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Interview de Michel Sapin : ancien ministre de l'économie et des finances

Michel Sapin

ancien ministre de l'économie et des finances

La dette et le déficit sont les ennemis des Socialistes

Publié le 07 Avril 2011

Parmi les critiques du programme du Parti Socialiste pour l’élection présidentielle, beaucoup d’économistes se sont montrés dubitatifs quant à votre scénario d'une croissance moyenne de 2,5% durant le prochain mandat, que leur répondez-vous ?
Contrairement, au gouvernement, nous ne croyons pas à une croissance de 2,5% dès 2012. Nous, nous tablons sur une croissance moyenne de 2,5% en moyenne entre 2013 et 2017. L’amélioration de la conjoncture internationale et le changement de politique économique en France nous permettront d’atteindre cet objectif. Je rappelle que ce taux a déjà été atteint par le passé, notamment entre 1997 et 2002.

Y a-t-il un plan B, si ce taux n’était pas atteint ?

Il y a un paramètre intangible pour nous, c’est de réduire le déficit et l’endettement. Nous inverserons la courbe de la dette dès 2014 et afficherons un déficit public inférieur à 1,5% en 2017. Notre programme a été étudié d’une façon suffisamment sérieuse pour être modulable et adaptable dans le temps. Nous prendrons donc les mesures qu’il faudra pour respecter cet objectif impératif de réduction de la dette publique en France. Mais, il y a aussi l’hypothèse que nous faisions plus que 2,5% de croissance, comme entre 1997 et 2002, auquel cas, nous allouerons les excédents exclusivement à la baisse de la dette. Nous le répétons, la dette et le déficit sont les ennemis des socialistes.

Beaucoup ont critiqué les 300.000 emplois d’avenir qui ressemblent aux emplois jeunes de l’ère Jospin. Etes-vous sur que ce type d'emplois fait vraiment rêver les jeunes ?

Nous ne demandons pas la suppression du crédit impôt recherche, mais à l’orienter davantage vers les PME qui en ont le plus besoin.

De nombreuses études ont montré le bien fondé de ces mesures. D’après la Dares, 85% des jeunes qui avaient contracté un emploi jeunes ont trouvé à l’issue de ces contrats, un CDI. Par ailleurs, les emplois jeunes ont été un des éléments principaux de la forte croissance des années 1997 -2002. Il y a un point sur lequel tout le monde pourra être d’accord, c’est que la proportion du chômage des jeunes à la sortie de leur cursus scolaire est devenue insupportable.


Vous avez expliqué que cette mesure ne pouvait s’accompagner que par une vraie politique industrielle. Mais le programme socialiste ne veut toucher ni aux charges sociales ni au temps de travail, ce que réclament pourtant les entreprises…
Il faut sortir de ce schéma qui limite les efforts de productivité qu’à travers les baisses de salaires et la hausse du temps de travail. Nous ne sommes pas dans une comparaison avec les travailleurs chinois, nous militons pour une amélioration de la productivité par le haut c'est-à-dire les qualifications, les innovations, les technologies, la recherche publique. C’est comme cela que le parti socialiste veut préparer l’avenir.

En parlant d’innovations et de recherches, vous souhaitez recadrer le dispositif de crédit impôt recherche auxquelles les entreprises sont très attachées. N’est ce pas en contradiction avec votre volonté de politique industrielle ?

Plusieurs études menées notamment par la Cour des Comptes et l’inspection générale ont montré que les entreprises qui profitent le plus du Crédit impôt recherche, sont les plus grosses entreprises. Elles en profitent directement soit par le biais de filiales qu’elles créent à cet effet. Ces entreprises ont pourtant tout à fait les moyens de mener leurs R&D, voire même de la recherche fondamentale, sans l’aide de l’Etat. Nous ne demandons pas la suppression du crédit impôt recherche, mais à l’orienter davantage vers les PME qui en ont le plus besoin.


Votre politique industrielle ne va-t-elle pas souffrir d’un euro fort qui est prônée par la Banque Centrale Européenne ?
La difficulté de l’euro, c’est l’absence du politique dans sa gestion. Je crois nécessaire qu’il y ait plus de coordination entre les Etats-membres afin de définir une politique de change plus cohérente avec les politiques publiques. Je pense qu’il faut d’ailleurs aller plus loin et envisager également une meilleure convergence dans les politiques fiscales. Pour résumer, nous appelons à une vraie politique économique européenne, conformément au traité de Maastricht.

Est-ce à dire qu’il faut revenir sur l’indépendance de la Banque Centrale Européenne dans la définition de sa politique monétaire ?

Si vous regardez les Etats-Unis, il n’y a aucune contradiction entre la politique monétaire qui relève de la Réserve Fédérale, et la politique de change qui est davantage guidée par le trésor.

Nous ne reviendrons pas sur le principe de l’allongement de la durée de cotisation



Est-ce que les Socialistes ont évoqué la question de la TVA sociale et des 35 heures, deux sujets très polémiques y compris dans vos propres rangs ?
Nous ne sommes pas favorables à la TVA sociale, parce que ce n’est qu’un habillage pour augmenter la TVA et donc baisser le pouvoir d’achat des français. Nous avons plutôt mis en avant une TVA modulable afin d’encourager les politiques environnementales. Cette mesure n’a d’intérêt que si elle est étendue à l’échelle européenne. S’agissant des 35 heures, la question ne se pose plus puisque cela n’existe quasiment plus dans la législation française.

Est-ce une manière d’acter les mesures de « détricotage » des 35 heures menées par la droite depuis 2002…
Ce que nous n’admettons pas c’est l’encouragement aux heures supplémentaires qui n’ont d’utilité qu’en période de croissance et de plein-emploi. Nous souhaitons supprimer cet aspect.

Est-il réellement pertinent de revenir sur le report de l’âge légal à la retraite qui a déjà donné lieu à beaucoup de conflits sociaux ?

Nous ne reviendrons pas sur le principe de l’allongement de la durée de cotisation. Mais il nous parait juste de revenir sur le seuil des 60 ans, notamment pour ceux qui ont commencé à travailler très tôt. Par ailleurs, il faudra bien sûr mieux intégrer le paramètre de la pénibilité au travail.

Propos recueillis par Nabil Bourassi