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Interview de Antoine  Brunet : Président d'AB Marchés

Antoine Brunet

Président d'AB Marchés

Les actions chinoises n'ont pas fini de sous performer

Publié le 28 Août 2012

Quel regard portez-vous sur le ralentissement de l’économie chinoise ?
D’abord une partie de ce ralentissement est intentionnelle. Les autorités ont officiellement modifié à la baisse leur objectif de croissance à 7,5% au lieu des 8 à 10% enregistrés les années précédentes. A la fois pour éviter une surchauffe salariale et pour maintenir un immense excédent commercial dans une optique stratégique. Or une croissance très élevée de l’économie a pour effet automatique de détériorer le solde extérieur du pays.

A présent il y a un risque que l’essoufflement de la croissance soit plus prononcé que prévu, pour atteindre 7 voire 6,5%. Déjà au premier et au deuxième trimestre, la croissance a progressé à seulement 6,8% et 6,9% en rythme annualisé.

Si le ralentissement s’amplifiait, cela pourrait s’avérer problématique pour la stabilité politique et pour le PCC. Des tensions se font d’ores et déjà ressentir au niveau des zones côtières. Aussi, de plus en plus les autorités évoquent leur volonté de donner un coup de pouce pour soutenir l’économie.

De quelle manière pourrait se concrétiser ce coup de pouce ?

Je ne pense pas que l’aide apportée par les autorités sera de nature monétaire. Beaucoup s’attendent à un ou plusieurs abaissements supplémentaires du taux directeur de la Banque centrale. Je ne crois pas que cela sera le cas car les deux baisses récentes de 25 points de base se sont accompagnées d’un rebond de la bulle immobilière qu’elles combattent.

Quid d’une diminution du taux de réserves obligatoires ?

Ce paramètre est peu important ; il est d’une efficacité dérisoire. L’impact d’une modification du taux de réserves obligatoires est insignifiant comparativement à celui issu d’une modification du taux directeur. Pour obtenir un impact équivalent à l’abaissement récent de 50 points du taux directeur, il faudrait une baisse considérable des réserves obligatoires.

Les médias ont fait écho ce lundi matin de la déclaration récente du premier ministre Wen Jiabao. Les propos tenus conduisent certains observateurs à penser que la Banque centrale de Chine devrait demeurer relativement passive dans les mois à venir. Vous êtes donc de cet avis ?
Oui. Avant ces déclarations, deux autres déclarations officielles avaient déjà retenu mon attention. La première exprimait la déception des autorités face à un rebond des prix de l’immobilier dans la période juin-juillet où les deux baisses de taux furent opérées. Une autre déclaration signalait une vive volonté de mettre les moyens en œuvre pour renforcer encore les exportations.

Par quel biais les autorités porteront-elles assistance à l’économie ?
Je prends très au sérieux cette volonté de relance par les exportations. Le soutien à l’économie devrait passer par des mesures budgétaires : une augmentation des dépenses publiques, en particulier les dépenses d’armement mais aussi et surtout des mesures fiscales en faveur des sociétés exportatrices, même si cela n’est conforme ni à l’esprit ni à la lettre de l’Organisation Mondiale du Commerce.

Même une dévaluation du yuan n’est pas à exclure. La devise chinoise a perdu environ 1,5% contre dollar, reculant d’un point haut à 6,27 yuan pour 1 $ à 6,35 yuan. La parité pourrait même reculer à 6,50 yuan d’ici décembre. Une action encore plus significative des autorités chinoises sur le yuan n’est pas exclue mais elle s’inscrirait alors dans un affrontement stratégique plus global de la Chine vis-à-vis des Etats-Unis, par exemple suite aux fortes tensions présentes en Asie orientale à mesure que la Chine revendique de plus en plus nettement sa pleine souveraineté sur la mer de Chine du sud et la mer de Chine de l’est.

Que voulez-vous dire ?

Si les tensions géopolitiques venaient à se tendre, une réaction possible de la Chine pour nuire aux Etats-Unis pourrait consister à diminuer brutalement le cours du yuan contre dollar.

Vous ne vous attendez pas à ce que l’OMC réagisse aux mesures fiscales spécifiquement prises pour les sociétés exportatrices ?
Non, dans la mesure où cette Organisation s’est toujours avérée amorphe dans son action à l’égard de la Chine.

Les actions chinoises cotées sur le marché local ont touché un point bas depuis 2009 ? Ces actions devraient signer une troisième année consécutive de sous performance. Qu’est ce que cela vous inspire comme commentaires ?
Contrairement aux autorités occidentales qui s’efforcent de bichonner leurs indices boursiers, les autorités chinoises se bornent à constater leur évolution sans chercher à l’influer. Pour elles, la politique monétaire ne peut pas courir deux lièvres à la fois : réguler l’économie et maintenir la stabilité financière. Or leur priorité est la stabilité financière. C’est pourquoi elles s’opposent autant à la formation de bulles sur les marché d’actifs, qu’ils soient immobiliers ou boursiers.
Ceci étant, malgré trois années de baisse, l’indice boursier de Shanghai reste encore supérieur d’environ 20% à son point bas d’octobre 2008.
La baisse devrait se poursuivre lorsque les investisseurs seront déçus par l’absence de nouvelle baisse du taux directeur.

Selon vous il y aurait un collatéral positif à la baisse de ce marché actions ?

Le mouvement correctif sur le marché de Shanghai devrait conduire les investisseurs institutionnels chinois à délaisser les actions chinoises et à davantage se porter acquéreurs des actions étrangères.
Et cela s’articule avec la volonté stratégique, qui transparaît de plus en plus à la tête du PCC, celle qui consiste à dynamiser l’achat par des entités chinoises de blocs d’actions d’entreprises occidentales ou émergentes en vue d’en prendre leur contrôle.

Propos recueillis par Imen Hazgui