Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Pédro Novo : Directeur régional Ile-de-France d'Oséo

Pédro Novo

Directeur régional Ile-de-France d'Oséo

Financement des PME : une nouvelle page de l'histoire devrait être écrite

Publié le 16 Novembre 2011

Quel regard portez-vous sur les difficultés de refinancement rencontrées par les PME dans ce contexte de crise économique et financière ?
Nous sommes face à un marché du refinancement relativement tendu. Même si du coté des entreprises, certains acteurs sont amenés à ralentir leur politique d’investissement, n’ayant pas suffisamment de visibilité pour se lancer dans un projet de rupture sensible qui pourrait mettre en difficultés l’équilibre de l’activité, il apparait évident que les conditions de refinancement des banques se sont durcies. Ces dernières ont tendance à être plus exigeantes en termes d’apport, de garantie, de taux d auto financement, de solvabilité…

Comprenez-vous cette restriction des banques ?

Le contexte national et international qui n’est pas propice à l’activité bancaire. La mise en œuvre de la règlementation Bâle III prévue initialement pour 2019 a été avancée à juin 2012 compte tenue de la crise de confiance observée sur le marché interbancaire, et afin de pallier au risque de liquidité.

Cela a vocation à conduire à une situation plus vertueuse en ce que nous devrions voir plus claire dans les engagements bancaires. Cependant, cela a pour effet immédiat d’accélérer le phénomène d’assèchement de l’économie réelle.
Parallèlement au renforcement de leurs fonds propres, les établissements bancaires sont contraints d’alléger leur rôle de préteur vis-à-vis de tiers.

Cette tendance a vocation à perdurer ?
Je le crains. Le crédit devrait devenir plus rare et plus cher que par le passé. Les leviers en termes de levée d’endettement devraient être réduits, et en face le prix du risque devrait être adapté à chaque dossier. La discrimination, la sélectivité devraient se renforcer.

La nature a horreur du vide. Comment faire pour combler le gap ? Comment éviter que les entreprises se retrouvent en difficultés de trésorerie en raison d’un parterre bancaire qui restreint son robinet ?

Pour rééquilibrer la donne nous devons compter sur la création de nouveaux outils de financement avec la participation des investisseurs : assureurs, fonds d’investissements, particuliers notamment à travers les investissements défiscalisant au capital des entreprises…

Nous devrions assister ainsi à l’ouverture grandissante du capital des entreprises, à l’élargissement de leur tour de table.

Des mesures dans le domaine de la fiscalité doivent être adoptées, par exemple pour inciter les entreprises à investir leurs bénéfices dans leurs fonds propres. L’idée serait d’alléger la fiscalité de ces entreprises à la différence des entreprises qui distribuent leurs bénéfices à leurs actionnaires.

C’est une proposition mise en évidence dans le dernier rapport de la CCIP intitulé, «Quel avenir pour le financement des entreprises non cotées». Parmi les autres solutions avancées, nous avons le doublement du plafond des investissements des particuliers dans le dispositif Madelin ?

Je ne suis pas sûr que cela soit la proposition la plus puissante. Lorsque l’on compare le dispositif Madelin à d’autres offres dans des pays tiers, comme le Royaume-Uni, on s’aperçoit qu’il est assez faible. Outre Manche, le plafond du dispositif a été levé à 1 million de livres par personne. Nous sommes dans l’hexagone à une centaine de milliers d’euros. Un doublement de ce montant ne changera pas radicalement la donne.

Cependant c’est la réunion de petits ruisseaux qui va faire la grande rivière.

