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Interview de Antoine  Colboc : Responsable de l'activité capital risque au sein de Crédit Agricole Private Equity et membre du comité directeur de Croissance Plus.

Antoine Colboc

Responsable de l'activité capital risque au sein de Crédit Agricole Private Equity et membre du comité directeur de Croissance Plus.

Les fonds de Private Equity doivent faire face à de réelles difficultés

Publié le 16 Novembre 2011

Quel regard portez-vous sur le financement des PME par les fonds de Private Equity à l’heure actuelle ?
Les fonds de Private Equity principalement souscrits par les banques et les compagnies d’assurances doivent faire face à de réelles difficultés.
Ces investisseurs institutionnels qui normalement portent les ressources longues se trouvent soumis depuis l’apparition de la crise en 2008 à un renforcement des contraintes réglementaires qui tend à les faire sortir des investissements les plus consommateurs en fonds propres et donc à réduire fortement leur exposition au financement en fonds propres des entreprises.
On peut comprendre les raisons de réduire l’exposition au risque de ces investisseurs. Cependant on a un peu jeté le bébé avec l’eau du bain en coupant la première source de financement long terme des entreprises.

Les collectes (montants mobilisés auprès des banques, assurances et
particuliers) ont sensiblement baissé depuis quatre ans. Cela ne s’est traduit inévitablement en 2011 au niveau des investissements en raison de l’effet stock.
En effet, entre le moment où les fonds lèvent l’argent et où ils ont tout investi, 1l se passe entre deux à trois ans.
Les levées de fonds de FIP et SCPI, fonds souscrits auprès des particuliers, qui bénéficient d’un avantage fiscal ISF ou IR représentaient environ 1,2 milliard d’euros en 2008, et 800 millions en 2010.
En 2012, nous devrions donc avoir en raison de la baisse des engagements des années passées, une baisse consécutive et inévitable des investissements.

La situation a été un peu altérée par une situation particulière ?
Les fonds publics et les fonds d’investisseurs privés qui bénéficient d’avantages fiscaux ont permis de compenser la baisse de la présence des investisseurs institutionnels. Le marché du capital risque en France était il y a dix ans alimenté à 75% par des fonds institutionnels et à 25% par des fonds grand public. La donne s’est inversée pour des montants qui varient selon les années entre 500 millions et 1 milliard d’euros par an.
Cela a permis pendant que les investisseurs institutionnels repliaient un peu la voile de trouver auprès des investisseurs particuliers un relai d’investissement et de financer quelques milliers d’entreprises et quelques dizaines de milliers d’emplois.

On est rentré aujourd’hui dans une espèce de chasse à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une niche fiscale. Le financement des entreprises innovantes à travers ces fonds communs de placement à l’innovation sont des niches fiscales de l’ordre de 25% sur l’IRPP, de 50% sur l’ISF. Elles ont subi depuis deux ans la politique du menuisier, dite du rabot, et vont finir par disparaitre au train ou vont les choses. L’investisseur particulier ne va pas continuer à investir dans ces fonds s’il n’a pas un minimum de rendement supplémentaire assuré grâce à cette politique fiscale.

La présence des investisseurs institutionnels a été fortement réduite par les réglementations prudentielles et celle des particuliers par une remise en cause de la politique fiscale attractive dans environnement ou domine l’austérité… Pour tenter de compenser ce déficit du marché, l’Etat a essentiellement réagi par l’intermédiaire des fonds public, FSI, Fonds numérique, Fonds national d’amorçage. Cette multiplication des fonds publics parait toutefois risquée...
La création de ces fonds coute cher, n’aide pas à assainir les finances publiques. D’une part, nous n’avons pas d’effets de levier contrairement à des dispositifs fiscaux qui permettent de mobiliser de l’argent privé à hauteur de 2 ou 3 fois l’équivalent de l’argent public. Ensuite, nous n’avons jamais vu l’Etat être le meilleur actionnaire des PME.
Or en France on a une épargne très importante qui est investi de manière principalement stérile. Il est plus rentable d’investir son argent dans de l’assurance vie qui rapport 3% en étant certain qu’on ne sera pas fiscalisé, qu’investir son argent dans une PME avec plus de risque et une fiscalisation de la plus value.
Le dispositif est fait pour mobiliser l’épargne populaire et financer le déficit de l’Etat alors qu’il devrait être organisé pour financer les entreprises qui vont par leur activité réduire le déficit de l’Etat. A de l’épargne fertile est opposée de l’épargne stérile.
La politique économique et fiscale doit encourager ceux qui ont des économies à les faire circuler dans des actifs et non les faire dormir dans un compte en banque. C’est un des objets du récent rapport de la Chambre de commerce de Paris intitulé : Quel avenir pour le financement à long terme des entreprises non cotées ?

