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Interview de Frédéric Jamet : Directeur de la gestion de State Street Global Advisors France

Frédéric Jamet

Directeur de la gestion de State Street Global Advisors France

Investir dans des titres très décotés est une stratégie à explorer aujourd'hui

Publié le 28 Août 2012

Quelle est votre opinion sur les marchés actions à l'heure actuelle ?

Nous nous situons dans un scénario optimiste, qui exclut un éclatement de la zone euro. Nous n’anticipons pas dans l’immédiat de sortie de la Grèce de la zone euro et nous pensons que celle-ci va dans la direction d’une plus grande cohésion, même si elle y va lentement. Dans ce cadre positif, les actions européennes restent très attractives en termes de valorisation, même après la hausse des deux derniers mois. Nous sommes donc positifs sur les actions même s’il pourrait y avoir une légère correction à très court terme en réaction à la hausse du mois d’août.

Dans ce scénario optimiste, quel pourrait être le niveau du CAC 40 en fin d’année ?

Nous tablons sur une hausse de 10% du CAC 40 sur l’ensemble de l’année 2012, ce qui implique un potentiel d’environ 5% d’ici la fin de l’année. Comme je vous le disais, les actions européennes sont très décotées, notamment en comparaison des actions américaines. Le ratio moyen cours/bénéfices n’est que de 12 sur le CAC 40, contre 14 sur le S&P 500. A l’inverse, le rendement sur dividende est de 4 sur le marché français, contre 2 pour le marché américain, alors que les taux à court terme sont sensiblement identiques.

Les investisseurs font pourtant preuve d’une forte aversion au risque depuis le début de l’année. Qu’est-ce qui pourrait les pousser à revenir franchement vers les actions ?

Parce qu’il n’y a pas d’autre alternative ! Aujourd’hui, avec une croissance proche de zéro dans la zone euro et une inflation de 2%, acheter des obligations d’Etat revient à perdre de l’argent. Que la croissance soit légèrement positive ou légèrement négative (ndlr : les derniers indicateurs PMI pointent vers une récession en zone euro au troisième trimestre), cela ne change pas notre vision en termes d’allocation d’actifs. Les actions sont tellement basses que cela n’aura pas d’impact significatif.

Quels sont les secteurs à privilégier selon vous ?

Deux stratégies sont possibles. La première consiste à investir sur des titres de croissance (« growth »), autrement dit des entreprises à forte présence internationale et actives dans des secteurs tels que la santé, la technologie ou le luxe. La seconde approche, dite « value », consiste à investir dans des titres très décotés, à fort dividende, comme par exemple les télécoms, les utilities ou l’énergie. A l’heure actuelle, les gérants se méfient de l’approche « value » et ont tendance à préférer l’approche « growth ». Cependant sur le long terme, l’expérience montre qu’il est plus rentable d’acheter des titres décotés. Nous estimons que cette dernière approche mérite d’être explorée aujourd’hui.

Propos recueillis par François Schott