Deux autres options ont été évoquées, la création d’une taxe sur les contrats d’assurance vie qui permettrait de d’orienter l’épargne placée dans ce produit chouchou des français directement vers les PME, et le développement d’un marché obligataire en s’appuyant sur une plateforme qui permettrait une émission de titres de dette sécurisées.
Le marché obligataire est un mécanisme qui pourrait avoir de l’avenir mais qui reste à négocier. Oséo serait directement impliqué en se portant garant d’une partie des dettes souscrites. Cela suppose une définition des rémunérations adéquates. Les garanties doivent en cela être conformes à la politique de risque. La démarche de rentabilité attendue par les investisseurs qui souscriront à ces titres doit être bien établie.
L’idée serait de syndiquer les obligations des PME pour une demande plus globale et de piloter le risque en en ayant une bonne lecture. L’investisseur ne placerait pas son argent dans une PME spécifique mais dans un portefeuille de PME réunis dans un même véhicule. Cela permettrait d’orienter l’épargne des français qui est très abondante.

A coté de ces outils nouveaux en fonds propres, en fiscalité, sur des obligations d’entreprises cumulées… des outils anciens méritent d’être confortés…

On peut mentionner la consolidation des dispositifs de leviers de garanties comme ceux d’Oséo. Ces garanties sont destinées aux banquiers pour encourager leur activité de prêt aux entreprises. Ils sont aujourd’hui insuffisants.
La structure Oséo en elle-même devrait également être renforcée pour permettre d’étendre la possibilité d’octroie de crédits.

Vous estimez que cela serait beaucoup d’efficacité pour peu de moyens engagés...

Les ressources d’Oséo sont majoritairement des ressources de la Caisse des Dépôts et du marché. Les fonds de garantie sont dotés annuellement et alimentés avec des forts effets de levier, mettant en relief la capacité d'entraînement du modèle économique d'Oseo.

On note également une diversification des ressources au travers de l'émission obligataire réussie à hauteur de 1 Milliards d'Euros et sur-souscrite témoignant de la confiance du marché dans le modèle Oseo.

Quelle est la proportion des dotations budgétaires d’Oséo actuellement ?
Les Interventions dotations sur budget Innovation d’Oséo Innovation sont de l’ordre de 650 millions d’euros en 2011 au travers de 3 programmes à savoir Aide à L'Innovation (AI pour 350 M€), le Fonds Unique Interministériel (FUI pour 160 M€) et enfin le programme Innovation Stratégique Industriel (ISI pour 130 M€) alors que le financement d’investissement est quant à lui de l’ordre de 3 Millards de Financement direct OSEO et 1 Milliard de Prêt bancaire garantis par Oseo De plus en plus nous allons vers de l’ingénierie qui cherche à optimiser l’argent public, grâce auquel 29 Milliards d'Euros auront été mobilisés au profit des entrepreneurs français.

Oséo est directement impacté par l’augmentation du taux de rendement des OAT ?
Nous avons effectivement les mêmes contraintes de marché. Mais nous ne rencontrons pas de problème de liquidité. lLa confiance des marchés en notre modèle
Si le spread venait à se maintenir à ce niveau ou à augmenter, vous seriez amenés à réduire la voilure de votre de levée de fonds sur le marché ?

Il est possible, si la tendance se poursuivait dans cette proportion, que nous soyons amenés à rencontrer des problèmes analogues à ceux d’autres prêteurs. Ceci étant, à ce jour, nous devons être le seul établissement financier en Europe à avoir un triple A par Standard & Poor’s.

Etes-vous à ce stade inquiet pour la suite des évènements ?

Je ne suis pas inquiet. Toute crise génère des opportunités comme l’indique la théorie de la destruction créatrice. Cette crise va nous permettre d’élargir le champ des possibles. De nouvelles pratiques devraient émerger. Une nouvelle page de l’histoire devrait être écrite avec, moins de crédit, plus d’ingénierie financière, moins de distribution de dividendes…
Le programme présidentiel de l’année prochaine va faire foisonner les différents think tanks en matière de financement d’entreprises pour concevoir de outils de financement hybrides alliant public et privé, permettre un effet de levier plus fort, une structuration des ressources patientes à partir desquels l’entreprise pourra bâtir une stratégie à moyen terme.

Propos recueillis par Imen Hazgui