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Interview de Sylvie  Portero  : Sous directeur Développement international des PME, Direction des Garanties Publiques

Sylvie Portero

Sous directeur Développement international des PME, Direction des Garanties Publiques

PME : nous pouvons dénoter une crise de confiance et une certaine vulnérabilité

Publié le 24 Novembre 2011

Coface a une délégation de l’Etat pour gérer certaines garanties accordées aux PME. Quel constat faite vous aujourd’hui sur l’ampleur de la demande de ces garanties ?
En un an, nous avons observé une forte augmentation de la demande, notamment, en assurance-crédit de 20%, et en assurance préfinancement risque exportateur et caution de 30%.

Pourriez-vous nous rappeler en quoi consiste l’assurance prospection ?
L’assurance prospection permet aux entreprises de s’assurer contre le risque d’échec de leur prospection à l’étranger et permet de soutenir financièrement les entreprises. Si un accompagnement sur trois ans est accordé, à chaque anniversaire de cette garantie, les frais engagés sont indemnisés en comparaison aux recettes obtenues.
Cette assurance sert ainsi en quelque sorte de financement aux entreprises qui partent à l’étranger pour trouver des débouchés dans le cadre de leurs exportations. A ce jour 7500 entreprises sont détentrices de cette assurance prospection. Nous visons pour 2012 une cible de 10 000 entreprises conformément à l’objectif annoncé par le premier ministre.

Qu’en est-il de l’assurance préfinancement et cautions pour les entreprises exportatrices françaises ?
Nous garantissons les banques contre l’insolvabilité de leurs clients. Concrètement, une société a négocié un contrat en Chine, bénéficie d’un acompte de 20% et doit attendre la livraison pour être payée du solde. La banque peut alors monter un préfinancement à la société et nous protégerons la banque contre le risque d’impayés que présente cette société.

Etait-ce une tendance à laquelle vous vous attendiez ?
Si nous notons cette tendance à la hausse depuis 2009, nous avons à vrai dire été surpris par l’ampleur de la croissance cette année.

De quelle manière avez-vous fait face à cette augmentation inattendue ?
Nous avons été amenés à revoir nos procédures et d’accélérer nos traitements. Non seulement nous avons dû traiter plus de demandes, mais par ailleurs, nous avons dû le faire dans des délais relativement réduits.

Quel enseignement faites-vous de la forte montée de la demande ?
Les PME qui ont des engagements à court terme, avaient jusqu’à une période récente la capacité de s’auto assurer. Elles ne cherchaient pas de protection extérieure. A présent, elles ne sont plus en mesure d’assumer elles même le risque. Nous pouvons en déduire une crise de confiance et une certaine vulnérabilité. La situation macroéconomique étant devenue difficile, les sociétés cherchent à sécuriser leurs transactions.

Quels sont les profils des entreprises les plus demandeuses de vos garanties ?

S’agissant de l’assurance prospection, nous remarquons essentiellement des sociétés de services, des sociétés agroalimentaires. Pour l’assurance-crédit, nous avons plutôt des sociétés de biens d’équipements.
Ensuite, nous avons affaire à une échelle de perroquet. Plus la société est petite et plus est doit faire face à des difficultés.

Prévoyez-vous une accélération de cette tendance haussière ?
Sans doute. Nous avons défini notre budget de 2012 à partir d’une hypothèse de croissance identique à 2011.

Vous avez pour délicate mission d’augmenter les services aux entreprises pour leur venir en aide sans augmenter le budget de l’Etat. Comment faites-vous ?
Nous nous efforçons de faire de notre mieux.

Ne craignez vous pas d’être à court de liquidités et de ne pas pouvoir faire face aux demandes ?

Coface est avant tout un assureur. Aussi, nous pouvons nous appuyer sur l’effet volume. Paradoxalement plus on a d’encours et mieux on se porte. Ce n’est pas parce que nous prendrons 30% de risques supplémentaires, que nous aurons 30% de sinistres en plus, dans la mesure où nous procédons à une sélection rigoureuse des risques.

Vous cherchez à promouvoir vos produits afin qu’un nombre plus important d’entreprises viennent vous solliciter ?
Nous avons créé cette année une structure spécialement dédiée au développement de notre offre auprès des entreprises, des prescripteurs (CCI et banques notamment) et des partenaires en régions. Auparavant, Coface avait plus une logique de différé. Les entreprises s’adressaient à Coface et nous traitions les demandes qui arrivaient.

La gamme de produits que vous proposez vous semble-t-elle être suffisante pour pallier aux risques auxquelles les sociétés sont assujetties ou pensez vous à proposer de nouvelles offres ?
Pour faciliter la vie des entreprises, sera lancé début 2012 un produit appelé A3P, l’assurance prospection premiers pas, destiné aux toutes petites entreprise, avec moins de 200 000 € de CA export. Cette assurance simplifiée et forfaitaire pourra être souscrite, en ligne, à partir de formalités allégées d’un point de vue administratif et délivrée en 48h contre un délai moyen de 3 semaines.
Avec ce nouveau produit, la gamme de produits nous semble suffisante. Ceci étant, nous disposons d’une marge de progression significative par rapport aux sociétés qui font appel à nous. C’est ce sur quoi nous travaillons.

Quel est l’importance du taux de refus ?
Nous avons un pourcentage de refus assez faible, moins de 10%.

Propos recueillis par Imen Hazgui