières premières. On craint alors la formation d’une bulle spéculative sur ces compartiments ? Quid du pétrole ?

C’est quelque chose qui est très compliqué à mesurer. Cependant, autant nous pensons que nous ne sommes pas loin d’une bulle spéculative sur l’or, autant une telle affirmation est difficile à avancer sur le pétrole. L’évolution du prix du baril est liée à davantage de fondamentaux économiques, à des réserves qui existent mais qui sont de plus en plus difficiles a découvrir, à exploiter, et qui donc coutent de plus en plus cher à produire.

Qu’en est-il de la valorisation du secteur ?
Les grosses blue chips ne se paient pas du tout cher. Une société comme Total est valorisée 7-8 fois ses bénéfices.
Les sociétés intermédiaires sont un peu plus chères, mais demeurent à des niveaux attrayants.

En quoi consiste votre stratégie d’investissement ?
Nous sommes conseillés par des professionnels du secteur. La gestion du fonds est basée sur l'analyse technique pétrolière réalisée par le cabinet NRJIA, spécialisé dans le conseil et l'expertise dans les différents domaines de l'exploration et de la production pétrolière. Il s'appuie également sur un Comité Consultatif composé d'experts internationaux.

Ces experts savent notamment analyser et interpréter les communiqués rédigés par ces sociétés pour apprécier les perspectives. Dans la manière dont un directeur financier présente ses réserves ou ses perspectives, nous arrivons à ressentir plus facilement son degré de confiance et cela donne une idée sur les probabilités d’avoir de bonnes ou de mauvaises surprises.

A combien de valeurs estimez-vous votre univers d’investissement ?
Nous travaillons sur un univers global de 1200 valeurs. Une première sélection nous conduit a regarder de très près 350 valeurs pour la plupart cotées au Royaume-Uni, au Canada, ou aux Etats-Unis.

Quelles sont vos principales convictions ?
Une première valeur Antrim, société canadienne qui a une capitalisation de 150 millions de dollars. La société a plusieurs positions en mer du nord et un centre de profit en Argentine. C’est une cible potentielle pour des sociétés intermédiaires. Une société comme Premier Oil a déjà noué un partenariat stratégique avec Antrim. La ligne représente 3% de notre portefeuille. Le titre vaut 1 dollar canadien. Il peut progresser jusqu’à 1,50 dollar.

Une autre valeur que nous aimons, est la société Apache qui pèse 45 milliards de dollars. Outre les Etats-Unis, la société a une belle implantation en Afrique du nord, et notamment en Egypte. Le titre vaut 120 dollars. Notre objectif de cours est 160 dollars.

Nous apprécions également Noble Energy. La société fait 14 milliards de capitalisation. Elle a fait deux importantes découvertes récemment au large d’Israel. En plus d’une bonne assise huile, Noble Energy est également positionnée sur une forte réserve de gaz qui à notre sens n’est pas du tout valorisé à l’heure actuelle. Le titre vaut 80 dollars. Nous tablons sur un objectif de cours à 120 dollars.

Enfin, nous pourrions ajouter Dragon Oil, qui a déjà été la cible d’une OPA. La société a un champ de pétrole en plein développement au Turkménistan et le gaz associé nous semble mal valorisé.

Vous n’êtes pas investis sur les valeurs parapétrolières ?
Uniquement à la marge. Nous détenons Vallourec, Ensign, Ion Geophysical, Baker Hughes. Au global, nous détenons une cinquantaine de valeurs. Le cœur de notre portefeuille sont les sociétés de production pétrolières.

Quelles sont les principaux risques à surveiller ?

Pour chacune des sociétés, à l’instar de ce qui est arrivé à BP, un problème sur un puit qui couterait cher à la société, en plus de la mauvaise publicité et du drame écologique que cela engendre. C’est la raison pour laquelle nous nous efforçons de diversifier le portefeuille. Des risques géopolitiques sont également à prendre en compte.
Il peut y avoir un risque d’exécution des projets de la part des managements en place, mais c’est le risque inhérent à toute société, peu importe son domaine d’intervention.
L’évolution de la conjoncture économique n’est pas tellement un risque. Si la conjoncture est au beau fixe, alors la solidité de la demande soutiendra le prix du baril. Si en revanche, la conjoncture se dégrade, et que l’aversion au risque revient le pétrole retrouvera ses caractéristiques de matière première refuge.

Quel est votre horizon d’investissement ?
8 mois à un an si le scénario se concrétise rapidement en notre faveur. Cela peut aller jusqu’à trois ans, si le marché est plus compliqué, mais que nous restons convaincus de la pertinence l’investissement.

Propos recueillis par Imen Hazgui