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Interview de Guy Maisonnier : Economiste à IFP Energies nouvelles (Institut français du pétrole)

Guy Maisonnier

Economiste à IFP Energies nouvelles (Institut français du pétrole)

Le baril de Brent pourrait passer sous la barre des 100 dollars

Publié le 12 Août 2011

Quel regard portez-vous sur la forte baisse du cours du pétrole, plus de 10% en l’espace de quelques jours ? Doit-on mettre en cause la crise de la dette souveraine ou les fondamentaux du marché ?
Les deux raisons sont effectivement valables.

D'une part, faute de visibilité, les opérateurs se délestent de certains actifs, dont le pétrole, faisant chuter le prix du baril de Brent londonien de 120 à 105 dollars environ en quelques jours. On avait connu ce même phénomène en 2008, mais avec plus d'ampleur. D’autre part, avec la dégradation de la note américaine, les marchés prennent conscience que la crise de la dette va inévitablement peser sur la croissance des pays occidentaux. Ainsi, les prix se réajustent en fonction de ces anticipations.

Les diverses prévisions de la consommation de pétrole sur les prochains mois ne semblent pas s’accorder. L’OPEP et le Département de l’Energie des Etats-Unis révisent de manière plus importante leurs prévisions comparativement à l’AIE. De quelles perspectives annoncées vous rapprochez-vous le plus?
Effectivement, l’OPEP a légèrement révisé ses prévisions de la demande brute de pétrole, en raison d'un réajustement baissier de la croissance américaine à 2,3% en 2012, un rythme qui reste cependant soutenu. L’AIE, quant à elle, propose deux scénarios: l'un fondé sur une croissance soutenue à plus de 4 % peu affecté par la crise, le second moins optimiste autour de 3 %. Cela impacte fortement la progression de la demande en 2012, estimée à 1,6 millions de barils par jour (Mb/j) dans un cas ou à 0,6 Mb/j dans l'autre.

Ces prévisions envoient un même message : incertitude majeure au niveau mondial et rôle important de la croissance américaine sur le contexte général.

Une différence majeure dans les estimations délivrées par ces instituts réside dans la prise en compte de la consommation des japonais suite à l’arrêt des centrales nucléaires. Qu’en pensez-vous ?
Par rapport aux incertitudes économiques, l'effet de la demande japonaise de pétrole est marginal. La demande japonaise jouera en revanche un rôle important, sur le marché du gaz liquéfié, avec un effet potentiel en Europe. Au Japon, les prix du gaz sont déjà sous tension : ils sont passés de 9 à 14$/MBtu depuis mars dernier.

Sur quelles évolutions tablez-vous pour l’année 2011 ?
Jusqu'à présent, le scénario des marchés tablait sur une croissance mondiale à plus de 4 % pour 2011 et au-delà. Dans ce schéma, un prix d'équilibre du baril entre 110 et 120 dollars était envisagé compte tenu par ailleurs du contexte libyen.

Les marchés ont désormais en tête un deuxième scénario de révision significative à la baisse de la croissance, entraînant une moindre demande de pétrole brut. Le prix du baril de pétrole tournerait alors aux alentours de 100 dollars.

Si la situation en Libye se dénoue, permettant un retour progressif des exportations pétrolières, le baril pourrait même passer sous la barre des 100 dollars.

Comment expliquez-vous la volatilité des cours ces jours-ci?
Le marché n'a pas encore tranché sur la correction à apporter à la croissance économique, d'où cette volatilité. La FED américaine a envoyé ce mardi deux messages : soutien de l'économie, mais la croissance risque d'être plus faible malgré tout. Ce deuxième point inquiète les marchés, comme la situation d'ailleurs en Europe toujours fragile.

Propos recueillis par Léa Deglaire