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Interview de Bénédicte Hautefort : Spécialiste des Relations Investisseurs à l'agence Euro RSCG C&O

Bénédicte Hautefort

Spécialiste des Relations Investisseurs à l'agence Euro RSCG C&O

Les actionnaires ne seront peut-être pas aussi compréhensifs en cas de nouvelles baisses ou suspensions de dividendes en 2013

Publié le 09 Juillet 2012

Vous affirmez qu’il n’y a pas eu de « Printemps des actionnaires » en France. Pourtant, certaines assemblées générales 2012 ont été plutôt houleuses (Air France-KLM, Crédit Agricole, Carrefour…)…
L’image renvoyée par telle ou telle assemblée générale est trompeuse : dans l’ensemble les actionnaires des entreprises françaises ont massivement soutenu les directions générales cette année. Leurs votes le montrent : 88% des résolutions présentées par les entreprises du SBF 120 ont été adoptées à une majorité de plus de 85% des voix. C’est un score historiquement élevé. Même les points les plus sensibles, comme des baisses de dividendes, ont fait consensus. Les actionnaires ont ainsi approuvé à près de 100% la baisse du dividende dans douze entreprises, et même sa suspension dans quatre autres : Crédit Agricole, PSA, Société Générale et Pages Jaunes.

Comment expliquez-vous le soutien des actionnaires aux résolutions qui leur ont été présentées ?
Les entreprises françaises ont tenu compte des demandes formulées par les actionnaires institutionnels, qui affichent désormais clairement leur politique de vote. Du coup, il n’y a pas eu de surprises lors des assemblées générales. Les sociétés savaient ce que voulaient les actionnaires, elles s’y étaient préparées bien que cela ne soit pas toujours évident. Par exemple, changer les conditions d’attribution de stock-options est un processus qui nécessite plusieurs mois de préparation.

Le cas d’Air France où l’indemnité de départ de l’ex directeur général a été massivement rejetée sans que ce vote soit pris en compte n’illustre-t-il pas un dysfonctionnement ?
En France, l’assemblée générale ne vote pas sur les rémunérations fixes et variables des dirigeants. En revanche, elle doit être consultée sur tout le reste : retraites chapeaux, indemnités de non concurrence, jetons de présence des administrateurs, attribution de stock-options ou d’actions gratuites. Sur ces deux derniers points, le vote de l’AG est contraignant.
Dans le cas d’Air France, l’Etat actionnaire a eu une position différente de l’Etat administrateur (ndlr : en tant qu’actionnaire minoritaire d’Air France, l’Etat dispose d’un représentant au conseil d’administration, qui fixe les rémunérations). Cela peut s’expliquer par le changement de majorité et par la volonté du nouveau gouvernement d’encadrer les rémunérations dans le public comme dans le privé.

Pensez-vous qu’il faille donner plus de pouvoir à l’assemblée générale, en particulier en instituant le système du « say on pay » ?
Je partage l’idée qu’il faut une grande transparence et un meilleur contrôle des rémunérations. Je pense que l’on va effectivement vers un système de « say on pay » en France, sans pour autant y adhérer. Avec ce système, ce sont les investisseurs (ndlr : institutionnels) qui décident de la rémunération des mandataires sociaux. Or, les investisseurs dans les grandes sociétés françaises sont majoritairement anglo-saxons. Ils n’ont pas de proximité avec les managements et surtout, ils ont un horizon de court terme contrairement aux administrateurs. Les administrateurs ont une vision de la performance sur le long terme des dirigeants, et sont mieux à même de décider de leur rémunération.

Quels seront les sujets les plus débattus cette année et l’année prochaine ?
La rémunération des dirigeants va rester un sujet au cours des prochains mois, avec le projet gouvernemental d’encadrer les rémunérations fixes et variables. En matière de dividende, les actionnaires vont demander des comptes aux entreprises et ne seront peut-être pas aussi compréhensifs en cas de nouvelles baisses et/ou suspensions. Le cours de bourse sera également surveillé de très près. La dette et le financement des entreprises vont être un sujet de débat, surtout si les conditions de crédit continuent à se durcir. Enfin, un sujet a émergé cette année, le « produire en France », qui pourrait à l’avenir constituer une source de conflit entre actionnaires français et étrangers. Quoi qu’il en soit, les assemblées générales de l’année prochaine s’annoncent plus compliquées. 

Propos recueillis par François Schott