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Interview de Emmanuel Painchault : Fund Manager - Edmond de Rothschild Asset Management

Emmanuel Painchault

Fund Manager - Edmond de Rothschild Asset Management

Valeurs pétrolières : dans une telle période de crainte, il faudrait privilégier les majors comme Total ou BP

Publié le 10 Août 2011

Le prix du pétrole à New York perdu plus de 10% en près d'une semaine. Comment expliquer cette tendance? La perte du triple A américain est-elle à l’origine de ce phénomène?
C’est une raison parmi d’autres. Aujourd’hui, les marchés sont surtout dans une grande incertitude, craignant une nouvelle récession. Ils anticipent donc une baisse de la demande de pétrole, ce qui pousse les prix à la baisse.

Le souvenir de 2008 effraie également les marchés. Cette année là, en pleine période de crise, le prix des matières premières avait fortement chuté.
Ceci étant, les situations ne sont pas comparables, et je ne pense pas que les prix sont amenés à baisser durablement.

Jusqu’où voyez-vous le cours de l’or noir baisser ?
Il faut distinguer le cours du Brent et du WTI qui ont chacun leurs spécificités.

Dans l’incertitude du contexte actuel, le Brent a relativement bien résisté. La baisse actuelle n’est à mon sens que passagère. En effet, les pays de l’OPEP ont aujourd’hui intérêt à maintenir les prix, pour ne pas pénaliser leurs budgets en évitant bien sûr de reproduire la situation de 2008. Les prix bien trop élevés avaient tué la demande, la poussant à se tourner vers les énergies alternatives. Si la baisse s’avère donc trop forte, ils réduiront leur production, qui a eu tendance à augmenter ces derniers mois, permettant d’enrayer la baisse des prix.

Ensuite, il existe une problématique spécifique inhérente au cours de pétrole américain WTI, coté à New York. La formation de son prix explique en partie la baisse plus importante de son cours comparé au Brent. Du fait de la multiplicité des pipelines qui se rejoignent en un même point (Oklahoma), où se forme le prix, l’offre est en hausse, les capacités de stockage sont pleines et il n’y a pas de possibilité d’exportation. Celle-ci est disproportionnée par rapport à la situation économique actuelle où les perspectives de croissance sont faibles. Eloignée des fondamentaux économiques, la baisse des prix est donc d’autant plus marquée.

A la lumière de ces récents évènements, quel est votre sentiment sur les valeurs pétrolières et parapétrolières?
La situation parait difficile. D’un côté, les fondamentaux demeurent solides. Les prix du pétrole restent élevés, bien qu’ils baissent. D’autre part, les sociétés conservent des bilans solides et bien meilleurs qu’en 2008. Cependant, le sort de ces valeurs ainsi que celui des marchés en règle générale, se situe actuellement entre les mains des politiques. Face à un manque de visibilité total, nous sommes dans une période d’attente où les résultats des sociétés ne comptent finalement plus beaucoup. En tout cas, dans une telle situation, il vaut mieux attendre plus de visibilité avant de faire tout nouvel achat.

Néanmoins si investissement il devait y avoir, dans une période de crainte, il faudrait privilégier les majors pétrolières et laisser de coté les services pétroliers.

Propos recueillis par Léa Deglaire