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Interview de Céline Antonin : Economiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Céline Antonin

Economiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Une sortie de la Grèce de la zone euro n'est pas souhaitable

Publié le 14 Mars 2012

Quel est votre jugement sur l’échange de dette intervenu la semaine dernière entre la Grèce et ses créanciers privés ?
L’échange de dette est une bonne nouvelle pour la Grèce et un succès pour l’Union européenne, qui avait fait de cette opération une condition préalable au déblocage de son aide de 130 milliards d’euros. Grâce à cette aide, le pays va pouvoir honorer ses échéances à court terme. L’alternative aurait été un défaut désordonné qui aurait eu des conséquences beaucoup plus lourdes pour le pays et pour ses créanciers. Mais cette bouffée d’oxygène ne résout pas tous les problèmes de la Grèce, qui souffre d’un manque de compétitivité et devrait rester en récession pour la quatrième année consécutive en 2012.

Au vu de la situation des finances publiques grecques, cette opération n’est-elle qu’un sursis ? Certains prédisent une nouvelle crise de la dette grecque dès 2014…
Le plan d’échange comporte deux volets : d’une part, la Grèce émet de nouvelles obligations avec un nominal ramené à 31.5% du montant initial, dont le remboursement n’interviendra pas avant 30 ans (en 2042). D’autre part, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) émet des obligations à court terme dont la valeur correspond à 15% du montant des titres grecs échangés. Ce sont ces titres qui devront être remboursés en 2014, voire avant. Mais cela ne devrait pas poser de problème dans la mesure où ils sont émis par le FESF.

Le pays va-t-il rester sous perfusion des aides européennes ?
L’enveloppe de 130 milliards d’euros débloquée aujourd’hui par l’UE et le FMI servira essentiellement à recapitaliser les banques grecques et à combler le déficit public. Si le pays n’a pas retrouvé de croissance à un horizon de deux ans, il y a des chances pour qu’il faille débloquer un nouveau plan d’aide.

Que faut-il faire pour relancer l’économie grecque selon vous ?

Les plans d’austérité imposés par l’Union européenne et le FMI cassent la croissance. Aujourd’hui, plutôt que d’exiger une nouvelle baisse des dépenses publiques, il faudrait agir sur d’autres leviers, comme la fiscalité. Il reste beaucoup à faire pour lutter contre l’économie souterraine, qui représente 30% du PIB en Grèce, et améliorer le recouvrement de l’impôt. Il y a encore quelques marges de manœuvre en matière de privatisations, qui pourraient également apporter des recettes à l’Etat. Enfin, il faudrait débloquer les 15 milliards d’euros de fonds structurels promis à la Grèce pour relancer ses secteurs exportateurs. Car ce n’est qu’en retrouvant la croissance que le pays parviendra à réduire ses déficits.

Vous avez évoqué le manque de compétitivité de l’économie grecque. Certains économistes, à l’instar de Nouriel Roubini, estiment que le pays ne retrouvera cette compétitivité qu’en dévaluant sa monnaie, autrement dit en sortant de l’euro. Qu’en pensez-vous ?

Une sortie de la Grèce de la zone euro ferait exploser sa dette publique, qui reste le problème numéro un aujourd’hui. Elle aurait également un impact direct sur la solvabilité des entreprises et des ménages. Je ne pense pas que cela soit souhaitable. Par ailleurs, je rappelle que les banques françaises, pour ne citer qu’elles, sont engagées pour environ 50 milliards d’euros dans le secteur privé grec (contre seulement 7 milliards d’euros d’exposition à la dette publique). Elles aussi paieraient cher une sortie de la Grèce de la zone euro.

Propos recueillis par François Schott