Interview de Leslie  Griffe de Malval : Analyste chez IT Asset Management

Leslie Griffe de Malval

Analyste chez IT Asset Management

Parmi nos principales convictions, Google, Apple et Qualcomm

Publié le 18 Août 2011

Quel regard portez-vous sur le rachat de Motorola Mobility par Google ?
Cette acquisition est la plus grosse acquisition faite par Google. Elle s’inscrit dans la bataille des brevets qui oppose les différents acteurs du monde de la mobilité (tablettes, téléphones) comme Apple, Microsoft, Qualcomm, Google, Motorola...

Certains acteurs, comme Google, société encore relativement jeune, se sentent menacés par le fait de ne pas avoir les bons brevets ou le fait de ne pas en avoir suffisamment.
Ce rachat vise donc à permettre à Google de se doter d’un portefeuille de brevets suffisamment significatif et intéressant en rapport avec les terminaux mobiles afin de renforcer le positionnement d’Android et de défendre ses intérêts ainsi que ceux de ses partenaires face à des concurrents mieux armés.

L’opération vous a-t-elle surpris ?
Je m’attendais à ce que Google rachète la partie brevets de Motorola, mais pas forcément la partie téléphonie mobile et décodeurs TV. Je pense que Google n’a pas eu le choix de faire autrement.

Le rachat de Motorola Mobility s’est fait pour un montant de 12,5 milliards de dollars, avec une prime de 60% par rapport aux cours de vendredi 12 août.  Cela ne vous semble-t-il pas excessif ?
Le prix peut paraître élevé. Il faut dire que l’enjeu était de taille tant le potentiel de nuisance (paiement de royalties élevés, interdiction de vente, etc.) de cette guerre des brevets est important . Toutefois, il n’existait pas de portefeuille de brevets aussi important et attractifs que celui de Motorola à acquérir. Il y a un effet rareté.

De plus, si en retirant le cash de la cible, le prix est de 9 milliards de dollars. Cela représente à peine le quart du cash de Google qui s’élève à 40 milliards de dollars.

Google a décidé d’opter pour une marque jugée obsolète, qui n’a jamais réussi à s’illustrer sur le segment des smartphones… RIM avec son BlackBerry n’aurait il pas été mieux indiqué ?
Il faut bien distinguer l’importance de la marque et l’importance du portefeuille de brevets.

La marque Blackberry peut être plus forte que celle de Motorola mais le portefeuille de brevets technologiques de RIM était beaucoup moins étoffé que celui de Motorola.

Il vous semble préférable que Google revende à terme la partie téléphonie mobile et décodeur TV...
Cela aurait plus de sens stratégiquement parlant. Google avait déjà tenté de lancer son propre téléphone mobile, le Nexus One fabriqué par HTC, mais cela a été un relatif échec. Ce n’est pas le métier de Google de faire des terminaux. La société est davantage spécialisée dans la recherche, le Software-as-a Service (Saas) et la monétisation des contenus. Le téléphone avait, par ailleurs, peu de débouchés de distribution. Son lancement sur le marché était surtout une manière pour Google de donner le ton sur les capacités d’Android et mettre en évidence ce qu’il est possible de faire avec ce système d’exploitation.

Pensez-vous qu’avec cette acquisition Google est suffisamment armée pour faire face à la concurrence ?
Oui. Motorola est un des acteurs les plus anciens dans le monde de la téléphonie mobile avec près de 17 000 de brevets, plus 7500 qui sont en cours de validation.
Google va pouvoir faire peser d’un plus grand poids dans les négociations avec ses concurrents.

Mis à part Google, qui sont les autres acteurs bien armés pour la compétition ?
Apple, Microsoft, Nokia, Ericsson, Qualcomm.

Si l’on devait envisager trois convictions majeures en termes d’investissement…

Il faudrait opter pour Google, Apple et Qualcomm.
Qualcomm est un fabricant de processeurs pour tout ce qui est terminaux mobiles et tablette. La société est bien positionnée dans le développement des smartphones, des tablettes. Elle a une avancée technologique importante. Elle perçoit également des royalties sur les brevets qu’elle a dans la 3G et dans la 4G.

Établissez-vous des objectifs de cours ?

Je ne peux pas donner de chiffre. Cependant le potentiel de progression est important par rapport au cours actuel dans un horizon d’un an. Les moteurs tournent à plein régime ou sont en train de s’allumer pour les trois valeurs.

Quels sont les risques principaux qui pèsent sur ces valeurs ?

On a des risques globaux et des risques qui sont propres à chaque valeur.
Parmi les risques globaux, il y a bien entendu le fort ralentissement de la croissance mondiale. Un double dip aurait des répercussions négatives. Ce n’est cependant pas notre scénario central tant le secteur infotech est devenu essentiel pour les consommateurs et les entreprises délivrant de la valeur même en temps de crise.
Le manque de brevets ou la détention de brevets insuffisamment puissants pourrait être un autre handicap pour le développement de ces sociétés.

Quels sont les points à suivre valeur par valeur ?
Pour Apple, il y a la santé de Steve Jobs, et la forte croissance d’Android.
Pour Google, il y a également le développement d’Android une forte baisse des dépenses publicitaires et une absence de monétisation des nouvelles activités.
Pour Qualcomm, une guerre des prix dans les processeurs pour terminaux mobiles.

Entre ces trois valeurs, laquelle présente le potentiel d’appréciation le plus importante ?

Google parce qu’il commence à monétiser Youtube, les investissements réalisés dans Android, et son offre de cloud computing.

Qu’en est-il de Microsoft ?
Microsoft est une histoire compliquée. Il y a des parties intéressantes comme la Xbox ou la partie entreprise. Mais on a aussi beaucoup de points d’interrogation autour de tout ce qui est mobile, la domination de Windows qui vacille et le cloud computing.


Propos recueillis par Imen Hazgui