Une des préconisations alors faite par ce rapport est de doubler le plafond du dispositif Madelin. Qu’en pensez-vous ?
Ce dispositif permet aux particuliers qui investissent en direct ou via un fonds dans une entreprise de bénéficier de 25% de réduction d’impôt sur le revenu. Un investissement de 10.000 euros permet de déduire 2.500 euros. Le dispositif est plafonné à 20.000 euros par personne et 40.000 euros pour un couple. Le dispositif britannique est plafonné à 1 million d’euros.
Le problème est que les autorités publiques se heurtent à la critique selon laquelle cela va favoriser les riches, mais il faut bien mobiliser les fonds, là où il est.
Je ne serai pas pour doubler le plafond, mais pour le tripler ou le quadrupler.

Le rapport recommande également l’allégement de l’impôt sur les sociétés pour les bénéfices réinvestis dans les fonds propres et le développement d’un marché obligataire dédié aux PME.
C’est une disposition dont on a fait la promotion au niveau de Croissance Plus et qui nous parait tout à fait vertueuse. Cela revient à favoriser l’auto financement des entreprises.
Le marché obligataire des PME est un marché peu exploité qu’il est opportun de développer en France. Il serait intéressant pour le marché de s’ouvrir un peu plus sur ces obligations.
Il faudra néanmoins veiller à ce que les souscripteurs aient les moyens d’analyser le véritable risque.
Autant l’épargnant peut être pratiquement assuré qu’une société comme France Telecom ne devrait pas faire faillite dans les années à venir et être en mesure de rembourser une obligation émise pour 2017, autant la certitude n’est pas aussi forte s’agissant d’une PME lambda.
Il faudra, par ailleurs, faire attention à ne pas faire reposer tout le financement de la PME sur la tête des particuliers. En cela, il sera important de pouvoir également compter sur les investisseurs institutionnels et les entreprises.

Il vous semble essentiel en cela de consolider la relation grandes
entreprises-PME ?

Jusque là les grandes entreprises tenaient à bout de laisse les PME et avaient sur elles droit de vie ou de mort. Le partenariat doit être gagnant en améliorant et en rendant plus transparent les délais de paiement, en facilitant les problèmes de trésorerie....

Le rapport de la CCIP avance deux autres propositions pour diriger l’épargne des ménages français vers les PME, la modulation de la fiscalité des contrats d’assurance vie en fonction du risque et de la durée du blocage et le relèvement du plafond du Livret de développement durable de 6 000 à 8 000 euros…
La modulation de la fiscalité de l’assurance vie est une chose que l’on promeut depuis longtemps, autrement dit, différencier les contrats d’assurances vie, selon qu’ils sont investis en fonds en euros ou en unités de compte, encourager les placements risqués par rapport au placement non risqué. Il est illogique de traiter de la même manière en termes de fiscalité ces deux types de placements. Il y a lieu de donner un avantage à l’épargne qui place son argent auprès des PME.
Augmenter le plafond du LDD me parait pertinent à condition de contrôle la manière dont les encours sont orientés.

La plupart des mesures proposées conduisent à l’accentuation de niches fiscales. Dans un environnement caractérisé par une politique d’austérité, il est peu probable que le gouvernement soit enclin à de telles solutions.
Il faut faire attention aux mots qu’on utilise. Une augmentation du plafond Madelin ne va pas avoir pour seul effet de réduire les recettes de l’Etat mais aussi d’injecter de l’argent dans les PME qui vont embaucher des gens qui vont payer des impôts et des taxes.
Certaines niches fiscales sont inopérantes et d’autres qui ne le sont pas : il faut savoir ou est ce que l’on coupe et ou est ce que l’on ne coupe pas.
Comme pour toute entreprise qui traverse une période difficile, le talent du dirigeant se reconnaitra dans ses arbitrages. Le talent de nos hommes politiques s’y reconnaitra aussi de cette manière
Cela ne fera pas plaisir aux gens qui subiront les coupes et des critiques en émergeront mais les décisions prises ne sont pas censées faire plaisir à tout le monde.
Le besoin de financement en fonds propres des PME est estimé entre 2 et 3 milliards d’euros par an. Il n’y a pas besoin de bouger les lignes de manière considérable.

C’est une question de courage politique. C’est dur mais si l’on ne fait rien, cela sera encore plus dur. L’année 2012 devrait se révéler douloureuse. Les montants investis seront nettement inférieurs car les stocks sont bas sauf à trouver des systèmes de mobilisation rapides.

Propos recueillis par Imen Hazgui