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Interview de Emmanuel Painchault : Gérant de fonds spécialisé sur les matières premières chez Edmond de Rothschild Asset Management

Emmanuel Painchault

Gérant de fonds spécialisé sur les matières premières chez Edmond de Rothschild Asset Management

En 2012, l'or pourrait très bien franchir les 2000 dollars l'once

Publié le 23 Décembre 2011

Quel regard portez-vous sur les fondamentaux du pétrole à ce jour ?
Nous avons eu tout au long de l’année 2011, une baisse des stocks commerciaux. Le niveau est plus faible que la moyenne de ces cinq dernières années. En 2010 nous étions dans une situation de stocks abondants.
Les capacités disponibles des pays de l’OPEP, ce que le cartel peut mettre en théorie sur le marché de façon rapide a également baissé, autour de 3 millions barils par jours contre 4-5 millions de barils par jours en 2010.
De ce fait le marché est un peu plus tendu.

Vous vous attendez en conséquence à une année 2012 plus volatile ?
En 2011, l’évolution du prix du brent a été relativement faible, entre 105 et 125 dollars. C’est une fourchette assez serrée.
Les mouvements liés à des éléments extérieurs aux fondamentaux devraient être plus erratiques. Je pense à l'hypothèse d'un embargo sur les exportations iraniennes qui s’élèvent à 2 millions de barils par jour, ou à une dégradation de la situation
en Syrie ou au Kazakhstan qui produit 1,6 millions de barils par jour.

Comment voyez-vous évoluer le cours du baril ?

Je vois le prix rester à un niveau élevé, mais avec des variations plus ou moins importantes sur quelques jours ou quelques semaines.
Il n’est pas exclu que dans le cas d’un embargo décidé sur les exportations iraniennes, le prix passe à 150 dollars.

Quelle vision avez-vous sur le cuivre ?
Depuis un an et demi nous avons eu un resserrement du crédit en Chine, ce qui a beaucoup limité les importations de matières premières et de cuivre notamment. Nous sommes arrivés à une situation des stocks de cuivre assez bas.
On observe une remontée progressive des importations.

Par ailleurs, il y a une semaine, nous avons eu un abaissement du taux de réserve obligatoire des banques chinoises, ce qui constitue un élément allant dans le sens d’une plus grande facilité d’octroie de crédits.
Les pressions inflationnistes étant moindres, la Chine cherchera l’année prochaine à stabiliser sa croissance économique dans une conjoncture économique mondiale en ralentissement. Nous pourrions nous attendre à d’autres mesures pour maintenir la dynamique du pays, une baisse plus importante du taux directeur et du taux de réserve obligatoire.
Les importations de matières premières en général et du cuivre en particulier devraient augmenter.

Quelle opinion avez-vous concernant l’or ?
Les fondamentaux économiques des Etats-Unis sont en voie d’amélioration. La probabilité de voir un QE 3 mené par la Fed s’est atténuée à court terme. Cependant, le problème de la dette, à 15.000Md$ reste entier.

On peut se demander ce qui a poussé à la baisse le cours de l’or ces derniers jours. La matière première a perdu près de 10% en une semaine.
Il y a une crise de liquidité importante en Europe. Certaines banques commerciales pour avoir de la liquidité ont prêté l’or détenu pour compte propre ou pour compte de tiers.
Le taux auquel elles prêtent leur or est négatif. Cela témoigne de l’ampleur de la crise de liquidité à laquelle elles sont confrontées.
Nous avons par ailleurs, un renforcement du dollar par rapport à l’euro.
Ensuite, la classe d’actifs a fait une très bonne année 2011. Le métal jaune affiche une hausse de 10% malgré la récente correction. Aussi, on a assisté à des prises de profits en cette fin d’année.
Enfin, le cours de l’or s’est rapproché du niveau technique un peu sensible.
A été franchi un palier chartiste qui a accentué la baisse chez les personnes qui travaillent exclusivement sur la base d’une analyse graphique.

Cette baisse ne change absolument pas les données sur l’or. Les fondamentaux existants poussent à la poursuite de l’ascension du cours de l’or d’au moins 15%. Nous pourrions très bien franchir les 2000 dollars l’once. Je souhaite cependant que cela n’arrive pas trop vite.

L’affaiblissement du prix devrait conduire à un retour de la demande en bijouterie.
L’offre d’or venant du recyclage devrait s’en trouvée limitée.

Certains mettent en évidence la distinction à opérer entre l’investissement sur la matière physique et l’investissement sur les sociétés aurifères ?
Les investisseurs investis sur le physique s’inscrivent dans une logique de protection.
Ceci étant il y a plus de corrélation entre le cours de l’or et le cours des sociétés aurifères qu’entre le cours de l’or et le cours d’une société comme Carrefour ou Hermès.

A certaine période la corrélation est plus ou moins étroite.
Actuellement nous sommes dans une période d’aversion pour le risque où les investisseurs ne veulent pas entendre parler des actions.
Les sociétés productrices de matières premières qui sont cotées souffrent de ce qui se passe en général sur les marchés actions.
Si l’aversion pour le risque diminue en 2012, et que les marchés actions repartent, ces sociétés devraient voir leur cours progresser de manière plus importante que le cours des matières premières sous jacentes.

On ne peut pas faire de conclusion systématique dans le temps.

Quelles sont vos principales positions sur le pétrole ou sur l’or ?
Une valeur dans le pétrole que nous aimons est Anadarko qui est une société d’exploration et de production. La société est en train de forer dans plusieurs bassins très prometteurs. Il y a un potentiel de news flow positif important.
Dans l’or, Goldcorp constitue une de nos principales convictions. La société a une croissance de 40% de sa production dans les années à venir.

En 2011, ce sont surtout les grandes valeurs défensives qui ont fonctionné comme Exxon, Shell. Ces valeurs ont un intérêt plus limité mais ont un bilan solide, un important cash flow.

Votre turnover est-il important?

Le portefeuille est relativement stable. Nous nous efforçons d’optimiser les positions. Et nous attendons clairement d’avoir plus de visibilité sur l’issue de la crise de la zone euro.
Ceci étant nous sommes d’avis que nous aurons une année 2012 relativement positive sur le marché actions. Ce dernier ayant tellement pricé de mauvaises nouvelles.

Propos recueillis par Imen Hazgui